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      1602 : une histoire américaine chez Marvel

      Au début des années 2000, les comics Marvel connurent plusieurs changements majeurs. Désireux d’attirer un nouveau lectorat et d’actualiser ses héros, l’éditeur new-yorkais décida de revoir entièrement son univers et ses personnages. L’idée étant de « mettre à jour » certains de ses plus célèbres héros. La plupart sont nés dans les années 60, rappelons le. C’est dans cette optique que plusieurs univers parallèles virent le jour et c’est dans ce contexte que s’inscrit le comic 1602, dont nous avons décidé de vous parler aujourd’hui. 

      Dessiner le vieux continent

      Retranscrire une époque

      L’histoire de 1602 se déroule, comme son nom l’indique, au 17e siècle. Siècle de réformes politiques et artistiques majeur, le 17e siècle est une époque de découvertes, de créations, mais aussi de conflits. La toile de fond parfaite pour une histoire de super-héros !

      La construction de cette univers fut confié à Neil Gaiman, l’auteur du comic Sandman, l’un des rares comics à faire partie de la liste des best-sellers du New York Times. Nouvel auteur chez Marvel comics, Gaiman ne savait pas vraiment quel serait le sujet de son histoire, mais soucieux de chasser des esprits les attentats du World Trade Center, il commença à réfléchir à une histoire différente des standards habituels appréciés par le public.

      Le style lugubre de l’auteur se mêle à merveille avec cette période de l’histoire, sombre et riche en conflits politiques et religieux. De plus, l’intérêt que Gaiman porte à la mythologie et les mythes fondateurs le prédestinait à écrire une histoire permettant d’aborder les origines du peuple américain tout en retravaillant les personnages et légendes de l’univers Marvel.

      Revenant sur les débuts de la colonisation, le scénariste mêle ici fiction et réalité. En effet, il réinterprète l’univers Marvel des années 60 afin de le rendre plus cohérent avec le contexte historique qu’il aborde. Ainsi, nos super-héros côtoient des personnages historiques tels qu’Élisabeth 1re, reine d’Angleterre, ou Jacques d’Écosse qui lui succéda en 1603.

      La vieille Europe

      Si 1602 n’est pas une bande dessinée historique, elle prend place dans un contexte historique bien réel qui sert de cadre à un récit de fiction. La reine Élisabeth 1er (1533-1603), dernière souveraine de la maison Tudor, a ainsi à son service Nicholas Fury (Nick Fury), qui joue le rôle d’informateur pour la couronne.

       

      Un autre personnage essentiel de l’univers Marvel, le Docteur Strange se retrouve dans le rôle de médecin et conseiller royal. Présent dès le début du récit, le maitre des arts mystiques est là pour prendre soin de la reine qui fut atteinte, vers la fin de son règne, de la variole.

      Avec 1602, les auteurs de chez Marvel placent leurs héros dans une réalité historique documentée, qui se trouve peu à peu modifiée par la présence de super-héros tels que Captain America, Hulk ou Spider-Man. C’est une nouvelle Histoire, une Histoire alternative, qui s’écrit sous nos yeux !

      Le 17e siècle c’est aussi, une production artistique qui devient plus nuancée et plus sombre. Si durant la Renaissance, les toiles se veulent lumineuses afin de signifier au mieux la présence divine, le 17e siècle se concentre davantage sur les scènes de genre et les effets d’ombre et de lumière, comme dans la peinture hollandaise et celles de peintres comme Georges de La Tour.

      En s’appropriant ces références artistiques, les dessinateurs ont créé un univers sombre et marqué par de forts contrastes lumineux. Aussi, les héros imaginés par Stan Lee et les autres auteurs de « la maison des idées » évoluent dans des pages où l’obscurité et les ombres occupent une place importante, comme pour symboliser les tensions du siècle naissant.

