The Flash : le DCEU continue d’agoniser

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C’est l’un des derniers segments du DC Extended Universe (DCEU) avant la grande refonte de James Gunn et Peter Safran. The Flash, réalisé par Andy Muschietti, est le 13ème opus du DCEU. Le long-métrage raconte comment Barry Allen (Ezra Miller) décide de remonter le temps pour sauver sa mère d’une mort certaine. Mais ce petit changement dans le continuum temporel entraîne un effondrement du multivers. Flash va devoir parcourir la ligne du temps pour réparer ses erreurs.

The Flash : un multivers paresseux

Décidemment, le multivers est un concept à la mode. Après Spider-Man : No Way Home, Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Everything Everywhere all at once ou encore Spider-Man : Across the Spider-Verse, le multivers est partout, tout le temps, et tout à la fois. Pourtant, à ce petit jeu, The Flash souffre incontestablement de la comparaison. En réalité, c’est finalement la proposition la moins solide de la liste. The Flash reprend les poncifs du genre sans parvenir à les réadapter ou à se les appropriés. Andy Muschietti signe alors une aventure multiverselle réchauffée, qui emmène ses spectateurs dans des ramifications déjà connues, et qui sont carrément parfois en retard sur leur temps. L’assistance commence à être habituée à ce schéma narratif, et il lui en faut davantage pour être éblouie.

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Il n’empêche que l’œuvre propose inévitablement des surprises. Multivers oblige, les spectateurs croisent des variants de leurs personnages préférés, et des caméos de taille. Michael Keaton en Batman évidemment, est un pur plaisir. Quelle joie de retrouver le comédien de Tim Burton dans son vieux costume de Chevalier Noir. Il n’est évidemment pas le seul à apporter son aide à Flash, mais nous n’allons pas spoiler le plaisir des lecteurs. En tout cas, The Flash tient ses promesses dans ce registre-là : le film est bourré de surprises et de caméos.

Un film conscient de sa chute

On le sait, et ça se ressent à l’écran, The Flash a connu une production compliquée. Entre les déboires judiciaires d’Ezra Miller et la crise de la COVID-19, le film a rencontré de nombreux retards et de nombreuses modifications. De plus, le timing de la sortie de The Flash est quand même particulier puisque c’est l’un des derniers vestiges du DCEU avant que James Gunn ne reboot l’univers DC au cinéma. Enfin, le film d’Andy Muschietti sort également dans un contexte bancal puisque les derniers films DC se sont vautrés au box-office.

En ça, The Flash est un film hybride. Une œuvre ambitieuse, mais qui ne se donne pas toujours les moyens de son ambition. Dans cette adaptation lointaine de Flashpoint de Geoff Johns, Andy Muschietti aborde les concepts de paradoxes temporels (et n’hésite pas, comme tout le monde, à citer Retour vers le futur, tout ça parce que c’est marrant de citer Retour vers le futur, *soupire*). Mais The Flash souffre de la comparaison avec ses aînés. Le scénario, cousu de fil blanc, ne permet pas de tenir en haleine les spectateurs qui voient toutes les ficelles du récit des kilomètres en avance. Difficile de faire croire à un spectateur averti que Flash a simplement remonté le temps. L’audience éclairée comprend rapidement que Flash a changé d’univers, bien avant le super-héros lui-même.

Un blockbuster désespéré

The Flash est une œuvre presque désespérée. Un film qui reprend la recette des films de super-héros modernes, et qui pioche un peu partout aux alentours. Andy Muschietti joue avec la nostalgie de ses spectateurs en ramenant des personnages cultes, à la manière de No Way Home. The Flash tente de proposer une aventure (faussement) alambiquée façon Inception du pauvre. Enfin, Andy Muchietti reprend également la recette de James Gunn, en offrant une aventure résolument pop, décalée dans le ton, via quelques séquences totalement what the fuck. On pense évidemment à la scène des bébés qui n’a littéralement aucun sens. C’est un peu drôle, et un peu malaisant en même temps. On retrouve alors des scènes low-cost inspirées des Gardiens de la Galaxie ou du Suicide Squad de James Gunn, mais sans la force, le rythme et la verve de ce dernier.

The Flash est également un film trop bavard, dans lequel Andy Muschietti sur-explique tous ses tenants et ses aboutissements scénaristiques. Trop carré, le long-métrage s’enferme dans une relation grand frère-petit frère agaçante entre les deux versions de Barry Allen. La version rajeunie d’Ezra Miller est horripilante au possible, et on n’a qu’une envie, c’est qu’elle ferme sa gueule.

