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      Critique « La Loi de la Jungle » d’Antonin Peretjatko

      Des comédies, le cinéma français en regorge et les français le lui rendent bien, car ils en sont friands. Pour preuve, dans le top 30 des premiers films du box-office français, sur les 12 films français présent (Bienvenue chez les Ch’tis, Intouchables, la Grande Vadrouille …), seul 1 n’est pas une comédie : Les Misérables de Jean Paul Le Chanois de 1957. La semaine dernière, le 15 juin 2016, c’est une comédie « d’aventure » qui sortait dans les salles : La loi de la Jungle réalisé par Antonin Peretjatko. S’il est à parier qu’elle ne fera pas parti de celles qui pulvérisent les records, étant donné son humour absurde et déjanté qui sort du cadre classique du genre, ce film sera néanmoins le coup de cœur de nombreux spectateur.  Quoi qu’il en soit, c’est le nôtre.

       

       

       

       

      • La loi de la jungle ou l’histoire d’un stage épique (… un stage quoi !)

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      C’est l’histoire d’un stagiaire du ministère de la norme, en métropole, qui vient vérifier la construction d’une station de ski en intérieur, au beau milieu de la jungle Guyanaise, afin qu’elle se fasse dans de bonnes conditions. La simple énonciation du projet donne le ton à l’ensemble du film : « Un délire complet ! ». Tout au long il s’agira d’osciller dangereusement entre aliénation et exaltation.

      Si la loi de la Jungle est également une satire de l’administration française, du système économique actuel, tout en abordant implicitement la question environnementale, ces thèmes ne sont jamais amenés de manière pesante. Ce sont davantage des points à méditer, à la sortie de salle. Ils restent toujours de l’ordre du clin d’œil. En effet, le film reste avant tout une comédie absurde, où les personnages vivent des péripéties totalement déjantées. Des scènes avec les animaux, à la scène du discours, entre le stagiaire et le haut fonctionnaire, qui l’envoie sur le projet « Guyaneige », en passant par l’inspecteur des impôts qui poursuit inlassablement le protagoniste du film, tout est fait pour que le spectateur ne s’interrompe jamais de rire.

      Quitte à le lasser ? Quitte à perdre en rythme ? Certains confrères on l’air de le penser. Bien qu’il soit évident que lorsqu’il s’agit de comédie, il est rare de pouvoir plaire à tout le monde, cette critique est à minimiser au vu de l’ambiance festive dont la salle faisait preuve, du début à la fin de la projection.

       

       

      • Un Réalisateur, Un univers

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      Notre monde est « un monde absurde dont on ne comprend pas le sens, ou tout du moins, je ne le comprend pas ». C’est ainsi qu’Antonin Peretjatko nous dévoile sa vision du monde et nous permet de comprendre un peu plus, pourquoi, son goût pour les comédies « absurdes ». Un genre qui est devenu sa signature : déjà avec son premier long métrage La fille du 14 juillet, 3 ans plus tôt, et aujourd’hui à nouveau avec la Loi de la Jungle.   Antonin Peretjatko appartient à cette nouvelle génération de réalisateurs qui a été mise en avant par Les Cahiers du Cinéma. Parmi eux : Justine Triet avec son film « La bataille de solférino » (2013) ou encore Guillaume Brac avec « Un monde sans femme » (2011).

      Pour ce second long métrage, le réalisateur souhaitait une comédie plus ambitieuse, mieux écrite. Et c’est l’ambition d’une production plus importante qui l’a conduit à émigrer, lui, son humour et sa caméra, en pleine jungle Guyanaise. Les dialogues et la structure du film (plan séquence, répétitions du même montage …) sont les outils dont il use avec brio pour que le spectateur l’œil hagard, le sourire aux lèvres contemple, pendant 1h 30, cet univers délirant. Lorsque l’on parle d’une œuvre artistique, vient tout de suite la question des influences. A première vue, étant donné le contexte géographique et l’humour, un rapprochement avec les comédies d’aventure de Philipe de Broca (L’homme de rio- 1964 ou le magnifique- 1973), s’immisce dans notre esprit. En outre, la bande annonce de la loi de la jungle ressemble à une anaphore, inversé, de la scène d’introduction d’A bout de souffle (1960) de J-L Godard avec J-P Belmondo (voir vidéo plus bas).

