On ne lit jamais assez 300

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© 1998, 1999, 2006, 2023 Frank Miller, Inc. Tous droits réservés.

Même si l’automne s’installe, la jupette revient à la mode avec la ressortie de 300. Découvrez dans notre chronique comment un comics sur la guerre en Grèce antique a marqué la pop culture.

Un succès inattendu

Les Spartiates dans 300 © 1998, 1999, 2006, 2023 Frank Miller, Inc. Tous droits réservés.
Les Spartiates dans 300 © 1998, 1999, 2006, 2023 Frank Miller, Inc. Tous droits réservés.

300 cumule a priori plusieurs handicaps. Cette série décrit une bataille inconnue de la plupart des Américains. Le lecteur est plongé en 480 avant Jésus-Christ. Les cités grecques sont menacées par le puissant empire voisin. Xerxès Ier, roi perse, veut punir les Grecs d’avoir soutenu une révolte. Sparte est la première cité à se dresser. Dirigés par Léonidas, 300 fantassins se préparent à affronter la plus grande armée jamais créée. Miller se place dans le passé et colle à la vérité de la bataille tout en s’en éloignant visuellement.

Au-delà de la période historique, la mise en page de 300 est originale : de nombreuses cases débordent de la page et les doubles-pages sont bien plus nombreuses. Sortant d’une série principalement en noir et blanc, Sin City, le scénariste et dessinateur Frank Miller fait appel à une nouvelle coloriste. Pour mettre en valeur cette révolution graphique, l’éditeur Huginn & Muninn propose une double édition pour 300. La version souple et carré reprenant le premier format du livre est sorti le 20 octobre tandis qu’une édition au format à l’italienne (où le longueur doit être à l’horizontale) sera publié le 19 janvier et inclura des illustrations originales. Comme pour Sin City, la préface est magnifique. Yann Graf replace l’œuvre dans l’époque. L’industrie est sinistrée par la crise de Marvel et la spéculation. Il montre les liens croisés entre l’Antiquité et ses œuvres précédentes dans le genre super-héroïque.

Malgré ces contraintes, Frank Miller réussit à imposer son projet grâce au succès massif de Sin City et 300 connaît également une très large reconnaissance publique et critique. Les ventes sont nombreuses et la série obtient trois Eisner Awards. Ce n’est pourtant qu’un début. Impressionné par le comics, le réalisateur Zack Snyder en fait un film à succès en 2006. Il faut dire que le comics est un chef-d’œuvre de la bd.

Une vision personnelle de l’héroïsme et de la masculinité

Les Perses dans 300 © 1998, 1999, 2006, 2023 Frank Miller, Inc. Tous droits réservés.
Les Perses dans 300 © 1998, 1999, 2006, 2023 Frank Miller, Inc. Tous droits réservés.

On pourrait croire avec ce qui suit que 300 est une rupture complète dans la carrière de Frank Miller. Pourtant, on n’est pas si éloigné de Batman ou de Daredevil. Les tenues des Spartiates – une cape rouge et un bouclier gigantesque – et leur musculature développée rappellent les super-héros. Même si le cadre est différent, le livre retrouve des thèmes de Sin City : l’héroïsme et le sacrifice. Le texte et l’image opposent sans cesse la solidarité du groupe et le leadership de Leonidas. Les hoplites spartiates se fondent dans les codes de l’héroïsme. Depuis leur enfance, ils sont entraînés au combat collectif dans un bataillon, la phalange. Toute la première partie du livre est d’ailleurs une préparation stratégique du combat. Les spartiates se savent en infériorité numérique. L’objectif de leur chef, Léonidas, est de trouver le lieu idéal où le nombre deviendra un inconvénient : ce sera le défilé de Thermopyles.

Face à leur adversaire, les Spartiates oublient leur principes. Le sang gicle dès le titre, mais on peut voir la violence dans la deuxième partie quand le combat commence. Non seulement la violence explose pendant la bataille, mais les survivants sont achevés sans merci. Rapidement, les Spartiates comprennent qu’ils ne vont pas s’en sortir, mais aucun ne montre sa peur car ils se savent le dernier rempart défendant leur cité et la démocratie grecque.

En effet, 300 est également une œuvre de défense de certaines valeurs. Certaines sont encore actuelles. Refusant de se soumettre aux exigences de Xerxès Ier, les Spartiates s’affirment comme des hommes libres contre une tyrannie pratiquant l’esclavage. On peut trouver d’autres éléments plus réactionnaires. 300 oppose de « vrais hommes » à des individus en rupture avec les codes de la masculinité. Les Spartiates ont une musculature développée. Face à eux, le traître est un demi-homme préférant l’or et le prestige. Xerxès Ier est représenté comme un dandy efféminé. Cette vision de la masculinité correspond paradoxalement à la société grecque antique qui mettait constamment en avant des valeurs viriles et dénigrait ceux qui s’en écartaient. Yann Graf montre bien les polémiques que 300 suscite.

Édité par Huginn & Muninn, 300 était une bd historique ayant marqué les comics. Visuellement, Frank Miller sort du format habituel pour proposer un récit par doubles-pages pour pousser l’épique du récit antique. Pourtant, 300 reste encore d’actualité en proposant en travail brillant sur la couleur et sur le point de vue du narrateur.

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