Indiana Jones et le Cadran de la Destiné : papy fait de la résistance

0
2612

Après 15 ans d’absence, le plus célèbre des archéologues du septième art est de retour avec Indiana Jones et le Cadran de la Destiné. 15 ans après Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, Harrison Ford est de retour dans son rôle culte, pour un cinquième volet, qui n’est pas réalisé par Steven Spielberg. Pour la première fois, le maestro délaisse la réalisation, pour l’occasion à James Mangold, un cinéaste américain à qui l’on doit quelques pépites comme Copland (1997) qui offre à Sylvester Stallone l’un de ses meilleurs rôles, Walk the Line (2005), 3h10 pour Yuma (2007), Le Mans 66 (2019) et surtout l’incroyable Logan (2017) tout simplement l’un des meilleurs films de super-héros de tous les temps. James Mangold a donc la lourde tâche de succéder à Steven Spielberg pour raconter l’ultime aventure de Indiana Jones. Une tache ardue pas totalement accomplie…

 

Indiana Jones 5 : papy fait de la résistance

 

Forcément, James Mangold devait composer avec l’héritage d’une saga emblématique. Pour ne pas froisser les fans, le cinéaste devait se plier à une ambiance, un style, un cahier des charges assommant. Du coup, James Mangold s’amuse à recopier la mise en scène de son prédécesseur. Il essaye de recréer l’esthétique et la réalisation de la team Amblin (Steven Spielberg, Ron Howard, George Lucas, Robert Zemeckis, etc…), qui s’est illustrée pendant deux décennies. Forcément, même si James Mangold s’en sort relativement bien, Indiana Jones et le Cadran de la Destiné souffre de la comparaison avec les précédents volets de la saga (même le sous-coté quatrième opus). Le metteur en scène des deux derniers Wolverine peine à insuffler le souffle épique de notre patron à tous : Steven Spielberg.

9f8ab86 1684423306298 3676858 Indiana Jones et le Cadran de la Destiné : papy fait de la résistance

Un manque de grandiose également dû à l’âge d’Harrison Ford. Difficile de croire aux capacités d’un homme de 80 ans qui saute, cours, se bat, et enchaîne les aventures sans que son arthrose ne lui fasse défaut. Le cinéaste préfère fermer les yeux, ne fait jamais référence à son âge, ce qui aurait pu devenir un ressort comique. Non, tout le monde fait comme si de rien n’était et personne n’a eu l’idée de dire à Indiana de prendre une petite tisane et d’aller au lit. Forcément, en tant que spectateur, c’est difficile de s’identifier à un personnage alors qu’on ne croit jamais à ses pérégrinations. Difficile d’être concerné ou d’être inquiet face à un octogénaire qui continue à mettre des uppercuts aux nazis. L’assistance assite alors au dernier tour de piste de l’aventurier avec une certaine distance, une certaine lassitude, et les frissons ne sont jamais vraiment au rendez-vous…

Si on est moins impliqué, c’est aussi à cause de l’utilisation outrancière des CGI. Une critique déjà alléguée contre Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal. Alors que les trois premiers Indiana Jones sont réalisés de manière très réaliste, avec de véritables cascades, de véritables explosions, ce qui donne une sensation de naturalisme et d’empirisme, ici, aussi à cause de l’âge d’Harrison Ford sans doute, les séquences d’action ne sont jamais aussi convaincantes…

Certaines séquences, que ce soit la course poursuite sur le train ou la grande parade à New York souffrent d’effets numériques pas toujours convaincants. L’héroïsme glorieux et légendaire est donc absent. Ce qui ajoute encore un peu plus de distance entre le public et les nouvelles aventures d’Indiana Jones.

 

Indiana Jones à la poursuite de la nostalgie hollywoodienne

 

Comme dans les quatre précédents volets de la licence, Indiana Jones court après un artefact prétendument magique. Après l’Arche de l’alliance, les pierres de Sankara, le Graal et le Crâne de cristal extraterrestre, c’est au tour du Cadran de la destiné d’attirer toute l’attention. Un artefact à la thématique intéressante. Si James Mangold choisi un objet capable de remonter le temps, ce n’est pas pour rien. Il y a quelque chose de profondément méta dans cette antiquité. Avec le Cadran de la Destiné, James Mangold veut créer une thématique miroir à celle de son personnage. Un héros triste, qui aimerait réparer les erreurs de son passé, que ce soit sa séparation avec Marion (Karen Allen) ou la disparition de son fils (Shia LaBeouf). La Cadran devient donc un objet de convoitise pour notre protagoniste, toujours aussi sceptique face aux expressions paranormales des reliques qu’il découvre. Un pouvoir également recherché par les nazis (oui ils sont toujours là) désireux de relancer le IIIe Reich.

