[Critique] Traîne pas trop sous la pluie, une pièce authentique

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De sa voix rocailleuse, Richard Bhoringer nous fait part de son récit autobiographique tiré de son roman « Traîne pas sous la pluie ». Il nous en délivre quelques extraits et anecdotes à travers une interprétation saisissante chaque soir au théâtre de l’Atelier.

 

Richard Bohringer : Un boxeur aux gants de velours

Il joue d’entrée de jeu comme s’il était chez lui. Et pour cause, il était sur ces planches quelques mois auparavant avec sa fille Romane dans « J’avais un beau ballon rouge ». Quelle fierté de jouer avec ma fille nous avoue-t-il !

Seulement en cette occasion, il est seul. Le décor est neutre : Une chaise, un trépied et trois bouteilles d’eau qu’il vide tout au long du spectacle. Il passe de l’actualité à des souvenirs qu’il nous livre à demi-mots comme un secret que l’on dépose au creux de l’oreille de son bien-aimé. Il parvient à nous toucher au plus profond de nous-même de par ses phrases saccadées, brèves et percutantes. On a parfois l’impression de recevoir des coups de poings tellement ses mots sont tranchants. A l’image de Mendy, le boxeur dont il nous dépeint le personnage, le véritable combat est d’éviter les coups avec majestuosité. Il s’agit d’un combat de la vie mené avec loyauté et dignité à l’image d’un combat de boxe dont il parvient à nous transmettre les valeurs.

traine-pas-trop-sous-la-pluie-affichePuis il enchaîne sur ses péripéties à New York, ses souvenirs avec ses copains, sa rupture avec l’alcool. Il se joue de nous en nous faisant croire qu’il cherche ses textes sur les deux cahiers posés sur la chaise. Pourtant, ses monologues, il les maîtrise à la perfection !

Sans artifice, il nous conte quelques passages de son roman dont les textes sont quelques fois délirants, voir débridés. On aime ou pas !

 

Une invitation au voyage…

Richard Bohringer est un acteur indomptable, metteur en scène, écrivain, poète. Hospitalisé suite à une hépatite C, l’auteur nous décrit avec poésie une de ses hospitalisations. Catapulté dans le « cabaret de la dernière chance». Il délire au milieu du ballet des blouses blanches et s’exprime pourtant avec clairvoyance. Cette fièvre semble gratifiante car elle le maintient en vie. La morphine qui le ronge fait remonter ses souvenirs d’Afrique. Il nous transporte de Paris, à Bogota en passant par le Bénin et Cayenne. La nature sauvage l’invite à se confronter à la rudesse des paysages. Comment ne pas tomber sous le charme de cet humaniste ? Il nous émeut ! Sa passion est brûlante et intense, au point de nous toucher le cœur et l’âme.

 

« La peau a ses raisons

Le mystère a du frisson

Traîne pas trop sous la pluie

C’est pas Bogota, c’est Paris »

 

Monsieur Bohringer est ce qu’on appelle « une gueule de cinéma ». Il se livre et se délivre avec chaleur. Lorsque la nostalgie le prend, il cite ses amis Roland Blanche, Bernard Giraudeau et Jacques Villeret qui l’attendent là-haut. « La mort », nous dit-il, « Elle ne voulait rien savoir. Malgré la came, l’alcool. Elle ne voulait pas de moi. ». Écorché par la vie, les gens, les mots, Richard Bohringer soutient que « les regrets sont comme des fleurs qui rendent tristes les chevaux de corbillard« . Malgré tout, ce bourlingueur est un homme ivre de la vie.

« A vingt ans on veut mourir, à soixante-dix ans on veut rester… »

Révérence au Capitaine de tous les bateaux de la mer ! Je vous invite vivement à vous délecter de ses mots au Théâtre de l’Atelier.

 

Infos pratiques

« Traîne pas trop sous la pluie » au théâtre de l’Atelier
1 place Charles Dullin, 75018 Paris
01 46 06 49 24

Du mardi au samedi à 19h00
Relâche le 31 mars