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      Star Wars, la cinéphilie et la malbouffe

      J’ai un problème avec ce Star Wars. Pour tout dire, je ne suis pas un fan invétéré des six premiers films, même si je les aime bien. Ils ne m’ont pas déplu lorsque je les ai vus, et ayant vu la seconde trilogie en première (les épisodes I, II et III), je ne la trouve pas si mauvaise que ça. J’ai vu la première en 2005, et ils me sont apparus déjà un petit peu datés. 

      En ce qui concerne ce Réveil de la Force, je m’interroge sur mon propre ressenti. Dans la salle, je n’ai pas été « emporté », dans le sens où je savais que j’étais devant le film, avec tout le marketing qu’il comprend. J’ai été réceptif à plusieurs des clins d’oeil dit de fan service, en rigolant bien. J’ai même rigolé comme une baleine devant le-moment-où-on-ne-doit-pas-rigoler. Et en sortant de la salle, j’étais content. Mais pourquoi ?

      Tout ce que j’arrive à trouver à Star Wars, ce sont des défauts. Enfin, pas tant des défauts au film lui-même, parce qu’il fait très bien ce qu’on lui demande. Il est techniquement assez bon. A tout reproche cinématographique qu’on pourrait lui faire, onstar-wars-le-reveil-de-la-force répondrait « ouais, mais c’est un Star Wars« . Je ne trouve pas la mise en scène d’Abrams particulièrement brillante, et je me demande même pourquoi il se sentait obligé de mettre sa patte – par exemple les zooms violents sur le Falcon Millenium façon news US – où ce n’était ni nécessaire, ni intéressant. Le jeu d’acteurs n’est pas remarquable, puisque les acteurs n’ont pas le temps de jouer, mais c’est ce cinéma-là qui veut ça, contrairement à Au-delà des Montagnes. Mais ce n’est pas grave. Parce que c’est un Star Wars.

      Il y a des effets spéciaux, ça explose un peu, ça se bagarre, ça se course-poursuite, parce que c’est un Star Wars.

      J’en ai marre, de tout excuser au film parce que c’est un Star Wars. J’aimerais le prendre en tant que film.

      Le « parce que c’est un Star Wars » me ramène à ce que je critique le plus au film, à savoir sa raison d’être. Je me demande effectivement qu’est-ce que « Star Wars » implique et ce que le spectateur doit en attendre, ou se croit obligé d’en attendre. Et ce qu’il faudrait lui donner ou pas. En fait, cela revient quasiment à se demander ce qu’on attend du cinéma en général. Là, on rentre dans quelque chose qui est plutôt personnel. On a le droit d’attendre du cinéma qu’il nous procure du plaisir, peu importe la manière dont ce plaisir se manifeste. Par exemple, le rire est une forme de plaisir, les retrouvailles avec de vieux amis aussi. Des films d’entertainment comme Star Wars ou Avengers jouent aujourd’hui sur un nouveau type de spectateur, qui se distingue à mon sens de l’appellation du cinéphile. Ce nouveau spectateur s’appelle un fan. La différence entre le cinéphile et le fan est capitale. En effet, le mot cinéphile veut dire qui aime le cinéma. Jusque là, on est d’accord. A priori, le cinéma désigne tout le cinéma, aussi bien le russe que l’américain, le chinois que le français, l’ancien que l’actuel, celui à gros budget que le homemade. On a d’ailleurs le droit d’avoir nos préférences et nos blocages, mais l’idée est là. Le mot fan, lui, est une abréviation de fanatique. Le fanatisme est une adoration aveugle et sans condition d’une chose. Cela peut être une religion, une secte, tout autant qu’un film. Dans les deux cas, il est clair que le fanatisme se distingue par l’adoration d’une figure. Pour le film, cela permet la commercialisation des figurines popheads par exemple, et de toutes sortes de produits dérivés. (A noter que l’on peut aimer ou être partisan d’un film ou d’une religion sans pour autant en être fanatique. On peut être croyant ou cinéphile sans être fanatique.) Ainsi, ce n’est pas le film lui-même qui nous ravit mais bien la figure qui apparaît dans ce film.

      star-wars-bobble-heads-villains

      Ensuite, il y a ceux qui pensent que le cinéma est un art. Par définition, l’art ne sert pas à faire plaisir, ou à faire vendre des figurines. Il ne sert d’ailleurs à rien. Il peut toutefois proposer des choses intéressantes, des formes nouvelles. Il peut être aussi le lieu d’expression d’un monsieur qui fait de l’art, on appelle ça un artiste, en l’occurrence un cinéaste, qui nous livre une vision du monde, plus ou moins intéressante. Cela fait donc deux grosses catégories, deux pôles entre lesquels le cinéma se dispute. Un tel film peut appartenir plus ou moins au pôle divertissement que au pôle artistique, et d’ailleurs le divertissement peut être considéré comme une forme d’art, bref, en aucun cas on ne peut remettre en question l’un ou l’autre, il faut faire avec.

