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      Critique du dernier volume de Versailles of the Dead : tout est mal qui finit bien

      Dernière série de la mangaka Kumiko Suezane, Versailles of the dead s’est achevée ce mois-ci dans son édition française. L’oeuvre dont les quatre premiers tomes ont été précédemment chroniqués part d’un postulat fort : inviter les zombies à la table de l’histoire de France. Servi par des dessins de grande qualité, une ambiance à mi-chemin entre le film d’horreur et le film de cape et d’épée, le manga nous avait laissé à la fin du quatrième sur une impression mitigée. Il possède d’indéniables points forts mais l’intrigue peinait à clarifier ses enjeux. Cet ultime épisode vient lever en partie nos réserves même si demeure l’impression qu’il y avait matière à développer sur 1 ou 2 volumes supplémentaires l’univers.

      Versailles of the Dead : il faut sauver la reine Marie-Antoinette

      La révolution gronde au royaume de France. Aux difficultés financières et sociales s’ajoute un mal inconnu : une peste zombie. Des groupes de morts vivants arpentent les campagnes, attaquent les châteaux isolés et comble de l’audace s’en prennent au convoi de la future reine Marie Antoinette. La jeune princesse trépasse mais son frère jumeau, unique rescapé prend sa place. Le jeune homme est en fait possédé par un démon qui semble lié à l’étrange mal.

      Sous les traits de Marie Antoinette, il feint d’aider son mari, le roi Louis XVI à mener son projet secret : assembler les fragments de l’âme de Jeanne d’Arc disséminés dans les diamants du collier de la reine. En réalité, le démon veut éliminer l’archange Michel qui sommeille dans le corps de Jeanne d’Arc. Le face à face entre ces deux ennemis ancestraux commence.

      Une ambiance addictive, un mélange des genres toujours réussi

      Ce dernier tome ne trahit pas l’excellente tenue artistique de la série. La mangaka a choisi d’insuffler à son histoire une ambiance portée par le décalage. D’un côté, le lecteur peut admirer de magnifiques planches, lumineuses, riches en détails. Nous sommes devant un récit qui en se plaçant du point de vue de la reine adopte sa vision du monde faite de naïveté, de légèreté, de luxe. Les planches s’appuient sur un dessin qui transcende l’imaginaire de la monarchie composé de fêtes, de superficialité, de fossé entre le peuple et l’élite. D’un autre côté, l’histoire nous offre des passages gore centrés autour de la figure du zombies, du possédé. Les corps sont décharnés, les têtes volent haut, les fluides, les entrailles se répandent. La terreur côtoie l’innocence. Ainsi, Versailles of the dead s’inscrit dans la tradition du romantisme noir.

      Cette réussite technique rend alors possible l’adhésion du lecteur à l’incroyable pari scénaristique : associer récit horrifique et récit historique. En effet, le contexte politique de l’époque est respecté : que ce soit l’affaire du collier de la reine, affaire d’escroquerie majeure sous le règne de Louis XV ; ou l’émeute de la Bastille. La véracité historique (les problèmes de trésorerie) vient même justifier la dispersion des pierres. Pierres dont la mangaka invente en revanche un rôle fantastique qui réunit tous les arcs de son intrigue. Celle-ci peut alors glisser vers l’affrontement entre deux entités supérieures dont l’humanité en subit les conséquences.

      Versailles of the Dead ou les zombies comme prétexte

      Ce n’est pas la moindre des surprises que de découvrir à la fin de ce volume le sens du projet d’ensemble. Celui-ci s’inscrit dans la tradition des films de Romero où le zombie servait d’argument pour proposer une réflexion sur la société. Kumiko Suezane a elle aussi intelligemment utilisé la figure du mort vivant. Celle-ci s’efface progressivement dans cet ultime volet au profit de la vraie menace, de la vraie confrontation.

      Ceci soulève une partie des nombreuses questions restées en suspend. Les zombies ne sont pas une fin mais un moyen. Les différents groupes suivent des trajectoires divergents et l’on comprend désormais parfaitement l’origine du mal. Il est dès lors très agréable de reprendre la série depuis le début et de déceler les indices disséminés par l’auteure qui savait où elle voulait emmener le lecteur. Les attaques de zombies n’étaient pas dues au hasard, le sauvetage du frère jumeau répond à un plan bien déterminé. Tout ce mystère se met au service d’une réflexion surprenante sur notre rapport à la croyance.

      Des questions morales, une ambiguïté assumée

      La résolution de la saga est en effet non manichéenne et très ambiguë. Entre Michel et le démon, le lecteur se retrouve dans une impasse. Aucun des deux n’agit réellement pour le bien des hommes. La formule de Lex Luthor dans l’Aube de la Justice illustre parfaitement le dilemme moral du lecteur : « Si dieu est tout puissant, il ne peut pas être tout bienfaisant. Et s’il est tout bienfaisant, c’est qu’il ne peut pas être tout puissant ».

      Ce dernier volume n’hésite pas non plus à égratigner la religion que ce soit à travers le personnage de l’archange que celui des anges ou de leurs agents. On apprécie beaucoup leur désarroi devant l’absence de miséricorde de Dieu. La série choisit de ne pas apporter de réponse nette : le démon est-il un Prométhée ou un Loki ; Michel est-il un Messie ou un Dieu vengeur ? La mangaka choisit de ne pas réellement choisir voire même de semer à nouveau le doute lors de la dernière case.

      Une série trop courte

      Il reste un point qui peut empêcher cette série d’atteindre l’excellence : sa longueur. C’est assez rare pour le souligner mais Versailles of the Dead est trop court. L’auteure a en effet construit un univers très cohérent, très riche s’étendant sur une bonne partie de l’histoire de France. Or le lecteur regrettera sans doute de ne pas avoir plus de réponses sur l’affrontement entre les deux entités ; sur l’itinéraire de Jeanne ; sur le choix de la pucelle par Michel ; sur le sauvetage du corps de Jeanne ; sur l’emprisonnement de son âme.

      De même, des personnages secondaires sont vites expédiés dans ce dernier tome : les anges, les créateurs du mal zombie, les alliés des anges. Et c’est d’autant plus dommage que vous trouvez parmi eux les dénommés Napoléon, un dénommé Maximilien ou Cagliostro. L’auteure a clairement ôté de son récit toute sur-explication superflue sur leur passé, leur itinéraire. C’est regrettable car elle avait visiblement de la matière pour étoffer son récit d’un ou deux volumes sans ralentir le dynamisme de l’ensemble.

      Ce dernier volume de Versailles of the Dead clôt habilement une série audacieuse parfaitement maîtrisée par sa créatrice. Les réserves de rythme émises précédemment sont en partie effacées. Kumiko Suezane confirme son immense talent et qui sait peut-être nous prépare-t-elle une suite ou des spin off afin de lever le voile sur les derniers mystères de son univers.

      La série est disponible maintenant en intégralité chez Kana. 

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