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      Une femme se libère dans Rien ne sert de m’aimer

      Dans ce récit complet édité par La Boîte à Bulles, Jean-Christophe Morandeau décrit les tourments d’une femme piégée entre un passé mystérieux et un présent sans issue. Comment peut-elle se libérer ? Rien ne sert de m’aimer propose une issue positive.

      Une femme enfermée par des cordes invisibleUne femme en crise pour aimer

      Sur la première page de Rien ne sert de m’aimer Elsa attend son homme avec impatience mais il annule le rendez-vous au dernier moment pour retrouver sa femme. Enfant, Elsa était intrépide et impressionnait ses amis garçons. Cette fille joyeuse et drôle formait un petit groupe d’amis assumant fièrement leurs différences. Mais, devenue adulte, elle a progressivement perdu cette force et se retrouve piégée par la société.

      Dans sa vie professionnelle, elle traduit machinalement des romans à l’eau de rose sans aucune reconnaissance. Elle connaît pourtant une ascension sociale car son éditeur lui propose de diriger une collection de porno soft pour faire fantasmer les ménagères. Dans sa vie privée, elle pense vivre une belle histoire d’amour avec Joshua. Mais, cet homme marié se moque d’elle et la fait souffrir. Devant les autres, elle garde la face mais, quand il la laisse pour rejoindre sa femme, elle craque. Elsa est consciente qu’elle est dans une impasse mais elle ne trouve pas les clés pour reprendre sa vie en main. La nuit, elle fait d’horribles cauchemars récurrents qu’elle ne comprend pas. Pourquoi voit-elle toujours un homme, un monstre et un pélican ? Ces cauchemars ajoutent un élément mystique, hélas moins réussie.

      Construit autour d’une alternance entre les crises dans le présent et un passé joyeux ou sombre, Rien ne sert de m’aimer raconte alors la double quête d’Elsa. Elle remonte le passé pour comprendre ses cauchemars et, dans le présent, la jeune femme affronte ses peurs. En effet, l’explication de ce présent problématique se trouve dans le passé. Mais on ne peut s’empêcher de se poser une question : pourquoi ne va-t-elle pas voir un psy ? Certes, Elsa s’émancipe mais on peut également trouver dommage qu’elle ne puisse vivre sans homme. D’ailleurs, aucun personnage ne peut être célibataire.

      Des satellites autour d’Elsa

      Rien ne sert de m’aimer dépasse la biographie en présentant tout le groupe qui gravite autour d’Elsa depuis l’enfance. Ses parents, Jacques et Josy, sont toujours amoureux malgré le poids des années. Cependant, le père bougon a une vision très négative d’Elsa tandis que la mère juge toutes les relations de ses enfants. Les parents font tout pour préserver un ancien secret quitte à empêcher Elsa de grandir. Jim, son frère, se sépare pacifiquement de son ex-épouse. Mais, il pense être un homme sans intérêt ne sait pas comment préserver sa fille.

      Femme libre et décidée, Vanesse est à la fois la meilleure amie d’Elsa, sa confidente et son amante occasionnelle. Elle est un des personnages les plus réussis dans Rien ne sert de m’aimer. Très ouverte, elle est bisexuelle et surprend tout le monde en vivant avec un homme au physique différent. Pour elle, le physique importe bien moins que le caractère.

      Un récit sur une femme par un hommeLa magie dans Rien ne sert de m’aimer

      Jean-Christophe Morandeau est un scénariste et dessinateur autodidacte qui a longtemps œuvré pour la jeunesse. On retrouve dans Rien ne sert de m’aimer un dessin proche de la bd enfantine franco-belge. Ce style vif et joyeux apporte un contrepoint au propos sombre. En parallèle, Jean-Christophe Morandeau mène une carrière dans le roman graphique. Il libère alors sa créativité dans des genres très différents. Rien ne sert de m’aimer s’inscrit résolument dans la catégorie du roman graphique. Le dessin est en noir et blanc. Le livre est un long récit complet en un tome sur un sujet intime et Rien ne sert de m’aimer est structuré par chapitre. Dans ce dernier ouvrage, il se met à la place d’une femme ce qui n’est pas vraiment fréquent alors que les créatrice sont de plus en plus nombreuses et enfin reconnues.

      L’auteur écrit aussi sans doute sur lui. Elsa fait le bilan de sa vie à un moment où elle a renié ses rêves. En parallèle, son frère voit son rêve marital disparaître et ses parents retraités sont contraints de vendre la maison de leurs rêves. Tout le monde se trouve dans une période de transition subissant la fin difficile de quelque chose et le début de nouvelles aventures.

      Rien ne sert de m’aimer est le touchant portrait d’une femme en crise mais qui trouve les ressources de se relever en explorant les mystères de son passé. Jean-Christophe Morandeau évite également l’écueil du roman nombriliste en n’écrivant pas seulement sur Elsa mais sur l’ensemble de son entourage.

      Vous pouvez trouver d’autres romans graphiques avec les chroniques sur PMA et Americana.

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