Quand L’impudence des chiens concerne aussi les humains

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Successeur mais ce n’est pas si simple. Alors, dans L’impudence des chiens, Ducoudray et Dumontheil collent ces deux facettes de l’époque. Sortez alors votre perruque du placard pour lire notre chronique de ce récit grivois et drôle.

Une panne bien pénibleDeux aventuriers dans L’impudence des chiens

Éditée par Delcourt, L’impudence des chiens se révèle dès l’incipit : « Le lit conjugal sera sans coup férir le champ de bataille du siècle à venir. » Le lecteur va suivre trois personnages. Le Comte de Dardille est poursuivi en justice par sa jeune épouse, Amélie de Figule qui l’accuse de refuser les relations sexuelles. Le lecteur contemporain pourrait être surpris de cette procédure. En fait, elle ne lui reproche pas le manque de plaisir charnel mais elle craint de ne pas avoir de descendance. Si elle gagne le procès, elle obtient le divorce et la moitié de la fortune du comte. Paniqué, le mari craint de tout perdre, sa femme, sa fortune et pire encore sa réputation. En effet, pour prouver sa vigueur, il doit se soumettre au Congrès : contenter bibliquement sa femme sous l’œil de Dieu certes mais aussi des trois juges et d’un public. Pour échapper à cette infamie, il demande l’aide d’un marquis.

Le problème est que le comte est asexuel. Il semble totalement ahuri et n’a aucun désir. Malgré toutes les tentatives du marquis, rien n’y fait car le comte ne pense qu’à la guerre. C’est étrange mais Freud aurait adoré décrypter tout cela. Est-il homosexuel ? Le marquis aborde tranquillement la question tandis que le comte est plus surpris de la proposition. Rendre la vigueur est un défi pour la patronne d’une maison close car c’est si rare. Plus tard, le lecteur visite de nuit un jardin des plaisirs et découvre l’agalmatophile ou l’amour des statues. Plus on avance et plus on découvre des fantasmes originaux. Cependant, L’impudence des chiens ne porte aucun jugement. Bien au contraire la bienveillance dessine une route conduisant vers le plaisir. On sourit souvent puis on rigole de bon cœur devant le manque total de douceur des médecins et des matrones lors d’une auscultation.

Un jeu de languesUne version surprenante dans L’impudence des chiens

Comme le montre le résumé précédent, L’impudence des chiens est une hilarante fable écrite par Aurélien Ducoudray et dessiné par Nicolas Dumontheil. Le scénariste a plusieurs fois œuvré dans des récits contemporains avec The Groceryet de science-fiction avec Bettie Hunter. Il s’amuse ici à parodier les œuvres du Grand Siècle. En effet, le livre est organisé comme dans le théâtre classique en un prologue puis trois actes.

Même si ce n’est pas le but premier, le lecteur sort enrichi de la lecture. On découvre le sous-texte pornographique de la chansonnette au clair de la lune. En effet, L’impudence des chiens rend aussi aux piquantes critiques contenues dans les récits libertins. Cet hédonisme est aussi linguistique. Aurélien Ducoudray joue avec la langue de Molière. Un cocher parle comme un livre et le marquis fait des alexandrins puis il se moque de la longueur et la technicité des actes notariers. Pour décrire le sexe, il n’y a aucune vulgarité mais les dialogues sont ornés de métaphores : le comte ne peut plus sabrer alors qu’il doit déployer ses capacités en génésie.

Cette absence de brutalité se retrouve dans les dessins de Nicolas Dumontheil malgré quelques cases plus explicites. Son style tout en rondeur ajoute de la douceur et il multiplie les détails par les décors. La première page de L’impudence des chiens parodie les contes illustrés avec les trois personnages principaux en médaillon. Si le propos est comique, on voit les recherches graphiques sur les tenues et les villages encore très médiévales. On croise même l’Olympia de Manet et la Vénus sortant des eaux de Botticelli.

Si L’impudence des chiens est un voyage dans le passé au temps du libertinage et de la censure religieuse, c’est aussi un récit pleinement d’actualité en présentant la sexualité comme une promenade joyeuse avec de multiples haltes. L’humour est grivois certes mais jamais vulgaire. Les dessins s’amusent à reprendre des figures grotesques mais sans animosité.

Vous pouvez retrouver des récits aussi charnels sur le site avec les chroniques de L’itinéraire d’une garce et Faithless.