indiana jones et le cadran de la destinee trailer Indiana Jones et le Cadran de la Destiné : papy fait de la résistance

C’est également méta par rapport à la propre ligne éditoriale hollywoodienne moderne. Le cinéma américain est pris d’assaut par la nostalgie. S.O.S. Fantômes, Matrix, Blade Runner, Mad Max, toutes les sagas cultes des années 1980 sont de retour sur le devant de la scène, avec, évidemment, une nappe plus ou moins subtile et légitime de nostalgie. Indiana Jones et le Cadran de la Destiné ne déroge par à la règle. Et le film est évidemment plombé par ce désire de refaire, de brosser le public dans le sens du poil, de jouer avec la mélancolie de son auditoire…

Mais James Mangold parvient néanmoins à jouer avec cette notion. Il parvient à déjouer les codes, notamment grâce à cet outil. Parce que la nostalgie devient un véritable propos de son film, et de son héros. Et in-extremis, il parvient à faire un doigt à l’industrie, en déjouant l’attendu, en expliquant qu’Indiana Jones c’est terminé, qu’il faut faire ses adieux, que Harrison Ford est trop vieux pour ses conneries (merde vous l’avez vu courir dans le film ?!), sans pour autant laisser la porte ouverte à une nouvelle suite (quoique…). En fait, la fin du film tente de nous expliquer qu’il faut laisse Indiana Jones là où il est, et que rejouer encore et encore l’histoire, ça ne mène à rien. Qu’il est en temps pour Indy de se reposer, à l’endroit où il doit être, et non pas dans une nouvelle aventure…

 

Mystère et boule de gomme ?

 

Autre problème de ce nouvel Indiana Jones : ses énigmes. Alors que les 4 autres volets de la licence proposaient quelques mystères rigolos à résoudre, quelques énigmes archéologiques passionnantes, Le Cadran de la Destiné a perdu en efficacité d’écriture. Où sont passés les hiéroglyphes à déchiffrer, les tombeaux à découvrir, les salles à traverser ? Parce qu’en termes d’aventure et d’archéologie, on est plus proche de Jack Mimoun que de L’Arche de l’Alliance. La scène des échos dans la grotte est la quintessence de cette baisse de régime, où nos personnages trouvent l’entrée qu’ils recherchent comme par magie. Et on en parle du personnage de Mads Mikkelsen qui retrouvent leur trace grâce à un petit coup d’œil dans des jumelles ? Bref, vous verrez de quoi on parle en regardant le film…

La fin d’Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal a beaucoup été critiquée pour son approche excessive et frontale de la science-fiction. Indiana Jones et le Cadran de la Destiné n’a que faire de ces critiques puisqu’il emmène ATTENTION SPOILERS Indiana dans le passé. Un choix scénaristique douteux, totalement rocambolesque, qui offre une séquence lunaire où Indiana rencontre un Archimède azimut incarné par la non prestance de Nasser Memarzia… Encore une fois, on a du mal à y croire. FIN DE SPOILERS.

indiana jones and the dial of destiny official poster IJ DOD Payoff 1 Sht v4 lg cover Indiana Jones et le Cadran de la Destiné : papy fait de la résistance

Avant de se quitter, on voudrait dire un petit mot sur le de-aging, cette technologie qui permet de rajeunir les comédiens, déjà utilisée sur Samuel L. Jackson dans Captain Marvel et sur une grande partie du casting de The Irishman. Alors que certains ont vivement critiqué cette pratique, qu’ils jugent peu persuasif dans ce Indiana Jones 5, personnellement, on a trouvé le rendu plus que convaincant. Le rajeunissement est crédible, parfaitement exécuté, et largement plus probant que dans les films précédemment cités.

Bref, tout ça pour dire qu’Indiana Jones et le Cadran de la Destiné est un divertissement générique, qui copie la mise en scène de Steven Spielberg sans réussir à l’égaler. Récit classique, distrayant, mais parfois soporifique, c’est difficile de s’investir dans une histoire qui met en scène un aventurier de 80 ballets…