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      Critique «  Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens : éloge à la nature

      Là où chantent les écrevisses est le premier roman de Delia Owens. Née en 1949 en Géorgie aux États-Unis, Delia Owens est une biologiste et une zoologiste avant d’être une écrivaine. Pendant plus de vingt ans, elle a vécu en Afrique et a consacré trois ouvrages sur son amour pour la faune et la flore. Dès sa publication en 2019, Là où chantent les écrevisses connaît un vif succès, en figurant sur la liste du New York Times Best Seller pendant plus d’un an. Paru en France en 2020, le roman est actuellement en cour d’adaptation au cinéma par la réalisatrice Reese Witherspoon.

      Delia Owens, zoologiste, biologiste et écrivaine
      Delia Owens, zoologiste, biologiste et écrivaine

      Résumé

      « Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur  « La Fille des marais  » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.

      À l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour.

      La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même… »

      Après l’abandon, vient la solitude

      "Là où chantent les écrevisses" est le premier roman de Delia Owens.
      « Là où chantent les écrevisses » est le premier roman de Delia Owens.

      Nous plongeant au cœur de la Caroline du Nord, en 1952, Là où chantent les écrevisses est un roman avec pour fil conducteur l’abandon. Celui de Kya Clark, une jeune fille de dix ans. D’abord l’abandon de sa mère qui fuit le foyer pour échapper au coup d’un mari violent et alcoolique alors que Kya n’avait que six ans. Puis après l’abandon de sa mère, vient l’abandon de ses frères et sœurs partis pour une vie meilleure. C’est perdue dans le marais, dans un cabanon au confort spartiate qu’elle se retrouve seule avec son père qui disparaît progressivement du paysage pour l’abandonner définitivement à son tour.

      Échappant à l’assistante sociale et aux agents de police, elle apprend à survivre avec ingéniosité dans un environnement qui a priori est hostile. Livrée à elle-même, elle se nourrit de gruau et pêche des crevettes et autres crustacés. Conduisant avec brio le bateau, elle connaît les horaires des marées grâce à son sens de l’observation. Sans argent mais débrouillarde, elle échange ce qu’elle ramasse dans le marais, entre moules et poissons contre du carburant pour alimenter sa barque et sa lampe à pétrole.

      Jusqu’en 1970, Kya vivra coupée du monde, avec pour seule compagne la solitude. Mais c’est dans le marais qu’elle apprend, trébuche à de nombreuses reprises, pour ensuite développer un incroyable instant de survie et forger un caractère impétueux et libre.

      Là où chantent les écrevisses : une ode à la nature

      Dès le titre, nous savons que Là où chantent les écrevisses sera une ode à la nature. Et les premières pages nous le confirment : la nature est omniprésente. En effet, c’est au cœur des marais situés dans les fameux Outer Bank – des îles aux paysages naturels et sauvages – que Kya vit. Si dans notre esprit, les marais renvoient une image péjorative, ce n’est pas le cas pour elle. Ainsi, elle grandit en harmonie au sein de cette nature devenant à ses yeux l’école de la vie.

      Le Marais apparaît alors comme un lieu paradoxal, sauvage mais bienveillant qui fait régner « à la fois la vie et la mort, un mélange organique de promesses et de décomposition ». Véritable refuge, la nature apparaît aussi comme étant une mère nourricière pour Kya, suppléant sa famille biologique. En ce sens, dans ce paysage de houx et de sycomores, de chênes et de noyers blancs, goélands, oies des neiges, hérons et bécassines du marais deviennent sa famille.

      Au fil du temps, elle finira par connaître tous les secrets du Marais. Le Marais deviendra alors un personnage à part entière du roman, peut-être le plus important. La zoologiste dépeint avec une extrême précision chaque recoin de ce lieu à la fois étrange, mystérieux et poétique. Nous découvrons sa beauté sous le regard passionné de la petite fille qui collectionne les plumes d’oiseaux rares et les coquillages. La végétation apparaît luxuriante, tantôt calme et accueillante, tantôt déchaînée et dangereuse, tantôt hostile et salvatrice, mais toujours cathartique.

      La nature devient pour « la fille des marais » sa plus grande force. « Elle en savait plus que tout le monde sur les marées, les oies des neiges, les aigles et les étoiles, et elle ne savait pas compter jusqu’à trente ».

      Un roman qui parle de la différence

      Là où chantent les écrevisses met en lumière la différence d’autrui portée dans un premier temps par le personnage de Kya Clark. En effet, les habitants de Barkley Cove ont à son égard beaucoup de préjugés. Ils la considèrent comme une sauvageonne et une idiote, elle qui n’a passé qu’une seule journée à l’école. Les préjugés, son histoire familiale et son lieu de vie la pourchasseront toujours. Ainsi, surnommée « la fille des marais » et « mademoiselle Neandertal », elle évoluera exclue de la société, elle qui nourrissait l’envie d’être comme tout le monde et de s’intégrer. En vain.

      À travers le personnage de Kya, le roman dénonce une justice à deux vitesses. Lorsque « le corps de Chase Andrews fut retrouvé dans le marécage, qui, sans surprise, l’aurait englouti en silence », elle, la outlander, sera désignée comme la coupable idéale. Au fil de cette enquête policière, entrecoupée par des souvenirs d’enfance de Kya, nous découvrons les États-Unis des années 70, entre justice arbitraire et ségrégation raciale, incarnées par les personnages de Jumping et Mabel, en raison de leur couleur de peau. Et c’est avec ces personnages les moins intégrés parmi les habitants que la jeune fille parvient à créer des liens profonds et sincères.

      Pour conclure, Là où chantent les écrevisses est à la fois un roman d’apprentissage, un thriller mais aussi une étude sociologique. Dans cette ode à la nature sauvage, mystérieuse et pure, Delia Owens met en lumière l’importance de la protection de l’environnement, la tolérance, la différence et l’ouverture d’esprit.

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      Marion Caudal
      Rédactrice et autrice en art contemporain

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