L’Amérique a les crocs dans Killadelphia

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Comme son titre l’indique, dans ce premier tome de Killadelphia, vous croiserez des vampires mais aussi l’histoire de toute une ville. Comment peut-on marier vampirisme, récit de famille et description urbaine ?

Une horreur familiale

Le retour d'un inspecteur dans Killadelphia
Killadelphia ou le deuil empêché

Killadelphia édité par Huginn & Muninn s’ouvre sur l’aveu d’un deuil manqué. A la suite du meurtre de son père, Jimmy Sangster Junior revient dans sa ville natale, Philadelphie. L’inspecteur se plaint du poids de son père sur sa vie. Sa mort pourrait le libérer mais son décès le marque. Il découvre rapidement que le tueur n’ait pas banal puisqu’il s’agit d’un vampire ou plutôt d’une meute se préparant à envahir la ville.

Très rapidement, le lecteur comprend que Killadelphia n’est pas un récit d’horreur mais un conflit de famille et une enquête policière. Dès les premiers examens, deux policiers ont compris que les coupables sont des vampires mais ils se taisent pour ne pas passer pour fous. A partir de l’épisode deux, l’essentiel se passe la nuit dans le monde secret des vampires. Un complot approche où ces créatures veulent prendre le pouvoir. En une poignée d’épisode, on arrive au moment où ce groupe se révèle au monde. Dans les deux derniers épisodes, la magie apparaît.

Le duo central de Sangster Jr et Padilla est rejoint rapidement par plusieurs personnages secondaires. Le rythme soutenu, l’organisation dense par épisode et un groupe central de personnages montrent que Killadelphia reprend la structure d’une série télévisée. Ce n’est pas surprenant car le scénariste s’est avant tout fait connaître par ses œuvres sérielles.

Le dessin très expressif de Jason Shawn Alexander est parfait pour le monde nocturne et lugubre des vampires. Il propose des images très dynamiques lors des attaques des vampires. L’éditeur Huginn & Muninn met en avant son travail par une belle couverture et plusieurs bonus comme les couvertures en pleine page. Par des pages illustrées, Jason Shawn Alexander explique son cheminement de la lecture du scénario jusqu’à la page finale.

Un vampire local

La violence dans Killadelphia
Les vampires dans Killadelphia

Killadelphia s’inscrit dans la lignée des récits sur les vampires. Leurs failles sont connues – le soleil, le feu et les pieux en bois – mais la religion est absente. Cependant, les vampires ne sont pas uniquement des bourgeois prétentieux. Certains sont soumis à un prince préparant depuis trois siècles une seconde révolution américaine. A l’inverse, Tevin, un ado vampire afro-américain, veut venger sa grand-mère maltraitée par la société.

On voit donc que Killadelphia est un comics engagé. Du côté du bien, tous les personnages principaux sont des membres des minorités, noires principalement et latino. Comme l’indique le titre, cette série est aussi très ancrée dans la réalité urbaine de Philadelphie. Un candidat à la mairie, J.T. Gaskins promet une politique sociale s’opposant au libéralisme précédent. Il faut dire que le maire actuel estime la ville foutue en raison de l’abandon de l’État fédéral.

Le refuge des vampires se situe dans Hell Hall, un quartier HLM décimé anciennement par le crack. Le passé de la ville est mis en avant. Une jeune vampire est liée à l’esclavage. Cependant, les références à la guerre d’indépendance et aux premiers temps de la république dominent. On voit la Liberty Bell, un symbole de l’indépendance américaine car elle aurait retenti juste après la signature de la Déclaration d’indépendance.

Le départ, Killadelphia promettait du gore, mais la suite est une enquête politique où une famille veut déjouer un complot. La masse des vampires des premières pages ne cesse de voir émerger diverses personnalités inquiétantes. Après un démarrage si rapide, la suite promet une riche évolution car il y a déjà trente épisodes aux Etats-Unis.

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