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      Critique « Le Grand Bain » de Gilles Lellouche : un feel-good movie rare dans le cinéma français

      Gilles Lellouche passe derrière la caméra pour sa première réalisation solo : Le Grand Bain. Pour l’occasion il réunit un casting de premier ordre composé de Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoït Poelvoorde, Virginie Efire, Leïla Bekhti, Philippe Katerine et Marina Foïs. Un casting impressionnant et hétéroclite pour raconter cette histoire de rédemption.

      Des loosers magnifiques très attachants

      Quand on pense à Gilles Lellouche, la tendresse n’est pas forcément la qualification qui vient en premier à l’esprit. Il a endossé des rôles de personnages à la masculinité plutôt importante : des flics, des patrons, des gangsters, des machos, mais rarement des rôles de looser. C’est inattendue de le voir avec un sujet comme celui-ci. Le Grand Bain signe le renouveau d’un groupe d’hommes, quarante ou cinquante ans, qui est au bout du rouleau. Ils galèrent dans la vie, dans leur famille, dans leur tête. Dépressifs, bons à rien, invisibles, ce sont des personnages qui manquent de confiance en eux, que la société a écrasé, les laissés pour compte, ceux qu’on oublie, qui vivent dans l’ombre des vainqueurs, de la jeunesse ou de la hiérarchie. Bref, une bande de loosers magnifiques comme les frères Coen aiment en dépeindre. Ils ne sont pas autant irrécupérable que le Dude de The Big Lebowski, mais vous voyez l’idée. Les personnages sont tous relativement bien écrits, avec leurs démons, leurs peines et leurs joies, leur façon d’être quoi.


      Mais ce sont bien évidemment les acteurs qui apportent l’épaisseur nécessaire à ces personnages. Amalric est toujours très précis. Dans un rôle de névrosé dépressif, il cartonne. Tout en subtilité, c’est sans doute le héros de cette histoire. Guillaume Canet est dans la continuité de son personnage de Rock’n Roll : un quarantenaire qui suffoque dans sa vie bien rangée, et qui rêvait peut-être de plus. Philippe Katerine est totalement dans son élément puisque Lellouche lui a écrit un rôle sur mesure de simplet naïf absurde. Benoït Poelvoorde est le petit arnaqueur de la bande. Leïa Bekhti est encore la femme forte, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds accompagnée d’une Virigine Efira étonnement en retrait. C’est la force et peut être la limite de ces personnages, ils sont interprétés par des acteurs formidables, mais chacun est dans un rôle qu’il connait par cœur. Donc forcément le jeu est millimétré, mais manque de curiosité. Katerine dans le rôle du sanguin, Canet dans l’absurde, Amalric en arnaqueur et Poelvoorde en dépressif, là on aurait eu de vrais prises de risques. Mais Lellouche ne veut pas trop se mouiller pour sa première réalisation et place ses acteurs dans chacune de leur case. Pas de contre emploi, mais cette joyeuse bande fonctionne, l’alchimie est au rendez-vous, et l’effet de groupe efficace. Le spectateur s’attache à ces loosers magnifiques, qui pourraient être leur père, marie, frère. Des gens normaux quoi.

      Une écriture mélancolique qui vient du cœur

      La peur de vieillir, la peur de l’échec, les regrets, le temps qui passe, tant de maux qui n’épargnent personne. Gilles Lellouche à 46 ans. A la manière de Canet avec Rock’n Roll, il a également besoin d’exprimer sa peur du temps qui passe, mais avec beaucoup plus de sincérité et de réussite. Le Grand Bain est un film doux amer, une comédie mélancolique, qui fait rire bien sur, mais qui rappelle également que l’être humain n’est pas éternel. Il rappelle que le temps passe, et qu’un jour tu te réveilles déjà vieux. Gilles Lellouche veut expliquer qu’il vaut mieux tout donner pour la chose que tu désires plutôt que perdre ton temps avec des connards qui créent ta société. Finalement le sujet n’est pas bien novateur, et Gilles Lellouche n’est pas le premier à faire ces promesses souvent illusoires du rêve américain. Parce que, non, on a pas toujours ce qu’on veut. Et le fait que ces hommes vieillissants remportent la médaille d’or traduit cet effet moralisateur, cet effet de happy end illusoire. Gilles Lellouche veut donc faire un film positif, en promettant que le jour de gloire n’est jamais trop tard, qu’il peut toujours arriver.


      La morale est relativement simplette : la vie est triste, mais avec de l’entraide et de la communion elle devient tout de suite joyeuse. Mais Le Grand Bain est une vraie réussite, un feel-good movie comme les français en font rarement, sauf peut être le duo Eric Toledano et Olivier Nakache. Cette fois pas de vannes racistes, pas d’homophobie, on est très loin du Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu. Parce que même si le film de Lellouche est un peu naïf, il est fait avec tellement de spontanéité qu’il est difficile de rester insensible. Gilles Lellouche a mis ses tripes dans ce film, ça se sent, il parle de ce qu’il l’inquiète personnellement. Et c’est ce qui permet au film de fonctionner complètement.

      Gilles Lellouche signe une comédie très efficace, qui repose sur son casting très solide. L’écriture des personnages est plutôt recherchée et offre ces figures fatiguées, au bout de leur vie, qui se relèvent grâce a un but commun, mais surtout grâce à l’entraide.

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