Maternité versus mafia dans le tome un de Mighty Mothers

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Dans Mighty Mothers, des femmes cuisinent mais leurs lames servent surtout à trancher les corps des yakuzas. Oubliez l’image traditionnelle de la mère japonaise et découvrez un guide éducatif pour le moins tranchant.

Un univers à peine futuriste

une combattante des Mighty Mothers

Mighty Mothers débute comme un documentaire social. Akane Honjô élève seule son fils Shintarô. Elle pédale comme une folle à vélo pour arriver à temps afin de le déposer au jardin d’enfants puis file à son travail de caissière. Elle se trompe et les clients s’énervent car elle peine à suivre le rythme. Ses collègues lui reprochent ces erreurs. Pourtant, en tournant la page, le lecteur de Mighty Mothers est désarçonné en découvrant une scène de polar. Dans un hangar, un vendeur organise une vente d’esclaves sexuelles avec des yakuzas. Une femme masquée surgit. Elle vient sauver les femmes. Très habile, elle ne laisse aucune chance à ces hommes. C’est l’une des Mighty Mothers voulant rétablir la justice. Le lecteur suit la révélation d’un monde caché, celui du crime organisée. Il y a des filières et des tueuses à gages classées par niveau.

Le dessinateur et scénariste Eiji Karasuyama décript dans la série en trois tomes Mighty Mothers un Japon sombre. La société s’est appauvrie et les mères célibataires peinent à élever leur enfant. Derrière une façade propre, les drames sont nombreux en particulier pour les femmes. La police semble totalement absente. Pour réparer ces injustices, des femmes se dressent. Elles forment une société secrète qui s’attaque à la mafia. On peut le voir dans les trois premiers chapitres. Ces récits complets présentent un personnage nouveau à chaque fois et le concept de Mighty Mothers. On découvre alors une professeure caméléon Silvia et une cuisinière ninja puis le groupe et leur surprenante cheffe. Elles n’ont pas de base secrète mais un café. Dans la dernière partie, le lecteur est plongé dans une attaque collective aboutissant à un duel féminin.

Mighty Mothers, un polar social féministe

Le dynamisme des Mighty Mothers

Au fil des pages, Mighty Mothers se révèle une série doublement originale : par les personnages et les thèmes abordés. En effet, tous les personnages principaux sont des femmes et plus particulièrement des mères célibataires. Elles compartimentent leur image publique et leur vie privée. De plus, la série aborde des sujets rarement lu dans les mangas.

Des mafieux pratiquent l’esclavage sexuelles. Les dialogues de Mighty Mothers montrent que les femmes ne sont que de la chair dont des hommes sans morale évaluent la fraîcheur. Cette violence verbale est renforcée avec des images très dures de femmes nues enchaînées et sales dans un container. D’une part, le lecteur français découvre la dureté de la vie d’une mère seule dans une société patriarcale. On ne lui laisse que des boulots mal payés où elle doit redoubler d’efforts. D’autre part, certaines de ces Mighty Mothers sont des immigrées. Elles ont des travaux mal payés et épuisants puis, le soir, elles suivent des cours de japonais.

La surprise de vient également du dessin de Eiji Karasuyama. Très fluide, il s’adapte aux changements de ton. Le début maternelle est très tendre avec des regards doux et des sourires malgré la dureté de la société. Quand le gunfight commence la mise en page explose. Comme les balles, les cases partent dans tous les sens. La disposition des corps et les immenses onomatopées renforcent encore plus le dynamisme des scènes. Le dessin est malin en usant de nombreux détails signifiants dans une case : l’affiche d’un célèbre espion, une image de surveillance. Plus loin, les dialogues d’une enfant bavarde cachent le visage d’une femme. Eiji Karasuyama sait aussi être inhumain lors d’une scène insoutenable de viol.

La couverture choisie par l’éditeur Mangetsu résume bien la série. Coupée verticalement, on y voit une femme dans deux ambiances radicalement différentes : une mère positive pour son fils et une justicière agissant dans un monde très sombre. Ce premier tome débute dans le quotidien pour permettre au lecteur de rentrer dans Mighty Mother avant d’accélérer. Les rebondissements aboutissent à un enlèvement promettant des moments tendus dans le tome deux.

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