La série Guerres et dragons revient pour un quatrième opus qui nous replonge, comme le premier dans les braises de la seconde guerre mondiale. Direction les Etats-Unis, sa côte Ouest en 1941, alors que le conflit qui déchire l’Europe est sur le point d’embraser le Pacifique. Porté par le duo Nicolas Jarry et David Courtois au scénario et le trio Francesca Follini, Paolo Antiga et Vincent Powell au dessin et à la couleur, ce tome propose une histoire attachante plongeant autant dans la mythologie draconique que dans le passé tumultueux des Etats-Unis d’Amérique.
L’appel aux armes
Nous sommes en 1941, la guerre approche et la ségrégation est encore bien présente. William, ouvrier noir américain, vit pourtant avec optimisme sa nouvelle vie. Malgré le décès de sa femme, il a trouvé un bon travail sur les chantiers et vit dans une petite maison avec sa mère et sa fille. Rien ne semble l’empêcher de préparer pour sa famille un avenir radieux lorsqu’il est attaqué, un soir, par trois jeunes hommes blancs. Pendant l’affrontement, il tue en légitime défense un de ses agresseurs et est, pendant sa fuite, protégé par un mystérieux dragon marin.
Mais dès le lendemain la police l’arrête et l’accuse de meurtre. Il a beau clamer son innocence, sa parole n’a aucun poids jusqu’à l’arrivée de l’amiral Nimitz. Informé de l’incident avec le dragon, il lui propose le marché suivant : qu’il s’engage dans l’armée, apprenne à maîtriser la créature et en échange toutes les charges seront abandonnées et sa famille sera protégée. Dans l’espoir de revoir les siens, William s’engage et se prépare à affronter les dragons japonais.

Guerres et dragons au temps de la ségrégation
Ce récit est d’abord porté par son ambiance. Nous sommes transportés dans une Amérique qui est encore marquée par la prohibition, la guerre civile et la ségrégation. Même sur la côte Ouest, le mélange entre les communautés est difficile. Si dans le monde des ouvriers ces différences s’estompent, les stéréotypes ont la vie dure. Et pour un jeune afro-américain, le moindre soupçon est synonyme de condamnation quasi systématique.
Cette ségrégation se retrouve aussi dans l’armée. Notre jeune héros va devoir se faire accepter de certains soldats qui le voient d’un très mauvais œil. En effet, pendant la seconde guerre mondiale, les soldats blancs et noirs servaient dans des unités différentes et séparées. De même, les Noirs étaient affectés à des tâches secondaires : il fallut de longues luttes pour qu’ils puissent servir comme pilotes de chasse. Alors quand il s’agit d’intégrer la prestigieuse unité de dragons, les obstacles sont légion.

Père, fille et dragon
Cet album construit une histoire touchante entre William et sa fille. Elle ressemble beaucoup à celle du film Interstellar. La motivation première du héros c’est de revoir sa fille. Il lui a fait une promesse et il va la tenir. Cela l’oblige à prendre part à un conflit qu’il lui semble lointain et apprendre à maîtriser son monstre. L’ouvrier se mue en soldat prêt à tout pour sauver sa vie et celle de ses compagnons (même les plus insupportables).
Ce parcours conduit les auteurs à approfondir le mythe du dragon. Le lien entre la bête et son maître devient quasi mystique. Les deux souffrent, se protègent, s’écoutent, s’apprivoisent. Cette relation prend même la forme d’un transfert de conscience voire plus comme le suggère la fin de cet album. Ceci renforce à la fois la majesté et la monstruosité de ces créatures. Elles deviennent le prolongement de la conscience humaine. Une question demeure toujours en suspens : comment s’opère le choix de l’hôte ?

Guerres et Dragons : duel sous le Pacifique
Cet opus nous prépare, comme l’indique son nom, à un affrontement final dans la rade de Pearl Harbor. L’astuce des scénaristes, c’est de nous dépeindre une race particulière de dragons : des dragons marins. C’est sous les Mers que va se jouer l’avenir de la flotte du Pacifique. Les dessinateurs vont alors nous offrir des cases remarquables pour laisser intervenir l’antagoniste principal : le dragon de l’Amiral Yamato, une créature gigantesque capable de renverser n’importe quel navire de guerre.
Les combats qui ponctuent cet album se démarquent des habituels récits de dragon. Ils lorgnent du côté Kaiju et profite de l’environnement sous-marin pour doter ces créatures de nouveaux pouvoirs. En effet, les dragons proposent des designs très originaux : crêtes, langues multiples, excroissances osseuses dignes des plus beaux monstres de la pop culture nippone. Côté arme, le poison, la glace, le camouflage, l’onde choc, l’électricité viennent remplacer, compléter le feu. Là, encore nous ne sommes pas loin des combats épiques entre Godzilla et Mothra. Le mélange avec les éléments réalistes (avions, navires..) fonctionnent à merveille et offre à cet opus un final palpitant.
Guerres et dragons, Pearl Harbor achève donc parfaitement la première saison de cette série. Le concept a démontré toute sa pertinence. Nous avons plus que hâte de voir comment les scénaristes vont enrichir leur univers dans les saisons suivantes.
Cet album est disponible aux éditions Soleil

































