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      Selon la police de Frédéric Videau : police stories

      Dix ans après son dernier film, À moi seule, inspiré d’une affaire judiciaire, Frédéric Videau poursuit dans la thématique criminelle avec Selon la police, où il dépeint une institution malmenée. Des troublantes intentions de mise en scène à la nébulosité de son propos, ce long-métrage intrigue par sa facticité. Raté.

      Selon la police : une déconstruction sociale hors-sol

      Un matin, un flic bourru surnommé Ping-Pong brûle sa carte de police dans les toilettes de son commissariat. Lassé par sa condition, il quitte l’institution. De cet acte matriciel se construit une immersion au sein d’une brigade toulousaine, où règne le désarroi d’agents désabusés, le machisme et l’injustice. Ils s’appellent Zineb, Delphine, Tristan ou encore Drago. Ils n’ont qu’un point commun : ils sont policiers et usés jusqu’à la corde. Abandonnés à leur sort par un État négligent et l’opprobre public, ces gardiens de la paix évoluent dans une sphère malsaine et profondément inhumaine. Suite au départ de Ping-Pong, l’agent stabilisateur de ce microcosme branlant, leurs destins explosent.

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      (Maxime Beaufey/Pyramide Distribution)

      Cela faisait dix ans que Frédéric Videau n’avait pas inscrit son nom en tant que réalisateur au cinéma. Dans À moi seule (2012), il transposait en Dordogne, la véritable affaire Natascha Kampusch, où une petite fille autrichienne s’était libérée de son kidnappeur huit ans après son enlèvement, avec Agathe Bonitzer survivant aux griffes de Reda Kateb.

      Spectateur embarqué

      Passionné par le cadre juridico-criminelle, il revient naturellement avec un métrage sur l’institution policière. Avec un objectif clair de déconstruction, Selon la police démarre sur des bases tout à fait intrigantes. Dès son introduction, les images fortes marquent l’esprit : une carte de flic calcinée, un adolescent tuméfié, une bleue reluquée et un homme qui abandonne. À l’apparition de son titre, l’œuvre s’éprend alors d’une structure basée sur le point de vue. Pendant un jour et une nuit, nous suivrons, en tant que spectateur embarqué, les fortunes diverses des personnages.

      Mais passé ces premiers instants prometteurs, très vite, quelque chose cloche dans Selon la police. À commencer par un problème de ton. Avec une mise en scène avare en mouvement, les séquences poussent le curseur de la théâtralité vers des sommets de malaise. De par ses dialogues criblés de poncifs et leur affreuse déclamation, l’œuvre dérange par son manque d’ancrage. La facticité de cet univers s’en retrouve décuplée lorsqu’à plusieurs reprises, Frédéric Videau s’adonne à des effets de style qui manquent cruellement de subtilité. Pourtant classieusement filmé et éclairé, le film souffre de prises de vues rigides, qui ne facilite pas l’implication émotionnelle.

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      (Maxime Beaufey/Pyramide Distribution)

      Ainsi, le cinéaste s’enferme dans une ascèse filmique où les personnages épousent leur condition mortifère deux heures durant, sans la moindre dissonance rythmique. Dans une structure qui rappellera Eléphant de Gus Van Sant ou Les Opportunistes de Paolo Vizi, Frédéric Videau embringue sur une répétitivité des situations avec une même corde déprimante, quand il aurait été judicieux de mêler les regards humains ou de dévoiler une spirale du désespoir.

      Antisocial

      Et si ce jusqu’au boutisme aurait pu donner une œuvre poignante sur la condition policière, sur une structure en déperdition représentatif de la violence d’État et de la prolifération des inégalités, il n’en sera jamais question dans Selon la police. Une ambition qui, de facto, est profondément dérangeante. Car le film ne convoque qu’à de rares moments cette imagerie sociale : un jeune de banlieue se fait harceler, puis tabasser pour des raisons arbitraires, une flic doit dormir dans un hôtel pour des raisons financières ou encore la brigade mal accueillie dans une cité. Autant de situations difficilement compréhensibles tant elles manquent de substances et de portées réelles. De surcroit, les pérégrinations semblent cocher tellement de cases « obligatoires » pour respecter son pitch originel qu’il devient difficile de croire à la moindre scène « choc ». Dans ce métrage, le tout est infiniment plus faible que l’ensemble des parties.

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      (Maxime Beaufey/Pyramide Distribution)

      Selon la police n’a pourtant pas à rougir de certaines qualités. À défaut d’un fond d’une profonde maladresse, la plasticité se révèle engageante, notamment grâce à une très belle photographie. Jouant sur l’opposition du rouge et du bleu (renvoyant également au fanion républicain, blanc excepté), la chef-opératrice Céline Bozon (Marguerite et Julien, Félicité) donne un cachet d’attraction à cette œuvre froide et bancale.

      De même, lorsque les situations nous donnent enfin un peu de répit, privilégiant les déboires humains au mauvais théâtre de comptoir, une certaine poésie s’échappe. Le tout, mettant en lumière de fabuleux comédiens : Alban Lenoir, Laetitia Casta Sofia Lesaffre et le trop rare Simon Abkarian bien évidemment, mais surtout la bombe de charisme Patrick d’Assumçao, qui transperce l’écran de sa rage contenue.

      Louable dans ses intentions mais indéniablement raté dans son exécution, Selon la police est une déception. La froideur de sa mise en scène et de ses situations, peu aidées par des dialogues sous forme d’éructations tragi-comiques, renversent la dynamique de déconstruction pour un métrage hors-sol, à la sensibilité limitée. Seule lumière parmi les ténèbres, le charme solaire de comédiens qui signent, pour certains, l’une de leurs meilleures performances. Trop peu pour recommander cette œuvre qui loupe le coche d’un coup de tonnerre artistique et social. Triste occasion manquée.

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