Découvrez les glaçantes origines de Blanche-Neige

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Connaissant la légende depuis l’enfance, vous pensez tout connaître de Blanche-Neige ? Neil Gaiman et Colleen Doran vous prouve le contraire dans Rouge Sang. Découvrez que la méchante n’est pas celle que l’on croit.

Une relecture sanglante de Blanche-Neige

Blanche-Neige Rouge Sang, place au sang
Blanche-Neige Rouge Sang, place au sang

Au départ, Blanche-Neige Rouge Sang est une nouvelle en prose. Dans un recueil de nouvelles, Neil Gaiman s’était amusé à proposer une explication à la rivalité entre la princesse et sa marâtre, à la blancheur de la peau et aux lèvres rouge de Blanche-Neige. Ce romancier anglais et scénariste pour de nombreux supports s’est fait une spécialité de détourner les légende. A partir d’un obscur détective privé, il va réinventer le monde magique de DC comics avec Sandman.

Les premières lignes de Blanche-Neige Rouge Sang seront très éloignées de vos souvenirs du film de Disney. Le roi nous apprend que Blanche-Neige a tué sa mère. Le sous-titre, Chronique Vampirique, est alors assez éclairant. Le lecteur comprend très vite que la véritable créature malfaisante est la princesse Blanche-Neige. La blancheur de la peau et les lèvres rouges évoquent nécessairement Dracula, mais il fallait le génie de Neil Gaiman pour y penser. Blanche-Neige est une prédatrice conduit par la faim.

Les autres personnages sont aussi très différents. le roi est noble mais surprotège sa fille. La belle-mère de Blanche-Neige n’est pas une sorcière voulant s’emparer du trône. Elle est certes violente mais cette femme aimante est effrayée par sa belle-fille. Cette réinterprétation concerne la pomme. La belle-mère ne voulait pas empoisonner mais nourrir sa bru. Dans Blanche-Neige Rouge Sang, elle est l’héroïne voulant sauver le royaume d’une vampire? quitte à commettre des actes barbares. A l’inverse, le prince charmant manque de vigueur. Le peuple de la forêt est inquiétant. Ce sont des monstres et des elfes.

Si Gaiman part au départ d’une pure invention pour se distraire, Blanche-Neige Rouge Sang est aussi révélatrice de l’époque. Au moment où le wiccanisme est pris au sérieux par de nombreuses personnes, la magie occupe une place différente. Elle n’est pas systématiquement signe de malédiction puisque le bon roi consulte l’avenir dans le miroir. Les femmes n’ont pas besoin d’un prince charmant mais elles ont leur propre marge d’action. La belle-mère est la narratrice mais elle doit se défendre contre des fake news colportées dans son royaume. La monarchie n’est pas un système vertueux. Le roi peut abuser de n’importe quelle femme quand il le désire. La sexualité est d’ailleurs très présente. Dans ces scènes, Neil Gaiman explicite les ressorts psychanalytiques de la nouvelle.

De nouvelles images pour la légende

Les sept nains dans Blanche-Neige Rouge Sang
Les sept nains dans Blanche-Neige Rouge Sang

Le livre édité par Black River est l’adaptation par la dessinatrice Colleen Doran de la nouvelle de Neil Gaiman. Bien que trop méconnue, cette écrivaine et dessinatrice a travaillé pour DC Comics, Walt Disney Company ou Marvel Comics. Blanche-Neige Rouge Sang n’est pas sa première adaptation de Neil Gaiman puisqu’elle a déjà dessiné sur Troll Bridge et Chivalry. On peut également voir son travail avec les denses bonus. Blanche-Neige Rouge Sang propose les illustrations, les dessins conceptuels et les étapes du travail de la dessinatrice.

Colleen Doran fait le choix de proposer un livre illustré plutôt d’une bande dessinée. Le fan de comics ne retrouvera pas de cases ou de bulles mais de pleines pages d’illustrations. Les très nombreux détails impriment les rétines des lecteurs au fil de multiples lectures. Les pages de banquet donnent faim. Cette profusion se retrouve dans la colorisation qui sait très bien donner une ambiance générale tout en multipliant les teintes.

Le texte de Gaiman est présent et guide les yeux du lecteur pour comprendre l’image. L’organisation de la page ne le perd jamais : un drapé de robe pousse à regarder à gauche puis en bas. Sans être érotique, les images d’étreintes sont très réussies. On y voit la passion et l’amour entre le roi et sa seconde épouse

Blanche-Neige, rouge sang : Chronique vampirique a reçu le prix Bram-Stoker du Meilleur Roman Graphique et l’Eisner de la Meilleure adaptation. On le comprend facilement en fermant le livre. On pourrait se demander si la relecture de Gaiman est aussi simple. La belle-mère étant la narratrice, le livre ne donne que sa vision. Pourrait-il s’agir d’un mensonge ?

Retrouvez sur notre site d’autres titres de Neil Gaiman avec Une étude en émeraude et 1662.