More
    More

      Festival des Arcs 2017 – « 4 Kings » de Theresa Von Eltz : plongée saisissante en clinique psychiatrique

      Les Festival du Cinéma Européen des Arcs continue son Focus sur le cinéma allemand avec 4 Kings (4 Könige en allemand). Ce drame se déroulant durant la période de Noël, il raconte l’histoire de 4 adolescents devant passer les fêtes en clinique psychiatrique. Ceux-ci doivent alors faire face à leurs névroses ainsi qu’à leur passé… Avec sa réalisation intimiste et son sujet fort, 4 Kings s’impose comme une oeuvre sans concessions et particulièrement touchante. Focus ! 

      Un intimisme salvateur poussé à l’extrême

      4 Kings impacte de par la proximité qu’il instaure avec ses personnages. Si nous sommes loin des gros plans instaurés dans Juste la fin du monde (Xavier Dolan), le rapprochement avec les protagonistes nous permet un attachement aussi soudain que sincère. Cette proximité nous permet de ressentir les émotions complexes de ces adolescents, même lorsque nous ne comprenons pas les raisons de leur nervosité. Un certain aspect sensoriel se dégage de la mise en scène, tant la proximité avec les personnages s’instaure quand ceux-ci sont à fleur de peau. Ces quatre adolescents sont d’ailleurs particulièrement attachants, malgré (ou grâce) à leur sensibilité exacerbée. 

      Cet intimisme se ressent également dans la spontanéité des dialogues et des réactions. Les interactions entre chaque personnages instaurent une vrai proximité entre eux. Cette proximité s’instaure également entre les protagonistes et le spectateur, bien que le spectateur ne soit pas directement visé par les interactions. Il est facile de se mettre à la place de chaque personnage, qu’il s’agisse du Dr. Wolf, ou bien des adolescents en internement. Même si nous n’avons pas forcément vécu leurs difficultés, l’empathie vient assez naturellement vis-à-vis de leurs problèmes. D’ailleurs, il est intéressant de constater que chaque adolescent(e) fait face à des difficultés très différentes. Cela permet de « ratisser large » concernant le vécu des spectateurs car statistiquement, chacun d’entre-eux aura probablement vécu un des problèmes dénoncés, même si cela est dans une proportion moindre à celle de nos quatre protagonistes. 

      Une dénonciation sous-jacente du système psychiatrique

      Bien que cela ne soit pas explicitement mentionné dans le film, celui-ci s’impose comme une véritable dénonciation du système de réinsertion psychiatrique. Toutefois, cela n’est pas fait de manière manichéenne ni caricaturale. En effet, le psychiatre principal (merveilleusement interprété par Clemens Schick) est réellement désireux d’aider ces adolescents, y compris le plus brutal d’entre-eux (merveilleusement interprété également). Cependant, ses efforts et sa diplomatie sont mis à mal non pas par ses patients, mais bel et bien par l’administration gérant cet établissement. 

      Le film dénonce ainsi une administration aussi erratique que fermée d’esprit, dont seul le petit confort du lieu de travail compte, peu importe si les adolescents progressent ou non. Cette dénonciation est non seulement subtile, mais elle a le mérite d’être universelle. Il faut rappeler que dans encore bien trop d’endroits du monde, le soin et la réinsertion des éléments les plus perturbés de notre société n’est pas une priorité. Nous préférons les laisser s’embourber dans leurs psychoses, plutôt que de chercher la cause de celles-ci. D’ailleurs, cela vaut aussi bien dans le système psychiatrique, dans le milieu carcéral ou encore dans les écoles spécialisées… Fort heureusement, il existe encore de nombreuses personnes prêtes à tout sacrifier pour aider ces personnes à se réintégrer. Si le film dénonce toutes ces failles omniprésentes dans notre système, le Dr. Wolf reste présenté comme la figure du psychiatre mais aussi celle du mentor, prêt à donner sa confiance à ses patients, malgré toutes leurs faiblesses. L’espoir n’est donc pas perdu pour ces adolescents. 

      Intimiste, engagé, touchant et merveilleusement interprété, 4 Kings est une petite pépite à découvrir de toute urgence. Sa thématique universelle en fait une oeuvre sortant très facilement des frontières allemandes. De quoi donner envie que le cinéma allemand soit un petit peu plus représenté à l’international ! 

      Bande-annonce 4 Kings

      0
      Robin Uzan
      Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire pour Justfocus est un de mes plus grands plaisirs. Bonne lecture !

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.