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      Critique du volume 3 de Shy : la qualité ne se dément pas

      Ecrit par la mangaka Bukimi Miki, la série Shy propose une nouvelle version de la thématique des super-héros. Mélangeant élégamment les codes du Comics états-uniens et l’univers des Sentai/tokusatsu, la série suit les pas de Shy, la super-héroïne du Japon aussi puissante que timide. Entre initiation, double vie et mission, l’oeuvre se révèle attachante, graphiquement soignée et thématiquement riche. Ce troisième volet confirme l’excellent début d’une saga que les éditions Kana ont été inspirées de récupérer.

      Une histoire de famille

      Shy est sur tous les fronts. A peine réglé ses doutes intérieurs, relevé le défi de stardust, la jeune lycéenne est repartie en mission direction le pôle Nord retrouver un navire disparu. L’opération la conduit avec deux autres héroïnes (Spirits la russe et Mial Long la chinoise) à affronter de nouveau Stigma. Le mystérieux antagoniste continue de créer des super-vilains en leur confiant une bague transformant leur désespoir en énergie sombre.

      Ce que découvre Shy et ses amis, c’est que leur ennemi s’est doté d’une organisation secrète, Amalarik, dont les attaques les prennent toujours au dépourvu. Une maigre piste semble relier certains de ses membres au passé de Spirits. Bien décidées à éclaircir ce mystère, Shy et Spirits se rendent dans l’orphelinat où la super-héroïne russe a passé une partie de son enfance. Sans se douter que leur implacable ennemi leur a tendu un piège.

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      Shy : un manga à l’ambiance captivante

      Ce troisième volume s’appuie toujours sur un graphisme de haute volée. Bukimi Miki fait concorder en effet le fond et la forme. Touchant aux mythes super-héroïques à la fois occidentaux et japonais, elle a adopté un trait, une ambiance qui mixent efficacement ces deux univers. Nous retrouvons des dessins rappelant les œuvres de Sean Murphy. Traits nerveux, rôle des hachures, visages anguleux. De même, l’esprit shonen habite aussi les cases du manga : soin apporté aux yeux, posture.

      Cet opus se différencie avec talent des précédents en adoptant un ton beaucoup plus sombre. Ici, la légèreté attachée à la formation de Shy se confronte à l’âpreté. Celle d’abord de l’adversaire qui prend encore en épaisseur s’appuyant sur de nouveaux membres dont l’apparente douceur décuple la menace. Celle ensuite liée aux révélations sur le passé de Spirits. Son exubérance trouve une explication déchirante et cohérente.

      Des personnages attachants

      Le traitement de Shy confirme l’un des atouts de ce manga : la qualité de ses personnages. Bukimi Miki nous distille tome après tome des bribes d’informations sur le passé, leur parcours, leur fracture. Et quel plaisir de voir la mangaka nous prendre à contre pied en démystifiant l’aura de Spirits. Les révélations servent l’attachement progressif à cette figure qui d’abord nous faisait rire par son style décomplexé et qui maintenant nous touche par son passé. Et comme nous n’en sommes qu’au troisième volume, nous sommes impatients de voir ce que l’auteur nous réserve concernant les héros encore en réserve.

      Un bon récit a besoin d’un antagoniste crédible. Shy sans révolutionner le genre utilise à merveille le stéréotype de l’enfant roi génie du mal. Stigma demeure encore largement dans l’ombre mais ses évocations sont percutantes. Son plan nous échappe encore. En revanche, la nature de son pouvoir, reflet sombre de celui de super-héros, continue d’approfondir son mystère. Et comme il est servi par une garde rapprochée haute en couleurs, cela continue de nous offrir une opposition féroce .

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      Shy : Un univers qui se déploie progressivement

      La dernière qualité de ce troisième tome consiste dans le lore que construit Bukimi Miki. Chaque tome nous permet de découvrir un nouveau super-héros : celui de la Chine, de la Suisse. On apprécie de voir comme l’auteure utilise les codes culturels pour définir le caractère de son personnage. Le super-héros suisse par exemple est expert en soin, clin d’oeil au fait que la croix rouge fut inventé par le genèvois Henry Dunant. Nous sommes dès lors très impatients de croiser les autres héros.

      Ce lore se nourrit enfin de près d’un siècle d’écrits super-héroïques et de manga. Dans ce troisième volet, les connaisseurs de comics retrouveront la référence au green lantern et à la question des anneaux. En effet, dans Shy, l’énergie provient soit de bracelets, pour les héros, soit de bagues pour leurs ennemis. Ceci rappelle l’opposition entre l’anneau des Green lantern et celui des yellow lantern. De même, cette corruption de l’âme évoque aussi la série Puella magi madoka magika. Ces références deviennent chez Bukimi Miki les ingrédients d’une nouvelle mythologie et font de Shy un récit à la croisée des influences.

      Au bout de ce troisème tome, le plaisir est toujours aussi intense. L’auteure profite d’une narration parfaitement maîtrisée pour poursuivre l’exploration de son monde tout en assombrissant son histoire. Assurément, Shy s’affirme comme une petite pépite du catalogue Kana.

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