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      Critique « Les beaux jours d’Aranjuez » de Wim Wenders

      Voilà une œuvre bien complexe à juger. Comment « critiquer » correctement un objet filmique non-identifié tel que celui-ci ? « Les beaux jours d’Aranjuez » relate les dialogues d’un homme et d’une femme attablés à un magnifique terrasse hors de Paris. Derrière, dans la maison donnant sur la terrasse, un écrivain tape leurs dialogues sur sa machine à écrire, tout en imaginant ces personnages colorés. Très vite, le doute s’installe : l’écrivain imagine-t-il les dialogues ? Ou bien est-ce ses personnages qui lui dictent ?

      « Les beaux jours d’Aranjuez » est un film bourré de bonne intentions et de velléités artistiques, n’ayant malheureusement pas toujours l’impact escompté. Là est toute la difficulté pour juger l’œuvre de Wim Wenders, très solide techniquement mais pas toujours convaincante artistiquement.

      Une œuvre léchée visuellement :

      Une chose est indéniable, « Les beaux jours d’Aranjuez » est un film se démarquant par la splendeur de ses plans. Avec une ouverture sur un Paris de carte postale en trois dimensions, le film nous immerge dans une ambiance apaisante dès les premières secondes. Pour sublimer cette atmosphère relaxante, Wenders s’éloigne progressivement de la capitale afin de nous faire découvrir le splendide jardin qui fera office de décor tout au long du film. Vient s’ajouter à cette introduction la magnifique chanson « A perfect day » de Lou Reed, achevant l’ambiance mise en place par le réalisateur. Le film démarre donc sur de très bonnes bases et nous promet un moment de cinéma aussi atypique que magnifique.

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      Cependant, l’effet se voit vite brisé par la suite des événements. Le film a pour premier défaut de ne pas user de ses qualités visuelles. Si le jardin et l’environnement sont somptueux, les plans extrêmement rapprochés sur les protagonistes nous empêchent vite d’en profiter pleinement. Cela est dommage car la profondeur de champ utilisée pour l’effet 3D était particulièrement réussie sur les plans parisiens et les premiers plan du jardin. Il est donc regrettable que les plans aient été si rapprochés et nous prive d’une 3D très maîtrisée. Cependant, il fallait bien se rapprocher des personnages pour se rapprocher de leurs longues conversations.

      Des dialogues très inégaux :

      Si juger la beauté des plans de Wim Wenders est aisée, juger la qualité des dialogues est particulièrement complexe, car il est évident qu’il y avait une véritable volonté artistique derrière l’écriture. En célébrant l’érotisme par la puissance des mots, Wenders fait le pari risqué de donner corps à différentes scènes, uniquement en sollicitant l’imagination des spectateurs. Et force est de constater que par moment, cela marche très bien.

      Malheureusement, ce pari n’est pas tenu durant tout le film. Si une partie des dialogues s’avère réellement impactante, la grande majorité, trop théâtrale (le film étant inspiré d’une pièce), s’avère inadaptée au format cinéma. Bien sur cette verve théâtrale est totalement volontaire de la part du réalisateur, mais cela amoindrit grandement la puissance des dialogues durant la majorité du film. Et avec les plans bien trop rapprochés des personnages, il est dur de profiter de la beauté du jardin quand les dialogues ne nous captivent plus. De ce fait, quand les conversations perdent leur impact, nous sortons totalement l’histoire, celle-ci étant quasi-exclusivement basée sur les échanges verbaux.

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      Les personnages eux aussi s’avèrent interprétés de manières inégales. Reda Kateb fait du très bon travail, qu’il s’agisse des questions qu’il pose ou des histoires qu’il raconte. Cependant, Sophie Semin s’avère moins crédible. Moins passionnée et trop monolithique, celle-ci semble raconter ses histoires sans grande conviction. Cependant, il est à nouveau difficile de juger cette performance puisqu’une fois encore : il s’agit sans aucun doute d’une volonté de Wim Wenders. Sophie Semin n’est donc probablement pas à blâmer. Enfin, Jens Harzer est très convaincant dans son rôle d’écrivain, aussi bien de par son charisme que par les micro-expressions dont il fait preuve durant toutes ses séquences.

      Les beaux jours d’Aranjuez ne peut décemment pas être qualifié de mauvais film, tant celui-ci est bourré de qualités et de choix artistiques originaux. Toutefois, il s’agit d’un film bien moins impactant qu’il ne devrait l’être, quand on sait l’expérience sensorielle incroyable que celui-ci aurait pu nous fournir. Il ne peut donc être conseillé qu’aux cinéphiles avertis, désireux d’éprouver une expérience cinématographique peu commune.

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      Robin Uzan
      Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire pour Justfocus est un de mes plus grands plaisirs. Bonne lecture !

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