Dans la chrysalide de Yanis, un artiste sensible

Dans la chrysalide de Yanis, un artiste sensible

Son nom commence à apparaître un peu partout, à la radio ou à la télévision, à l’approche de la sortie de son premier EP L’Heure Bleue. Yanis fait parti des artistes français qu’on vous avait recommandé de suivre en ce début d’année et on ne s’est pas trompé. Rencontre avec un jeune chanteur sensible que le talent entraîne doucement vers la reconnaissance.

C’est dans un petit pavillon au cœur des Buttes Chaumont dans le 19ème arrondissement de Paris que Yanis nous a accordé quelques minutes de son temps. Entre une session acoustique et une première partie de AaRON, 20 précieuses minutes pour nous parler de lui, de ses projets et de ce qui le fait vibrer.

On t’avait découvert en 2008/2009 sous le nom de Sliimy et tu as réapparu en 2015 sous ton vrai prénom, Yanis, avec une nouvelle identité musicale.  Est-ce un changement ou plutôt une évolution pour toi ? Qu’est-ce qui t’a amené vers cette transition ?

C’est vraiment une évolution personnelle qui s’est faite avec le temps, les voyages et les rencontres. Ma vie a beaucoup changé depuis 2010. Sliimy était une sorte de personnage que j’ai créé très jeune, j’avais 13/14 ans ; il m’a permit de sortir d’une sorte de carapace. Je le garde précieusement comme une étape de ma vie.
L’évolution s’est faite de façon évidente et progressive. J’aime bien aussi cette idée d’évoluer pas seulement musicalement, mais aussi artistiquement, dans la création de l’univers que tu construis pour t’exprimer. Avec Yanis ce n’est plus un alter-égo qui parle. C’est ce que j’avais envie de dire en écrivant mes chansons. C’est une autre forme de mise en scène.

Une sorte de papillon qui sort de sa chrysalide ?

Oui, déjà avec Sliimy les journalistes faisaient la comparaison. Je n’arrive pas à me mettre dans une case et je pense que je vais encore évoluer. Il y aura encore sûrement d’autres chrysalides.

Ton premier titre Hypnotized est accompagné d’un clip intriguant avec Charlotte Lebon. Toi-même tu participes à la séance d’hypnose sur ta musique. Récemment, c’est le plateau du Grand Journal qui a vécu cette expérience de danse sous hypnose. Raconte-nous comment est venu l’idée et comment s’est passé cette expérience ?

C’était fou ! J’avais déjà essayé l’hypnose des années avant, c’est quelque chose qui me fascine. J’ai rencontré Julian pendant un spectacle et on avait déjà discuté sans que la chanson n’existe. Hypnotized me permet de parler des relations amoureuses toxiques où on n’est plus vraiment maître de sa conscience. L’idée de la séance d’hypnose est venue plus tardivement et de façon assez simple ; c’est le processus qui a été plus long. J’ai revu Julian, il a fallu tester les personnes pour savoir si elles étaient réceptives. C’est une expérience assez folle qu’on ne peut pas décrire sans l’avoir vécue. On se demandait si ce clip allait toucher les gens et si on pouvait se projeter sur ces images… même pour nous.

Et pour toi c’était comment ?

C’est une expérience incroyable de lâcher prise. Être connecté à une personne qui peut avoir autant d’impact sur soi, ça remet en question beaucoup de choses. Finalement dans mon EP, You & I, Hypnotized, The Run, même Crave, ce sont des chansons qui parlent des rapports entre les personnes, de cette façon de s’abandonner à l’autre, de donner beaucoup sans savoir où ça va aller. Un lâcher prise qui parfois fait mal, mais une ouverture nécessaire dans les relations. Finalement l’hypnose c’est un peu cette sensation là.

Crave, c’est une première expérience de réalisation pour toi. J’ai lu que tu rapprochais ton clip du tableau « Les jours gigantesques » de Magritte. Qu’est-ce qui t’a inspiré dans ce tableau ?

MagritteEn fait, il faut savoir que pour chaque projet ou idée que j’ai, je fais des dossiers d’inspirations avec des références (on se moque un peu de moi pour ça, j’en envoie pour tout). Magritte revient beaucoup parce que j’adore ce peintre. Ce tableau est presque un trompe l’œil : on voit une femme mais dans sa silhouette apparaît aussi un homme, des mains… On ne sait pas s’il y a de la violence ou si c’est agréable, mais ça reste angoissant. Il y a l’idée d’une confrontation avec une autre personne.
Crave c’est un peu une expérience à deux : c’est une danse sensuelle et violente à la fois où la nudité est subtil, il y a une idée de fusion. Je voulais tourner ce clip à l’heure bleue, c’est ce qui donne cette couleur spéciale. Mais ce moment de la journée ne dure que 40 minutes dont 5 où il y a cette lumière si particulière. On a eu de la chance de pouvoir tourner en plan séquence et que la meilleure prise corresponde à ces 5 minutes.

La danse me fascine autant que la musique

En regardant tes prestations télé récentes pour The Run, je me suis aperçu que toi aussi tu aimes danser sur scène. Quelle est la place de la danse pour toi ?

La danse me fascine autant que la musique, pourtant je n’en ai jamais fait. Je dansais petit en écoutant tous les albums de Michael Jackson. Pour moi c’est aussi une façon d’exprimer ce que mes chansons veulent dire. J’ai vu pas mal de spectacle de danse depuis que je vis à Paris et je me suis ouvert, j’ai eu accès à des choses que je ne connaissais pas avant. Pour moi la danse est une extension de la musique. On est tous capable de lâcher prise et de ressentir des choses. Hypnotized a été fait un peu pour ça aussi. Charlotte Lebon qui est dans le clip, et qui est une amie, a du mal à danser. Elle avait peur que ça ne marche pas sur elle, elle était stressée, mais dans le clip elle s’est complètement lâchée.

