Prison 77, une révolte pour tout changer

Critique du film d'Alberto Rodriguez

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Affiche du film

1977 marque la fin du franquisme en Espagne. Les prisonniers n’y voient malheureusement aucun changement et décident que c’est à eux de le provoquer en menant leur propre révolution sociale face à une administration stricte et corrompue. Inspiré de leur histoire, Prison 77 leur rend hommage dans un récit passionnant. 

L’art de la narration

Prison 77 est digne des plus grands récits carcéraux et c’est en partie dû à sa narration qui est parfaitement construite. On y suit le personnage de Manuel, un jeune homme qui s’expose à 6 ans de prison minimum pour détournement de fonds, une peine injuste pour un homme innocent. C’est à travers lui que l’on est transporté dans ce milieu dur et désuet au fur et à mesure qu’il en découvre les rouages et qu’il cherche à les déconstruire. Son histoire commence dans les conditions presque inhumaines de l’isolement et se poursuit au contact d’autres qui feront avancer son histoire et avec qui il mènera la révolte. Le rythme est parfait, on assiste à des scènes de divers intensités dramatiques en toute fluidité et rien ne semble superflu. C’est avec passion que l’on apprend à connaître Manuel, Pino, Domingo… A travers les années, pendu à chaque rebondissement qui les pousseront à se battre encore et encore. Un vrai récit carcéral comme on les aime qui a la force de porter un évènement réel et de le faire bien, avec humanité et profondeur.

Action, émotion, frissons

Avec une narration et un rythme si millimétrés, Prison 77 se devait aussi de trouver le bon équilibre entre tout ce qu’il raconte et ce qu’il veut faire ressentir à son spectateur. Le pari est une nouvelle fois réussi et il est impossible de rester de marbre devant le film. La mise en scène est simple et efficace et il y a une véritable recherche colorimétrique dans une image soignée. C’est si fluide que l’histoire capte toute notre attention et l’écriture des personnages n’y est pas non plus pour rien. Ils sont d’une sincérité profonde, de ces personnages de films carcéraux qui ont pour certains leur carapace iconique et pour d’autres leur fureur face à l’injustice et l’enfermement. On les suivrait jusqu’au bout de la Terre et c’est ce qu’on fait, dans une histoire qui a un début et une fin qui se suffisent parfaitement.

Duo d’acteurs fascinant

Les deux rôles principaux de Prison 77 sont portés par Miguel Herrán (Manuel) que l’on a découvert dans les séries Netflix La Casa de Papel et Elite ; ainsi que Javier Gutiérrez (Pino) qui a notamment été récompensé d’un Gova et d’une Coquille d’Argent pour son interprétation dans La Isla Mínima, un film également réalisé par Alberto Rodriguez. L’amitié de Manuel et Pino est le véritable coeur du film, la confrontation de deux points de vue différents, de la jeunesse qui espère encore et de l’homme vieillissant qui ne croit plus en rien. Ensemble ils vont se battre coûte que coûte et leur duo est magistral, que ce soit dans l’écriture ou dans la performance des deux acteurs. Une équipe qui gagne et qui nous porte dans le choc comme dans l’allégresse. Chacun livre une performance excellente individuellement comme à l’unisson. 

Un film sur l’univers carcéral qui retrace une période fracturée et en recherche de reconstruction dans les prisons espagnoles. Un récit viscéral avec une narration et des performances exceptionnelles. 

Prison 77 est disponible en VOD pour 4,99 euros à la location et 9,99 euros à l’achat.