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      Critique « La Révolution » : une uchronie fantastique et une perle d’esthétisme

      Souvent, on reproche aux productions françaises de manquer d’ambition, de ne pas assez innover. Pourtant, La Révolution l’a fait. Malmenée par la presse, il faut regarder la série dans son ensemble et prêter attention à la promesse de base, celle de raconter une autre histoire que celle avec un grand H.

      En effet, La Révolution nous plonge dans une histoire où la noblesse et le tiers-état s’opposent. Rien de bien original sur ce point, certes, mais ici, on mise sur une maladie, celle du sang bleu, qui gangrène la noblesse. Il s’agit là d’une idée originale des auteurs Aurélien Molas et Gaïa Guasti – qui avaient co-écrit la série récompensée au festival SeriesMania Une île.

      Dans La Révolution, la maladie du sang bleu transforme les contaminés en sortes de morts vivants – aux airs de vampire parfois. Ils sont dotés d’un flair exceptionnel, mais également d’une « agressivité extrême, d’un accroissement de la force physique ». Joseph Guillotin (Amir El Kacem, Hippocrate) enquête sur ce mystérieux virus qui se répand d’une classe sociale à l’autre. Au sein de la noblesse, Elise de Montargis (Marilou Aussilloux, Adieu les cons) écoute les visions cauchemardesques dont sa soeur, Madeleine (Amélia Lacquemant) lui fait part.

      Joseph Guillotin (Amir El Kacem)
      Joseph Guillotin (Amir El Kacem)

      Des faiblesses rythmiques

      Malheureusement, la faiblesse de La Révolution se situe dans le rythme souvent irrégulier et dans certaines arches scénaristiques trop peu exploitées. Certains personnages sont également laissés de côté malgré leur potentiel, à l’image de Charles de Montargis (Laurent Lucas, Vernon Subutex).

      Avec un tel univers, il est évident qu’il faut poser le décor, ce qui fait que l’action tarde à se lancer dans les premiers épisodes, créant de nombreuses longueurs. Il faut bien deux, voire trois épisodes, pour que cette première saison suscite vraiment l’intérêt.

      Si le début de La Révolution souffre d’une narration lente, le rythme devient plus soutenu à partir du troisième épisode. Le suspense s’installe enfin, et on s’accroche même si on aurait pu décrocher dès le pilote.

      La Révolution en marche
      La Révolution en marche

      La Révolution tient sa promesse

      Sans avoir la volonté de faire une série historique, mettant en scène des figures historiques de la Révolution Française, la nouvelle création Netflix cherche à suggérer que la vérité pourrait se trouver ailleurs. C’est-à-dire, dans la maladie du sang bleu. Ce postulat s’appuie sur la célèbre de phrase de Napoléon Bonaparte : « L’histoire est un tissu de mensonges sur lequel on est d’accord ».

      Ainsi, on ne nous promet pas de nous raconter l’histoire telle qu’elle s’est déroulée, mais d’en faire une interprétation. En effet, cette uchronie, bien qu’appuyée sur une base historique, n’a pas pour but d’enrichir nos connaissances. On note d’ailleurs des anachronismes dans le langage des personnages.

      Loin de nous l’idée de lyncher cette série pour manque de vraisemblance historique. La promesse est là : c’est une série fantastique.

      Marianne (Gaia Weiss)
      Marianne (Gaia Weiss)

      Le cliché du gentil pauvre et du méchant riche

      Là encore, les pauvres sont généralement bienveillants et se révoltent contre les riches à l’excessif train de vie, qui se complaisent dans leurs privilèges. Cette vision manichéenne dans La Révolution, en devient presque simpliste. Si le personnage d’Elise de Montargis pourrait nuancer cette idée, elle est bien la seule exception dans ce modèle-là.

      Donatien de Montargis (Julien Frison – jeune pensionnaire de la Comédie Française) se veut l’incarnation même du noble sadique dont le pouvoir monte à la tête. Ce personnage à lui seul installe un peu plus encore le suspense dans cette première saison, tant il se montre imprévisible.

      Les références à la Révolution sont également très premier degré, à commencer par le sang bleu. Ensuite, on a la Fraternité, ce groupe de rebelles du tiers-état « qui ne prend qu’à la noblesse » – comme des robins des bois mais sous l’Ancien Régime – menée par la charismatique Marianne (Gaia Weiss, Vikings). On suppose que ce manque de subtilité permet que les symboles soient compris de tous – y compris à l’international.

      Donatien de Montargis (Julien Frison)
      Donatien de Montargis (Julien Frison)

      Une esthétique remarquable

      En revanche, les détracteurs de La Révolution ne peuvent en rien cracher sur l’esthétique soignée de bout en bout. Les décors sont tout simplement sublimes et les costumes n’ont rien à envier à ceux des séries historiques.

      Les jeux de couleurs, notamment avec le drapeau tricolore, sont captivants. La photographie, quant à elle, est irréprochable, jusque dans les scènes de combat. Enfin, il n’y a rien non plus à dire sur les effets spéciaux, très bien réalisés, volontairement sanglants – après tout, la série est déconseillée aux moins de 16 ans. Quoi qu’on en dise, il est bien impossible de dénier à La Révolution sa réussite esthétique.

      Cette série, c’est une provocation, car réinventer l’Histoire, c’est quitte ou double. On sent l’envie de proposer quelque chose de novateur, et La Révolution l’est malgré les critiques. Il faut la regarder, sans a priori, et se laisser porter pour apprécier ce bijou esthétique, méritant de l’être malgré ses quelques faiblesses.

      Bande-annonce de La Révolution

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