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      Critique « Buster’s Mal Heart » de Sarah Adina Smith : un labyrinthe où l’on aimera se perdre

      Le dernier film de la réalisatrice américaine Sarah Adina Smith est sorti sur la plateforme Netflix le 27 août dernier et nous avons eu la chance de voir ce film extraterrestre, surréaliste et incroyable qu’est Buster’s Mal Heart. Dans ce film prenant place à la fin des années 1990, nous suivons Buster, un vagabond fuyant les autorités dans les montagnes et survivant à l’hiver en entrant par effraction dans des maisons de vacances vides. Cet homme est hanté par des visions de lui-même seul sur une barque au milieu de la mer et par des souvenirs de sa vie en 1996 : Buster était Jonah, un concierge de nuit dans un hôtel qui ne pouvait pas profiter comme il le souhaitait de sa femme et de sa fille. Un jour, Jonah rencontre un conspirationniste averti qui va remettre en question son univers. Outre ces flashbacks, on se retrouve également face à des images peu compréhensibles de Buster/Jonah seul sur une barque au milieu d’une mer totalement plate. À travers Buster’s Mal Heart, nous essayons à chaque instant de mettre bout à bout les morceaux de l’histoire de Buster, créant alors de multiples chronologies possibles dans ce qui semble être l’esprit troublé d’un ermite. Mais le film va beaucoup plus loin et nous envoie dans les tréfonds de l’humanité en posant des questions à la puissance inavouable. Découvrez donc ci-dessous notre critique de Buster’s Mal Heart de Sarah Adina Smith.

       

      La liberté de l’individu comme sujet central

      En effet, l’essence même du film est la notion de liberté et la signification qu’elle peut trouver chez l’individu. Dans ce film très complexe qu’est Buster’s Mal Heart, le personnage de Jonah, brillamment interprété par Rami Malek, est constamment à cheval entre l’amour qu’il souhaite donner à sa famille et l’envie de connaître la liberté véritable. Ce questionnement autour de la liberté est montré en grande partie à travers le personnage mystérieux de Brown, joué par DJ Qualls, qui vient chambouler la vision de Jonah en lui parlant de la Deuxième Inversion, une théorie conspirationniste au sujet de l’an 2000. Après cette rencontre, notre personnage semble perdre peu à peu le contrôle sur son existence et tombe de lui-même dans une boucle infernale de questions et de désirs infranchissables.

      Buster’s Mal Heart met donc en avant l’importance de se questionner sur sa propre liberté, sur ses envies, ses besoins. Le personnage de Buster en ermite des montagnes montre en effet un homme livré à lui-même, ne cherchant plus à s’intégrer au sein d’une société mais plutôt à la comprendre en se confrontant à ce qu’il pense être les esprits étriqués des membres du système. De l’autre côté, le Buster au milieu de la mer se punit – de quel acte, nous ne le préciserons pas pour ne pas spoiler le film – en s’isolant et en s’éloignant le plus loin possible de la société qui l’a détruit. Les deux lignes temporelles du Buster des montagnes et du Buster de la mer s’entrecroisent, se rejoignent étrangement mais sans réellement le faire, donnant au spectateur l’impression de ne pas saisir la chronologie des événements. Toutefois, un détail est à noter : si les deux Buster (appelons-les ainsi) ont chacun tracé leur voie, aucun n’est heureux, mais surtout aucun n’est libre. Tout au long du film, Sarah Adina Smith joue avec les temporalités, perd le spectateur et crée alors un monde distordu, complexe, dans lequel on se plonge la tête la première mais dont on a du mal à voir le fond.

       

      Un lien très fort avec un passage de la Bible

      Pour les connaisseurs des récits bibliques, le parallèle est rapidement frappant : Buster’s Mal Heart est très clairement inspiré du Livre de Jonas (Jonah en anglais), un passage de la Bible connu parfois comme le récit Dans le ventre de la baleine. Faisons un très bref récapitulatif de ce que contient le Livre de Jonas : Jonas, un prophète de Dieu envoyé pour condamner la ville de Ninive, refuse d’accomplir la parole de Dieu et embarque sur un bateau pour s’éloigner le plus possible de Ninive. Une terrible tempête s’abat sur le navire et l’équipage en déduit que Jonas est la cause de leurs troubles : ce dernier est donc jeté par-dessus bord. Dans l’eau, il se fait avaler par un énorme poisson (le plus souvent représenté par une baleine) et prie pendant trois jours et trois nuits pour sa rédemption avant d’être recraché par l’animal sur une plage. Y voyant alors le signe que Dieu lui accordait une seconde chance, Jonas s’empressa d’aller prêcher la parole de Dieu à Ninive, où il fut très mal accueilli. Il quitta donc la ville et s’engagea dans le désert. Dieu, miséricordieux, lui offrit la possibilité de se mettre à l’ombre d’un arbre, à condition que Jonas s’occupe de cet arbre. Encore une fois, le prophète faillit à sa parole et l’arbre mourut dans la nuit, laissant Jonas à son propre sort au milieu du désert.

