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      Rusty Brown : Plongée dans l’univers de Chris Ware chez Delcourt

      Quasiment deux décennies après son cultissime roman graphique, Jimmy Corrigan, Chris Ware revient avec sa suite spirituelle et autofictionnelle : Rusty Brown disponible chez Delcourt depuis le 4 novembre 2020.

      Avant de nous le proposer sous forme de « roman graphique », Chris Ware avait d’abord autoédité Rusty Brown dans le numéro 16 de son Acme Novelty Library, paru en 2005. C’est donc 15 ans après que Chris Ware publie Rusty Brown en une bande-dessinée, qu’on pourrait qualifier de biographique. Une oeuvre dense qui se compose de 356 pages.

      À travers cet album, nous suivons la vie bien triste d’un garçon sensible à l’imagination débordante : Rusty Brown. Six autres personnages sont également au centre de l’intrigue, et l’un d’entre eux, Franklin Christenson Ware, n’est autre que le double de l’auteur.

      L’une des particularités de Rusty Brown est sa construction narrative particulièrement dense. La lecture de cet ouvrage est un véritable exercice qui nécessitera de vous une attention toute particulière.

      Une galerie de personnages originaux

      Chris Ware nous délivre donc plus qu’une biographie de Rusty brown, il nous délivre la sienne également. À travers le personnage de Franklin Christenson Ware, l’auteur nous confie ses peurs, ses craintes, ses questionnements notamment celle au début de l’œuvre où il est interrogé sur le « sentiment moderne de « dislocation exténuée » ».

      Rusty brown débute par une longue introduction d’une centaine de pages dans laquelle l’auteur nous présente tous les protagonistes qui se faufilent les uns après les autres à des moments précis. Nous suivons donc la réalité du petit Rusty Brown tout en suivant celles des autres personnages, un peu comme si nous étions dans des univers parallèles.

      Cette introduction se déroule lors d’une rentrée des classes dans un établissement catholique d’Omaha, au Nebraska : qui sont la ville natale ainsi que l’établissement que Chris Ware a fréquenté lors de ses jeunes années. Dans cette école, Rusty y est cruellement marginalisé et est harcelé moralement par d’autres élèves. Cette situation change lorsqu’un nouvel élève fait son apparition : Chalky White.

      Vie d’enfant Versus Vie d’adulte

      Plusieurs notions sont exploitées dans cette œuvre. Par exemple, Walter Brown, père de Rusty Brown mais également professeur dans l’école de celui-ci, a tout l’air d’être un homme qui souffre de dépression. il passe par différents stades : Remises en question, l’envie de tout abandonner et des pensées suicidaires. Tous ces sentiments négatifs contrastent avec son apparence. En effet, Walter Brown a une calvitie encerclée par deux virgules rousses, ce qui lui donne une tête de clown pathétique.

      Dans l’œuvre de Chris Ware, la réalité de Walter Brown est mêlée à celle de Rusty Brown. Tout en lisant les états d’âmes de Walter, d’une planche à une autre, nous assistons à la vie de Rusty, un petit garçon qui pense être doté d’un super pouvoir, une super ouïe. Il s’est même trouvé un nom : Ear Man. Tout cela parce qu’en déneigeant l’allée de sa maison, il a entendu une dispute qui se déroulait à l’intérieur. Des cris et des insultes fusent, mais tout ce qui préoccupe le petit Rusty est sa capacité imaginaire à tout entendre de l’extérieur. La double perception d’une situation est bien mise en lumière dans cette scène : un couple en désaccord face à l’innocence d’un enfant.

      Rusty Brown : une oeuvre originale

      Bien que les différentes réalités des sept personnages soient tristes, l’auteur nous offre une palette de couleurs qui fait écho aux années 60-70. Un univers dans lequel les couleurs sont froides mais plutôt prononcées. L’apparence de certains protagonistes fait sourire tant ils sont singuliers. Ils font brièvement penser aux personnages satiriques de l’illustrateur espagnol Joan Cornellà.

      Tous ces éléments apportent une pointe subtile d’humour qui ajoute un peu de légèreté à la BD.

      Chris Ware conclut ce chef-d’œuvre par une double-page qui s’apparente à un entracte. Doit-on s’attendre à une suite?

      D’une planche à une autre, Chris Ware nous régale grâce à son talent de scénariste et d’illustrateur. Cette propension à solliciter toutes nos capacités pour suivre la narration de ses oeuvres font du dessinateur, une véritable référence dans le monde du neuvième art. L’auteur joue avec la complexité des personnages et avec celle de la mise en forme de la bande-dessinée. Pour vous promener dans le monde de Ware, cela exige de vous une certaine plasticité.

      Ce qui semble être le premier tome de Rusty Brown est donc une véritable réussite. On vous invite à découvrir d’autres oeuvres publiées actuellement chez Delcourt comme Hyperrêve, nouvel album de la série-phare de Marc-Antoine Mathieu.

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