      Pourtant, le réalisateur dément. Selon lui, c’est le lieu exotique qui donne cette impression au spectateur. Lui, se sent davantage influencé par Charlie Chaplin, Buster Keaton ou encore le couple Terence Hill et Buds Spencer. C’est-à-dire un humour qui se situe d’avantage dans les corps.  Le comique de geste y est mis en exergue. Un passage du film est très emblématique de cette vision humoristique. C’est une scène de bagarre de saloon en plein milieu de la jungle, où le personnage nommé Tarzan (interprété par Vimala Pons), n’en finit pas de se battre. Ce moment de « Western Jungle » fait rire par sa longueur outrancière, qui nous rappel les scènes de « baston » dans Deux super-flics (1977), ou pour les plus jeunes la scène de claque dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2002).

       

      • Des acteurs talentueux : Un DUO de choix   

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      Le corps doit être un outil pour transmettre l’aspect comique, cependant il est également le moyen de pousser les acteurs à performer. Le choix de la Guyane n’est pas anodin. Antonin Peretjatko voulait des décors naturels qui a contrario d’effet spéciaux influent sur la manière de filmer et de jouer. De plus, il voulait un film plus ambitieux où il pourrait aller plus loin avec le duo Pons – Macaigne, avec lequel il avait déjà travaillé dans La fille du 14 juillet. Ces deux acteurs sont depuis un certain temps égérie des films indépendant français. A la fois talentueux et éclectiques (Comédienne de cirque pour l’une, au théâtre pour l’autre) de manière singulière, ils forment également un « couple » filmique extrêmement performant et tordant.

      En effet, avec ces deux personnages aux antipodes, Vincent Macaigne et Vimala Pons interagissent merveilleusement bien. Lui, comme à l’accoutumé dans ses précédents films, interprète un personnage inadapté et penaud. Un métropolitain qui se retrouve malgré lui perdu dans une jungle en costard-cravate, ordinateur et Code des normes européennes à la main. Il joue à la perfection cet être gauche et timide qui va mûrir au cours du périple … au cours du Stage. Elle, bien que parfois très sexualisé (mini short, position suggestive …), est bien loin de ces personnages féminins stéréotypés et peureuses au moindre serpent, ou à la moindre tache de boue. C’est une aventurière au surnom de « Tarzan ». Ce qui est saisissant chez cette actrice c’est son jeu, ainsi que l’ambiguïté dans sa propre présence. C’est-à-dire qu’il y a un hiatus entre ses yeux tristes (point qui la rapproche du personnage de V. Macaigne) et la malice qui s’y cache et qui va de pair avec la vivacité de sa gestuelle. Ce hiatus renforce le côté loufoque de son personnage et par extension de l’œuvre elle-même. A leur côté, de nombreux acteurs qui part leur talent amplifie le délire du film ainsi que sa qualité. On peut y retrouver un Pascal Légitimus (les trois frères : Le retour, 2014) très en forme ; un Mathieu Amalric nerveux et expressif qui nous rappelle ses collaborations avec Arnaud Desplechin (Comment je me suis disputé – 1996 et Rois et Reines – 2004), ou plus récemment avec Roman Polanski dans la Vénus à la fourrure (2013). Moins célèbres, mais tout aussi efficaces, les personnages interprétés par Jean-Luc Bideau (Et la tendresse ? Bordel ! – 1979, H – 1998 à 2002) à la voix chaude et tendre, ainsi que le loufoque Fred Tousch qui semble jouer de cet humour, aussi bien au théâtre (Maitre Fendard) qu’au cinéma.

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      La loi de la jungle est un film qui fait rire par sa fantaisie qui n’a pas d’égale dans le genre humoristique français. Loufoque et déjanté, Antonin Peretjatko réussi à mettre de la cohérence dans tous ce décalage. 

       

      https://www.youtube.com/watch?v=ksTgBLtkMi0

       

       

       

       

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