       

      Cette inspiration artistique apparaît également au travers des couvertures qui ouvrent chaque partie de 1602. Elles font écho aux gravures et portraits de groupes hollandais, où les personnages sont tous alignés sur un même plan. La couverture la plus emblématique de ce style « néo-flamand » est celle qui figure en couverture de cet article. D’ailleurs, saurez-vous y reconnaitre les héros de chez Marvel ?

      En somme, le style sombre des dessinateurs fait écho à la vision qu’avaient les Américains du vieux continent; une Europe languissante et arriérée, tournée vers le passé. 

      L’Amérique, la promesse d’un nouveau monde

      Roanoke, la colonie perdue

      C’est le navigateur espagnol Juan Ponce de Léon qui aborda, en 1513, pour la première fois le sol des futurs États-Unis. Mais c’est le navigateur anglais, Walter Raleigh, qui imposa la présence anglaise en Amérique. Raleigh accosta en 1584 sur ce qui deviendra, dès 1607, la colonie de Virginie. 1602 prend place dans le contexte de cette colonisation, le récit se focalisant sur la colonie de Roanoke

      Historiquement, Roanoke est la première colonie anglaise fondée au sein de ce qui deviendra plus tard les États-Unis d’Amérique. Créée aux alentours de 1580, sur une petite île de l’Est du continent, elle ne connut qu’une vie brève. Attaqué et pillée, on ne retrouva aucun des 115 colons. Le seul indice de leur disparition fut le mot « Croatoan » gravé sur un poteau de bois.

      Encore aujourd’hui, l’histoire tragique de cette colonie demeure un mystère. Cependant, dans la version que nous propose 1602, Roanoke n’est pas attaquée. En effet, celle-ci connaît même un développement florissant qui s’explique par la présence d’un personnage iconique de l’univers Marvel, Captain America.

       

      La présence d’un personnage aussi iconique que Captain America n’est pas anodine. Symbole universel d’une Amérique glorieuse et triomphante, il prend la défense des peuples indigènes. Aussi, il se sert de sa force pour combattre les valeurs Européennes qui conduiront à la ruine du pays (guerre d’indépendance, guerre de sécession, etc…). Captain America incarne ainsi à lui seul le peuple américain aspirant à retrouver la paix.

      Deux mondes en opposition

      Tout le long du récit qui compose 1602,  deux mondes s’affrontent. D’un coté, l’Europe du passé, et de l’autre, l’Amérique de l’avenir. Alors que l’Europe paraît sombre et vieillissante, l’Amérique apparaît lumineuse et exempte de toute corruption.

      Par ailleurs, les dessinateurs nous montrent l’Amérique comme une sorte de paradis originel dont les forêts abritent des créatures disparues telles que des dinosaures ! L’Amérique de 1602 est donc une version idéalisée de celle du 17e siècle. Elle reste néanmoins associée à certaines valeurs. Ainsi, Captain America, Spider-Man et les X-men y symbolisent la loyauté, le courage, l’altruisme et le patriotisme.

      A travers cette idéalisation et ce monde fantastique, Neil Gaiman tient à chasser l’horreur du 11 septembre qui a eu lieu quelques années avant la parution de ce comic. En cela, 1602 est un comic d’une grande profondeur, un retour aux sources qui rappelle aux américains leurs valeurs et leurs origines.

      1602 est une histoire originale, un autre regard sur des héros que vous pensez connaitre. Ici, l’histoire prend un autre chemin, plus tortueux et plus surprenant, donnant une nouvelle saveur à cette univers que nous aimons tant. Dans cette article, nous avons volontairement évité de trop vous dévoiler l’intrigue afin que vous puissiez en savourer chaque moment. Disponible dans la collection MARVEL ABSOLUTE de Panini comics, 1602 est un univers qui vaut le coup d’œil !

      +1
      Goblinleader96
      Collectionneur de comics depuis l'enfance, je suis également l'auteur d'un mémoire sur la représentation historiques dans les comic books américain. L'univers geek c'est mon rayon, les super-héros c'est mon truc, mais pas que !

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