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      Guts : « J’aimerai que le son d’aujourd’hui soit au niveau de la créativité »

      On devait le retrouver sur la scène du festival de sports extrêmes et de musique des Natural Games à Millau. Or, quelques minutes avant le début du show, le concert Guts est annulé, la faute à une météo capricieuse. Pas de quoi casser le moral du Parisien qui s’est confié à JustFocus. Culture hip-hop, live band, vinyle, vie à Ibiza, le musicien passe en revue sa carrière passée et future.

       

       

      Après avoir officié avec le groupe Alliance Ethnik puis en solo, Fabrice Henri, alias Guts, fait son retour à la scène en 2007 avec un live band. À peine son dernier album Eternal sorti l’année dernière qu’il enchaîne par un Ep, Stop The Violence, avec Beat Assailant. Infatigable sur la culture hip-hop qu’il a embrassée dans les années 80, Guts nous livre sa vision de ce qu’elle est devenue mais nous parle aussi de ses envies de live band et de son prochain album. Rencontre avec l’infatigable Guts, quelques minutes après qu’il ait appris que son concert était annulé.

       

      Ton concert vient d’être annulé la faute à la météo, comment tu sens-tu ?

      Ça génère de la frustration. Même s’il y avait 100 personnes motivées sous la pluie à régaler et à émouvoir, ben moi ça me fait kiffer. J’ai davantage de souvenirs mémorables sur des concerts anecdotiques où on se retrouve en petit comité, des conditions un peu hostiles ou insolites. 20 minutes avant, annulation aussi près du début du concert, c’est la première fois que ça m’arrive en 25 ans de carrière.

       

      Justement, tu as une longue carrière, peux-tu la résumer en quelques mots ?

      Dans les années 80, j’ai été piqué par la culture hip-hop. Elle était en train de se développer. C’est tout de suite un mouvement, une culture et une musique qui m’a parlé. Elle était à l’époque très embryonnaire et très communautaire. C’est là-dedans que j’avais envie de m’exprimer et j’ai grandi avec cette culture-là. Elle m’a nourri, elle m’a emmenée à faire plein de rencontres dont cette fabuleuse aventure dans les années 90 avec Alliance Ethnik. De fil en aiguille, j’ai travaillé pour des artistes comme Svinkels, Passi, Big Red et j’en passe. Je me suis aussi aventuré dans une pseudo carrière solo. Chose que je n’avais pas faite entre 90 et 2007.

       

      D’où vient ton nom ?

      Au début c’était Gutsy. J’étais plus gaffeur et c’était ma signature en mode tag. J’ai viré le Y.

       

      Il paraît aussi que tu ne sais pas jouer d’instruments de musique ?

      Et non, je ne fais que de la MPC. En studio ou sur scène, je suis une sorte de chef d’orchestre. Maintenant, j’ai acquis tellement d’expérience que j’arrive très vite à solliciter des musiciens, à leur dire ce que je veux. J’arrive à sentir les choses et à y amener mes musiciens.

       

       

      Tu vis à Ibiza, temple de la musique commerciale et de David Guetta, tout l’inverse de toi. Qu’est-ce que tu fais là-bas ?

      Je suis là-bas car mon père y vivait. Je l’ai rejoint parce qu’il était malade, pour la fin de sa vie. J’y ai découvert une douceur de vie incroyable, une île qui était beaucoup plus captivante et intéressante que les idées reçues. Pour rien au monde je ne la quitterai. C’est vrai que tout le délire clubbing, ça ne me parle pas du tout. Ce qui est cool, c’est qu’il y a quand même de petites scènes alternatives reggae, hip-hop, funk, afro, etc. Je me suis fait pote avec un petit collectif dans un bar qui s’appelle le Malanga et qui font toute l’année des soirées soul, hip-hop, funk. Ça fait 100 personnes mais j’y joue une fois tous les quatre mois pour des locaux qui viennent écouter du bon disco. Ça reste une petite communauté.

       

       

      Après une carrière solo, tu reviens avec un live band, d’où t’es venue cette envie ?

      J’ai l’impression que c’est comme tout : si tu manges du poulet pendant 2 ans, tu vas avoir envie de bœuf. Faire de la musique tout seul au début c’est un défi. C’est excitant mais au bout de 5 ans tu te dis que c’était cool en studio avec des rappeurs et des musiciens. Ça me manquait. L’idée de défendre ma musique sur scène, c’est plus gratifiant à faire collectivement, avec des musiciens organiques : basse guitare, clavier, etc. Quand je faisais des lives avec Alliance Ethnik dans les années 90, cela restait une machine. Moi j’étais aux samplers. C’était DJ, machines et mic.

       

      Qu’est-ce qui t’a poussé à revenir sur la scène ?

      Une espèce de promesse que j’avais faite à mon label : sortir Paradise For All qui est instrumental, je n’ai pas vraiment envie de défendre sur scène. Mais je leur ai promis que pour Hip-Hop After All, je me lance un défi de trouver un angle artistique sur scène.