      Star Wars est un pur divertissement. Cela fait longtemps qu’on le sait. Puis-je alors lui reprocher de ne pas être intelligent ? Puis-je lui reprocher de ne pas être ce qu’il ne veut pas être ? Ce serait le placer dans la mauvaise catégorie de films. Ce qui m’embête plus que le film lui-même, c’est l’émulation produite autour de lui. Au fond, c’est un peu comme Burger King ou McDonald’s. J’aime beaucoup McDonald’s, ça me fait plaisir d’y aller, et si je n’ai pas ma sauce barbecue avec mes potatoes, j’aurai presque la sensation qu’il manque quelque chose à tout ça. Il y a certaines choses auxquelles je m’attends lorsque je vais au McDonald’s. Par contre, si je vais dans un grand restaurant, je ne m’attends à rien : je veux goûter les plats, je veux être surpris, je veux savoir quels ingrédients ont été mis, quelle technique le chef a utilisé et pourquoi. La différence entre le cinéma et la gastronomie, c’est que jamais personne n’aurait eu l’idée d’écrire des tonnes d’articles pour vanter les mérites gustatifs de McDonald’s, malgré les sommes folles engendrées et le marketing fou qu’il y a autour de cette entreprise.

      cuisine

      J’ai lu beaucoup trop d’articles sur Star Wars qui ne disaient rien. Deux points reviennent sans cesse. Le premier concerne la fraîcheur des jeunes acteurs. C’est totalement vrai. Mais sur ce point, de nombreuses sagas ont tenté le coup. Me viennent en tête Die Hard 5, Les Ripoux 3, ou même les reboot/remake/préquel/séquel comme Jason Bourne : L’héritage (et n’était-ce pas déjà un peu le cas avec l’épisode I de Star Wars ?). Sur l’exaltation du pouvoir de la jeunesse, on pourrait citer presque tous les films classés teenage, à commencer par Twilight, Harry Potter, Hunger Games, etc. Du coup, je veux dire que, le pauvre Abrams peut bien faire tout ce qu’il veut, c’est un peu vu, vu et revu, surtout en ce moment.

      L’autre chose dont on parle le plus à propos de la saga Star Wars, c’est le mythe. Le premier opus était effectivement une synthèse et une relecture des mythes de toutes origines, avec toutes ses symboliques, ses forces, etc. C’était aussi en lien avec les théories de Joseph Campbell. Un des reproches faits à ce septième opus, c’est d’avoir copié le quatrième, ou le premier, c’est comme vous voulez, celui de 77. Il est clair que c’est ce qu’a voulu Disney (parce que c’est d’abord un Disney avant d’être un Abrams, comme Le Prisonnier d’Azkaban est d’abord un Harry Potter avant d’être un Cuaron), fanservice oblige. Mais quel intérêt ? Pourquoi ne pas simplement revoir Un Nouvel Espoir ? Qu’est-ce que cela apporte ? Ce qui me dérange plus, c’est que, quand Un Nouvel Espoir proposait une relecture des vertigomythes, Le Réveil de la Force ne propose une relecture que de Star Wars, nous enfermant ainsi dans un vase clos. Si la seconde trilogie est considérée comme mauvaise, elle avait au moins des propositions nouvelles. Le film de Abrams est une immense métaphore de la redécouverte de Star Wars. C’est bien cela, la recherche du mythique Luke, que les fans attendent.

      Je voulais un film qui m’emmène vers les étoiles, je n’ai eu droit qu’à un film recroquevillé sur lui-même. Un peu comme McDonald’s ne ramène qu’à McDonald’s. On peut continuer à y aller, mais ce n’est pas la peine d’en parler plus que ça.

       

      Alexandre Léaud

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