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      Critique « JUMBO » de Zoé Wittock : le manège enchanté

      Jumbo est un film sorti en 2020, qui n’a pas forcément beaucoup fait parler de lui, et c’est plutôt étonnant vu son pitch de départ intrigant. En effet, il est question ici d’une jeune femme timide qui tombe amoureuse…d’un manège. On vous avait prévenu !

      Passé ce premier abord amusant pour certains, déroutant, ou encore totalement débile pour d’autres, nous nous plongeons à fond dans ce conte dramatique. Un conte relativement concis pour notre époque, avec une durée de 1h35 au compteur. Et il faut bien avouer que parfois ça fait du bien de ne pas avoir à se lancer pour plus de 2h, focus sur un écran. Tant notre humeur varie d’un jour à l’autre.

      Un film aux qualités indéniables

      Bon, alors, qu’est-ce qu’on en ressort de ce métrage ? Eh bien, il faut dire qu’on en sort mitigé. Pas seulement pour dire que l’œuvre est simplement moyenne, mais plutôt car on se dit que celle-ci à de vrais points forts, mais souffre tout de même de faiblesses, qui nous font ressortir pensif. Oui, car ici le potentiel est réel ! Plus qu’un drame, cette production belgo-francro-luxembourgeoise ose. Elle nous emmène dans des contrées qu’on a moins l’habitude de voir, issues de notre propre industrie. Un cinéma de genre fantastique. Alors certes, ce sont des bribes, qui ne couvrent pas l’entièreté du film. Mais en même temps, nous n’avons pas nécessairement besoin d’en voir à chaque scène. Des touches bien placées sont largement suffisantes pour nous mettre à rêver. Effectivement ici, les scènes dites « fantastiques », concernent le manège, surnommé « Jumbo ».

      Jumbo en action
      Jumbo en action

      Ce tas de ferraille prend vie à l’écran et c’est beau. Entre des scènes hors-champs, par un jeu de couleurs qui nous fait vivre des émotions et comprendre un dialogue entre la protagoniste et Jumbo. Et d’autres scènes où « la bête » est bien visible à l’écran. La caméra prend alors du recul, et parvient à cadrer ce jeu entre ce géant de fer et Jeanne. Une relation qui peut parfois nous faire penser à celle entre King Kong, et la paraissant minuscule, Naomi Watts, dans le métrage de Peter Jackson. On pourrait aussi comparer Jumbo à Eliott le dragon, dans le film de 1977 ou celui de 2016, peu importe. A travers ses exclamations, et ses mouvements de bête sympathique.

      Et enfin, il faut noter ce travail du son plutôt remarquable, car envoûtant. Là aussi, il participe pleinement à la réussite de ce genre de scène. De plus, il est marquant dès le début, nous sommes alors aspirés lors des premières minutes.

      Revenons aussi à la photographie. Nous le disions, juste au-dessus, les couleurs jouent un rôle déterminant à notre bonne compréhension des états d’âme de Jumbo. C’est vrai, on y ressent véritablement sa sensibilité, et cela apporte à la relation entre les 2 personnages. Le peu de scènes démontrant cet amour naissant, nous emmène alors vers des émotions et un sentiment étrange de flottement. Un peu en dehors du temps. Et ces scènes se déroulent forcément de nuit, un peu comme dans un rêve. Bref, il convient de dire que ce manège est extrêmement bien personnifié et ce duo sublimé. D’un point de vue comme de l’autre.

      Et si Jumbo nous convainc, c’est également le cas des acteurs comme Noémie Merlant, qui joue Jeanne, sa mère jouée par Emmanuelle Bercot, ou encore les deux autres rôles principaux masculins. Ici, ce sont des personnages plausibles et non manichéens, tout simplement humain, avec leur propre sensibilité.

      Mais qui souffre de quelques mauvais choix

      Mais alors, qu’est-ce qui cloche ? Pourquoi cette sensation de petit manque ? Ce groupe de jeunes, très cliché, qui harcèle Jeanne, tout le long ? Certes, c’est plutôt mal amené (car vu et revu), redondant et incohérent. Mais malgré quelques yeux aux plafonds, ce n’est pas ce qui va nous gâcher un film en entier. C’est vrai, on le voit souvent, alors si on le pardonne à certains, pourquoi pas à celui-là ? Non, il s’agit d’autre chose.

      Si, comme nous le disions, le postulat de départ est intéressant, et peut permettre de creuser pas mal de sujets. On se retrouve en fait un peu déçu par le choix de traitement de cette relation. Sur ce qu’elle raconte au fond. Ici, on parle de tolérance mais de façon balourde. Et on était en droit de rêver mieux, après le synopsis et ce démarrage. Car si le message est poussé jusqu’au bout (ce qui est tout à l’honneur de la scénariste), force est de constater que la fin pourrait en laisser plus d’un sur le carreau, tant la situation est risible. Reste pourtant que nous sommes quand même un minimum embarqués jusqu’au bout et on finit par se dire pourquoi pas ? Grâce au talent du trio d’acteurs, entre la mère, le beau-père et Jeanne notamment.

      Emmanuelle Bercot et Noémie Merlant
      Emmanuelle Bercot et Noémie Merlant, mère et fille

      Que faut-il ressortir de Jumbo ?

      Finalement, Jumbo a certes des défauts, aurait pu mieux exploiter sa thématique, et pousser la poésie et l’onirisme un poil plus loin. Mais il finit par tendre vers du terre à terre, rendant le tout mal équilibré à notre sens. Pourtant, il a surtout beaucoup de qualités, parmi des prises de risques intéressantes à prendre en compte pour notre cinéma national. Si l’amélioration est possible, il faut pouvoir laisser la chance aux créateurs comme la réalisatrice / scénariste belge Zoé Wittock, de s’exprimer encore et encore. Pour ça, regardez ce genre de films. Vous y passerez très certainement un bon moment, et peut-être que les défauts exprimés n’en seront pas à vos yeux.

      Jumbo est disponible sur OCS à la demande jusqu’au 12 mars.

      Bande-annonce de Jumbo

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