Il nous reste encore 2 titres de ton EP à découvrir. Tous sont en anglais pourtant le titre de l’EP est en français. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Je trouvais ça intéressant de laisser le titre en français, parce que je trouve que c’est plus poétique, même si le terme existe en anglais. C’est aussi un rappel de mes origines. Mais je ne me mets pas de limite de langue dans ce que je crée. J’espère que l’Heure Bleue parlera aussi à des gens à l’étranger sans avoir à le traduire. Il y a cette idée de moment spécial, de rendez-vous. J’ai écrit un texte en anglais qui s’appelle l’Heure Bleue qui sera dans le livret. Il explique ce que pour moi veut dire être dans le moment présent : je définis cette heure bleue comme un instant particulier qui demain sera différent… ça me décrit bien finalement !

Quel a été le processus de création de cet EP et les rencontre qui ont permis de le réaliser ?

Le processus a été assez long, parce que j’avais envie de prendre le temps. C’était un peu les montagnes russes, mais il y a beaucoup d’amis à mes côtés qui m’ont aidé. Cet EP s’est fait de façon un peu artisanale ; j’ai créé mon label pour sortir ce projet. Une des rencontres les plus marquantes a été celle avec Appollo Noir : on s’est rencontré grâce à des amis, on a composé ensemble, on a fonctionné en binôme. Le premier titre qu’on a produit, c’est Hypnotized. Il remonte déjà à 3 ans en fait : on l’a laissé mûrir, on a pris du recul. Et puis il y a eu d’autres rencontres dues au hasard, comme Ludovic Zuili qui a réalisé le clip d’Hypnotized… Ces rencontres sont avant tout amicales et elles m’ont donné de la liberté dans mes choix. C’est important pour moi d’entrer en phase et d’être en face de la personne avec qui je construis quelque chose, ça donne une dimension humaine aux chansons, aux visuels, à tout ; L’histoire que je raconte est personnelle parce que j’écris mes textes seul, mais tous ceux qui m’entourent participent de près ou de loin à la création. Je les remercie tous, d’ailleurs, et les artistes qui m’ont inspirés aussi. C’est important l’entourage !

Aujourd’hui ce n’est pas évident de classer un artiste, mais comment tu définirais ta musique ? Plutôt Pop ? Eléctro-Pop ? …

Je n’y arrives pas. Cette question est toujours difficile. Je ne me suis jamais mis dans des genres donc je me demande souvent pourquoi je devrais le faire. J’aime laisser les gens définir pour moi parce que chacun à son monde et sa façon d’envisager la musique. Je trouve que c’est une musique qui évoque des sensations, des émotions, qui est à la fois planante et dansante… C’est dur de classer tout ça.

J’ai essayé de rapprocher ta musique d’autres artistes du moment pour mieux la cerner : Jarryd James, James Vincent McMorrow, James Blake, Troye Sivan, Josef Salvat, Jack Garrat…

Je ne connais pas tous ces noms, il va falloir que j’en note quelques uns !
Raph, mon manager et meilleur ami, me fait écouter beaucoup de choses et on s’envoie plein d’artistes qu’on écoute. J’ai rencontré Josef Salvat. Lui a fait le choix d’aller vers le français, dans ce qu’il fait il y a quelque chose de différent. Il arrive à écrire des paroles qui sont très planantes et à la fois il a des refrains qui emportent. Il a des supers chansons ! J’adore Troye Sivan, je le trouve très touchant.
Il y a beaucoup de diversité dans la création musicale en ce moment, tout se mélange.

Qui sont les artistes que tu écoutes dans ta playlist du coup ?

J’en oublie toujours la moitié… Ibeyi – je les trouve incroyables, FKA Twigs – qui a un mélange de sons assez fou et une voix… Et qui danse aussi d’ailleurs. J’ai découvert Aurora il y a pas longtemps : elle a 18 ans, elle compose… elle a quelque chose de fascinant, une façon de bouger, on dirait qu’elle est habité par une vieille âme, je trouve ça fou. Lorde aussi… (Raph lui souffle des noms) Attendant c’est pas un jeu télé (rire) ! Oui, j’aime aussi Róisín Murphy (ancienne chanteuse de Moloko), elle est étonnante sur scène, je l’ai vu il n’y a pas longtemps.

En parlant de scène : le Badaboum c’est pour bientôt !

Oui j’ai tellement hâte ! J’adore, je suis super excité depuis que j’ai commencé à faire des concerts. Là ça sera important ; ça sera la première date après que l’EP soit sorti.

Tu envisages aussi les festivals ?

Oui, complètement ! On commence à monter une tournée autour de l’EP. C’est intéressant d’adapter un set pour le format festival, de proposer peut être quelque chose de différent, de planant… Il y a plein de choses à faire !

Tu es enthousiaste, au vu des premiers retours, pour la sortie de l’EP le 12 février ?

Je suis hyper content. Il y a une sensation étrange quand tu travailles depuis des années sur des titres et que les gens se les approprient… J’avais qu’une hâte, c’était de partager enfin tout ça. C’est assez beau !

Beau comme ce dernier titre You & I qu’on vous laisse savourer avant de retrouver Yanis le 17 février au Badaboum

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