Du jeu vidéo Far Cry au comics Rite Initiatique

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Comment rassembler en un récit une saga vidéoludique aussi éparse que Far Cry ? Dans Rite Initiatique, le scénariste Bryan Edward Hill trouve la solution en racontant les origines des grands méchants iconiques de la série autour du personnage principal du dernier volume.

L’expérience d’un filsLe père et le fils dans Far Cry

Ce récit complet s’ouvre sur le fils du personnage principal de Far Cry 6, Antón Castillo qui fête ses treize ans. Fils unique d’El Presidente, il vit comme un roi. Une pile de cadeaux l’attend dans sa luxueuse chambre. Deux rangées de domestiques lui souhaitent son anniversaire et il a des dizaines de voiture à disposition. Mais son père est un roi du trafic de drogue. Les Castillo sont plus une armée qu’une famille : le personnel et le fils portent le même uniforme inspiré des tenues de camouflages des révolutionnaires cubains mais en blanc avec des épaulettes rouges. Diego admire son père mais a honte qu’il soit un criminel.

Son père propose donc à son garçon un cadeau unique : un rite initiatique pour découvrir ce qu’est le pouvoir et accepter son destin. Ce volume suit les rails d’un récit d’initiation du fils car, vivant en ville, Diego quitte le palais et découvre la jungle. Doux, il doit devenir cruel pour maîtriser son chaos et sa colère. Sans dévoiler le mystère, il passe une épreuve pour prendre conscience des nécessités du mal. Même si ce n’est jamais explicite, on retrouve dans ces différentes étapes l’interprétation anthropologique de l’initiation. Tout d’abord, l’enfant sort du cadre habituel pour vivre une expérience hors de la norme. Cette expérience est aussi une épreuve que l’enfant doit réussir pour revenir à sa nouvelle place d’adulte et accepter la norme. En revanche, l’initié est le plus souvent seul ou avec des individus du même âge. Dans Far Cry, il est avec son père.

La leçon du pèreUn pirate dans Far Cry

Far Cry – Rite Initiatique ne se concentre pas seulement sur Diego Castillo. En effet, son père lui raconte le destin de plusieurs trafiquants. Ils ne sont pas choisis au hasard par le scénariste Bryan Edward Hill qui trouve un moyen original de présenter les criminels les plus célèbres de la saga Far Cry : le pirate Vaas Montenegro de Far Cry 3, le dictateur Pagan Min du 4e volet, le pasteur Joseph Seed du 5. Le néophyte s’amuse juste du récit sans être gêné d’ignorer les références vidéoludiques. Le fan des jeux est ravi de les retrouver et de découvrir le passé des parrains de Far Cry. On retrouve le ton du jeu : vivre dans la mafia est une lutte violente où des ambitieux veulent tout et finissent mal. Hélas, les stéréotypes sont aussi présents. La vie sur les îles imaginaires Rook ressemble au mythe du Bon sauvage : les indigènes vivaient paisiblement avant l’arrivée d’étrangers apportant la drogue. Les Castillo représentent une caricature de l’Amérique du Sud : un pays de dictateurs vivants dans le luxe grâce à des trafics.

Plus qu’une histoire, ces récits sont des fables qu’Antón enseigne à son fils dans une structure très proche de la littérature gréco-romaine classique. On peut penser aux Vies des hommes illustres du romain Plutarque. Antón Castillo utilise des paraboles par des exemples de vie passées. Cependant, contrairement à Plutarque, ce sont des contrexemples à ne pas reproduire. Un enfant a commencé par consommer des pilules données par un étranger. Il se sent plus fort et bascule dans la petite criminalité. Sa sœur a voulu le prévenir. Mais, en grandissant, il poursuit ses mauvais choix et finit très mal. Chaque récit se termine par une morale. Égoïste, le premier ne pensait pas à son peuple mais fuyait son conflit intérieur. Un autre chef de clan n’écoutait ni les conseils de son père, ni les règles traditionnelles de bon sens car il était dévoré par l’ambition et l’amitié. Le troisième exemple est plus étrange : la foi est une faiblesse et une folie.

Ces différents chapitres sont illustrés par Geraldo Borges. Si les formes sont parfois maladroites, il retranscrit adroitement le visage des personnages de Far Cry. Les scènes de tir sont bien exécutées. Dans des cases, il reproduit même des images des jeux comme Pagan Min sur son trône.

Rite Initiatique n’a certes rien de révolutionnaire mais il retranscrit avec justesse les personnages et l’esprit de Far Cry. Les fans seront comblés. Chaque chapitre détaille la complexe ascension au pouvoir et les difficultés que posent l’héritage familial mais le père Antón Castillo veut briser ce cycle par la création d’un rite de passage. L’enfant saura-t-il suivre cette leçon ? À vous de le découvrir dans ce titre édité par Black River

Retrouvez d’autres chroniques de la même maison d’édition avec l’adaptation d’Assassin’s Creed et Magic ! The Gathering.