      La réalisatrice Sarah Adina Smith a confirmé que Buster’s Mal Heart n’était pas une réécriture du Livre de Jonas mais qu’elle s’était bel et bien inspiré de ce récit biblique pour le personnage de Jonah, cherchant à en faire un personnage « plus fort que dans la Bible ». Si vous avez vu le film, vous aurez remarqué probablement la phrase prononcée par le Buster sur la mer : « Nous sommes dans le ventre de la baleine. » Tout porte à croire que les deux Buster sont alors métaphoriquement « dans le ventre de la baleine », un châtiment dû aux actions possibles de Jonah dans sa vie passée. De nombreuses théories sur le film induisent qu’il ne s’agit presque que de comparaison avec la religion et le Livre de Jonas, mais en vérité, il y a tellement de possibilités, de détails à relever que l’on ignore si on pourra réellement trouver un seul et unique sens au déroulement du film.

       

      Un film qui vaut le détour

      S’il est assez compliqué de voir où veut en venir le film une fois qu’on a vu la fin, il faut tout de même avouer qu’il vaut le coup d’être vu. Tout d’abord, si l’on s’arrête sur le scénario, il est certes décousu et complexe, mais il est surtout très profond. On nous place face à ce personnage qui essaie de creuser à l’intérieur de lui-même, qui veut tant bien que mal découvrir la liberté à laquelle il aspire et qui doit en même temps gérer sa vie et surtout, survivre à son destin tragique. Pour les personnages, aucune critique ne peut être faite : le casting est parfait avec Rami Malek, DJ Qualls mais également Kate Lyn Sheil et Suhka Belle Potter dans les rôles de Marty et Roxy, la femme et la fille de Jonah. En terme d’image, il nous faut nous incliner devant le talent inouï de Sarah Adina Smith, réalisatrice, et de Shaheen Seth, directeur de la photographie. Tout le long du film, nous faisons face à des plans merveilleux, autant en termes de couleurs que de cadrage : nous pourrions par exemple ne citer que le plan du générique, où deux silhouettes en contre-jour se font face sur une barque, et cela donnerait déjà une idée du travail apporté à la photographie du film.

       

      Pour conclure cette critique, nous pouvons simplement dire que Buster’s Mal Heart a été un véritable coup de cœur ! Le film est beau, autant visuellement que scénaristiquement, et les nombreuses questions que l’on peut se poser à la fin ne font qu’attiser l’envie de mieux comprendre ce film. Un conseil, n’hésitez surtout pas à aller chercher des explications sur l’intrigue une fois que vous aurez visionné le film, vous pourrez découvrir des éléments que vous n’auriez même pas imaginé devoir relever pour entrer dans l’univers de Jonah. Buster’s Mal Heart est disponible sur la plateforme Netflix depuis le 27 août dernier.

       

      Bande-annonce – Buster’s Mal Heart

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      2 Commentaires

      1. Idem que le commentaire précédent, j’ai vu le film juste car j’adore l’acteur principale, je ne m’attendais pas à une histoire aussi complexe, votre article ma permis d’éclairé pas mal de zone d’ombre, un grand merci à l’auteur.

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      2. Je viens de découvrir “Buster’s Mal Heart » et votre article m’a bien aidé pour essayer de comprendre ce film, si tant est que le comprendre fasse vraiment parti du souhait de la réalisatrice. C’est en effet un film d’une richesse incroyable : une photo remarquable, un scénario déroutant, à plusieurs voie (c’est le cas de le dire) et des acteurs fabuleux : Rami Malek, avant tout (un Jonas dédoublé), Kate Lyn Sheil (une Marie-Madeleine toujours en quête de rédemption ?) et la présence de ce curieux millénariste informaticien (qui refuse de se nommer)… En guise de fin : « Nous sommes dans le ventre de la baleine, un seul de nous en sortira. » Un film à voir absolument. Merci à Sarah Adina Smith pour son film tellement singulier. Et merci à vous pour votre article.

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