The Flash n’est pas non plus aidé par des effets spéciaux immondes. Difficile, en 2023, de voir de tels effets visuels. Fonds verts dégueulasses, les séquences d’action sont d’une laideur de tous les instants. Andy Muschietti ne parvient jamais à insuffler le moindre souffle épique. En témoigne une baston contre les kryptoniens d’une mollesse abyssale…

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Et puis, c’est quand même dingue que le DCEU soit dans l’incapacité de matérialiser la rapidité de Flash autrement que via des effets visuels dégoulinants et en retard sur leur temps. Difficile de voir en Flash une prouesse visuelle quand Sonic parvient mieux à gérer sa notion de vitesse et d’espace à l’écran. Et une fois de plus, l’homme le plus rapide de l’univers DC se fait écraser par les excellentes séquences de Vif Argent dans la licence X-Men.

Et à part quelques combats rapprochés sympathiques avec les deux versions de Batman, on se fait doucement chier devant les tribulations redondantes des deux Flash. La preuve avec la nouvelle Supergirl. Figure imposante, culte et musclée, le film ne sait jamais quoi en faire. Sasha Calle, qui est excellente au demeurant, n’a que 5 lignes de dialogues, n’a jamais la place pour exister réellement et n’est finalement à l’écran que pour se prendre une raclée par Zod. Un traitement étrange en 2023, soit inconscient, soit perfide, qui vient offrir un portrait de la femme super-héros en retard sur son époque. Elle n’est là que comme personnage fonction, nécessaire au scénario, mais pas indispensable à l’histoire. Dommage, parce que la jeune Sasha Calle, pourtant si critiquée par les puristes, dégage un charisme de tous les instants. Et entre nous, c’est la seule fleure au milieu de ce champ de ronces.

Un zombie qui demande à être achevé

The Flash est un shoot de vodka mélangé à de la bière. C’est déstabilisant, pas forcément très bon, mais généreux. Andy Muschietti offre quelques fulgurances agréables, et un humour plutôt bien senti. Sans être dans la surenchère comique, le cinéaste propose des ruptures de ton maîtrisées, dont Marvel devrait s’inspirer. Malheureusement, The Flash se mesure à ses modèles sans pouvoir les égaler. Il cherche l’hommage, la citation en permanence, sans parvenir à se créer sa propre identité. La citation devient alors illusoire, factice, calculée, et donc décevante. Le climax final du film cherche à refaire Man of Steel en moins bien, les thèmes de John Williams et Danny Elfman sont utilisés au hasard, et le film ne sait jamais quoi faire de son Batman et de sa Supergirl. On peut aujourd’hui comprendre le coup de gueule de Michael Shannon, extrêmement déçu du traitement de son personnage, le général Zod, dans cette nouvelle production DC.

En fait, Andy Muschietti perd clairement le contrôle de son film. L’intrigue s’enferme dans un climax au lissage numérique hideux, dans lequel des univers menacent d’entrer en collision, prétexte à mettre en scène des caméos mélancoliques, pas forcément tous de bon goût. Ramener des morts à la vie est toujours un procédé qui pousse à la réflexion éthique. En plus de recycler quantité de séquences déjà-vus, The Flash perd le contrôle de son propre univers, et devient un chaos de tous les instants, qui essaye de raccorder les wagons du Snyder-Verse, tout en justifiant le changement d’univers initié par James Gunn.

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The Flash est un zombie qui peine à respirer dans le paysage super-héroïque. A l’image de son DCEU qui agonise, The Flash est un pantin désarticulé, qui essaye de masquer un vide artistique de plus en plus inquiétant. C’est une poudre aux yeux qui tente de nous faire croire que tout va bien, alors que le film s’effondre sur lui-même en permanence. Plutôt que d’aborder son sujet par le prisme de la modestie, de l’acceptation, du mea-culpa, The Flash continue de faire des blagues désespérées comme si tout allait bien, alors que tout prend feu autour de lui.

Il n’empêche que la générosité d’Andy Muschietti permet à The Flash de se hisser au-dessus de la mêlée. Le long-métrage est incontestablement plus jouissif et divertissant que les récentes productions DC, que ce soit Shazam 2, Wonder Woman 1984 ou l’hideux Black Adam. Et si c’est une très maigre victoire, c’est toujours ça de pris…