       

      Tu as pas mal de featurings avec toi.

      C’est le concept de Hip-Hop After All : un espèce d’album de producteur qui tape des beats et des instruments et qui va aller chercher des voix.

       

       

      Comment tu composes ta musique ?

      À chaque fois, je compose chez moi dans mon petit studio en Espagne. Après, il y a deux solutions : soit la voix vient tout de suite dans ma tête en entendant un artiste spécifique, alors c’est lui que je contacte. Ou, comme j’ai fait avec Beat Assailant sur Stop The Violence, j’ai composé une quinzaine de tracks, je les lui ai donnés en lui disant d’en choisir cinq qui lui parlaient.

      Cet Ep n’était même pas prévu. J’ai changé la formation du groupe, certains sont partis et d’autres sont venus dont deux nouvelles voix. Philippe, aux lumières, m’a fait remarquer ce changement en disant que cela mériterait de nouveaux morceaux. On a muri le truc et on s’est un peu ambiancé dans le groupe en se disant « allons-y ». On l’a fait spontanément. Ce n’était pas prévu parce que je voulais partir sur un album solo complètement instrumental.

       

      Tu as une longue expérience du hip-hop, quel est ton point de vue sur son évolution, sur le hip-hop d’aujourd’hui ?

      Ce qui me fait vibrer c’est que je continue toujours, dans l’évolution du hip-hop, à découvrir des projets qui m’interpellent et me parlent. À la fois sur des artistes aussi connus que Kendrick Lamar qui me met à terre mais aussi bien sur la scène belge très intéressante avec JeanJass, Roméo Elvis. La scène, je la trouve intéressante, moins peut-être dans le son. Il y a un truc dans le son qui est moins fou qu’avant. Avant, dans les albums, chacun essayait d’avoir le son le plus énorme, le plus incroyable. On essayait de surenchérir à chaque fois dans une espèce de rivalité ludique. Je trouve que maintenant, c’est moins malade, moins le délire son. J’aimerai que le son soit au niveau de la créativité. Par contre quand je vois PNL disque d’or aux USA (500 000 disques vendus) : c’est un groupe de hip-hop français, ils « rappent » en français, il y a eu une évolution de dingue. Et puis ce qui est cool, c’est qu’il y a une scène old-school qui reste avec des anciens qui continuent ou des plus jeunes qui ont cette fibre old-tanner. Déjà à l’époque, il y avait des styles assez tranchés et divers mais là, c’est devenu assez compartimenté. En revanche, la palette est devenue incroyable.

       

      Tous les étés tu sors ta compil Beach Diggin’, comment tu diggues tes galettes ?

      Cette année, c’est la cinquième et la dernière. J’ai envie de faire autre chose sur le concept. Je voyage moins qu’avant pour chiner mais pour être honnête, la plupart des disques que je compile, je les recherche sur internet avec des wishlist et j’attends désespérément qu’un mec dans le monde mette le disque en vente pour me ruer dessus. J’ai aussi un réseau de dealeurs super pointus qui, dès qu’ils reçoivent des disques rares et qu’ils pensent que ça correspond à ma sensibilité musicale, m’envoient un mail. Ils font un peu mon job. Pendant un an je chine puis je fais une sélection.

       

       

      Que penses-tu du retour du vinyle ?

      Le marché a explosé depuis 3 ans et tous les ans il double. En Angleterre ça a pris des proportions incroyables. Le point positif c’est que l’on a une écoute active : sortir le disque, regarder la pochette, etc. Le son est plus dynamique, il a plus d’air. Malheureusement les vinyles d’aujourd’hui n’ont pas la même qualité qu’avant. À l’époque, tu achetais un vinyle et tu écoutais du son analogique mixé sur des bandes analogiques. Ces bandes arrivaient au mastering et au pressage. Sauf que maintenant, 8 disques sur 10, on dirait un fichier digital. Le son n’a plus ce côté dynamique, rond, des basses chaleureuses, le son pas agressif… parce que les mecs envoient des fichiers WAW et le vinyle est pressé à partir de ça. Donc aujourd’hui tu as l’objet mais pas le son. Mais ça me fait kiffer de voir des jeunes nés avec le mp3 qui veulent une autre écoute et qui achètent du vinyle.

       

      Quels sont tes futurs projets ?

      J’ai plein d’idées. L’année prochaine je vais faire un album plus instrumental, il y aura quand même quelques petites voix, soit samplées, soit enregistrées comme mes premiers albums. Ce sera plus afrocentrique, percussif, plus roots. Mon idée, dans les grandes lignes, c’est d’aller sampler de la musique créole, cap-verdienne, réunionnaise, etc. Il devrait sortir pour septembre 2018.

       

      Propos recueillis par Martin Roucoules et Louis Rayssac

       

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