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      Critique « Le Jeu » de Fred Cavayé : une comédie vive et très intelligente

      Après Radin !, Pour Elle et les deux thrillers A Bout Portant et Mea Culpa, Fred Cavayé est de retour, dans un autre registre. Avec Le Jeu, il s’inspire de Le Prénom ou de Carnage, pour offrir un huit clos dramatique, sadique et hilarant porté par un casting hétéroclite de premier ordre : Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Stéphane de Groodt, Vincent Elbaz, Grégory Gadebois, Doria Tillier et Roschdy Zem.

      Un concept unique et très intelligent

      Tout le film repose là-dessus, sur cette idée simple et pourtant géniale. Un concept qui mettrait de nombreux individus dans une situation déplaisante et qui prouve comment l’Homme est l’esclave de son smartphone. Lors d’un dîner entre amis, chacun doit laisser son téléphone sur la table en évidence. Lorsque celui-ci sonne, que ce soit un mail, un sms ou un appel, le propriétaire doit lire à voix haute ou mettre le haut parleur pour que chacun entende. Bref, l’intimité est rompue, pour le meilleur et surtout pour le pire.


      Le Jeu rappelle constamment Le Prénom où cette bande de potes va se déchirer, s’engueuler autour du prénom choisit par Patrick Bruel. Une classe aisée, des amis de longues dates, qui, pourtant, conservent une hypocrisie latente, des faux semblants, et quelques trahisons minables. Comme dans le film de Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte, on se demande parfois si ces amis le sont vraiment, et si ce ne sont pas que des façades sociétales de plus. Quoi qu’il en soit Fred Cavayé met en difficulté cette classe sociale aisée, devant ses problèmes de riches et ses secrets d’adolescents.

      Une intéressante réflexion sur la condition de l’Homme occidental

      Aucun des personnages n’a véritablement de problème. Chacun a sa petite vie bien rangée, aisée, sans véritable danger. Pourtant, l’Homme a cette fâcheuse tendance à être attiré par l’auto destruction. Le Jeu démontre comment un être humain en parfaite santé, dans une situation agréable, peut tout mettre en l’air par pulsion simpliste, pour du sexe, du désir, ou par lassitude. Ces personnages, parfaitement écrits, représentent la génération des années 1960 et 1970 dans toute sa beauté. Les quarantenaires et cinquantenaires vont forcément se reconnaître dans cette troupe tant les acteurs sont comme des poissons dans l’eau. Des adultes fatigués de leur vie répétitive qui cherche à la pimenter via des éléments extérieurs, préférant fuir les problèmes de couple, plutôt que de tenter de réparer les pots cassés. Le Jeu se concentre uniquement sur cette aspect de couple, délaissant le reste, se concentrant sur l’adultère, la trahison, ce qui ne devrait pas mettre tout le monde très à l’aise. Bref, Fred Cavayé a une idée brillante pour démontrer comment l’être humain s’invente des problèmes, mais surtout comment il est dans l’incapacité de rester stable dans une situation pourtant agréable.


      Le Jeu monte bien évidemment en puissance pour remplacer la franche comédie par le drame familiale façon Carnage de Roman Polanski. Le tout est parfaitement dosé, le rythme est crescendo, et les retournements de situations hilarants et bien pensés (comme l’échange de portable, ou les blagues du personnages de Stéphane de Groodt). Les acteurs sont précis, et la mise en scène bien évidemment théâtrale grâce à cette approche en huit clos. Finalement ce sont Marie (Bérénice Bejo) et Vincent (Stéphane de Groodt), les hôtes de la soirée, les plus touchants. Vincent est d’abord ambigu et demeure le personnage dont on se méfie, dont sa femme se méfie, mais au cours du film, leur relation va s’éclaircir et prouver qu’un couple uni est possible malgré les difficultés.

      Black Mirror version comédie

      Le Jeu est également l’occasion de montrer comment l’Homme est esclave de son portable. Le long métrage démontre à quel point ce petit appareil a une emprise sur son propriétaire. Que ce soit une emprise matérielle, puisque chacun l’a constamment sur soit, que ce sont des appareils de plus en plus chers, presque de luxes. Mais également une emprise psychologique, puisque dorénavant, les portables sont un élément important de notre intimité. Cela met d’ailleurs en avant un paradoxe intéressant puisque si ces appareils sont parties intégrantes de notre vie privée, ils restent pour autant des moyens faciles de divulguer toute cette intimité au reste du monde. La sécurité est à revoir et Le Jeu met également ça en avant : comment les Hommes peuvent devenir fous lorsque les secrets de leurs portables sont divulgués. L’être humain est mis en véritable esclavage devant ces produits et Ben, interprété par Grégory Gadebois, ne cesse de le rappeler. Le téléphone est l’arme de ce film, et démontre comment il peut être l’instigateur des pires secrets. Quoi qu’il en soit Fred Cavayé a démontré que ce jeu est une mauvaise idée…

      Le Jeu est une comédie dramatique très intelligente qui démontre comment l’être humain est l’esclave de son smatphone de manière ludique et toujours très drôle. Le Jeu rappelle la folie et la verve de Le Prénom ou de Carnage et rappelle que les adultes aussi ont leurs démons, et peuvent sortir de leur gonds. En salles le 17 octobre. 

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