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    Les proies : cuvée 1971 ou cru 2017 ?

    Si les vins se bonifient avec l’âge, on ne peut pas en dire autant de tous les films. À l’occasion de la sortie du film Les proies de Sofia Coppola ce mercredi 23 août 2017, Justfocus a ressorti de la cave cinématographique la version de 1971 réalisée par Don Siegel: une petite dégustation afin de mettre son palais en éveil. La cuvée 1971 a-t-elle subit les affres du temps ? Quelles sont les attentes concernant le cru 2017, labellisé prix de la mise en scène par le festival de Cannes?

    Pendant la guerre de Sécession, dans le fin fond de la Virginie, un soldat nordiste blessé est recueilli dans un pensionnat pour jeunes filles et devient l’objet de toutes les convoitises. Dans la version de Don Siegel, c’est Clint Eastwood qui endosse le rôle de cet antihéros pris au piège dans un microcosme féminin.

    On comprend aisément que Sofia Coppola se soit emparée d’un tel scénario qui n’est pas sans rappeler l’univers de Virgin Suicides et qui cristallise des thèmes qu’elle affectionne tout particulièrement: un huis clos, des figures féminines, un contexte historique, des atmosphères étouffantes et ambiguës.

     

    Les proies, Don Siegel (1971)

    Dans la version du film réalisée par Don Siegel, le contexte de la guerre de Sécession est habilement esquissé le temps du générique. Une fois celui-ci achevé, le film se focalise uniquement sur l’évolution des péripéties au sein du pensionnat, participant de ce fait à renforcer la notion d’enfermement.

    Le film utilise à tour de bras les effets de zoom si caractéristiques du cinéma des années 70. Il est ainsi, par son aspect formel, un parfait reflet de son époque. Dans son film, Don Siegel n’hésite pas non plus à faire appel au point de vue subjectif et aux voix-off qui viennent faire entendre les pensées des différents personnages. Ces artifices traduisent une volonté de la part du réalisateur de mettre en valeur le cheminement des réflexions, les questionnements et l’introspection des personnages. Il sera d’ailleurs intéressant d’observer comment Sofia Coppola traduira cinématographiquement les tensions internes des personnages dans sa version du film.

    Le général yankee, John MacBurney, symbolise le trouble et le danger qui proviennent de l’extérieur, de l’étranger, de ce que l’on ne connaît pas. La notion d’emprisonnement qui vient s’ajouter, permet d’établir un parallélisme avec la condition d’esclave d’Hallie, la servante noire du pensionnat.

    Ce n’est pas forcément la montée en tension et le resserrement de l’intrigue qui constitue la réussite du film de Don Siegel. En revanche, on se délecte du léger sarcasme qu’il laisse poindre aussi bien à l’égard du personnage masculin que des personnages féminins. Par l’intermédiaire du général, le réalisateur dresse le portrait de ces hommes qui recherchent leur seul intérêt en jouant sur tous les tableaux. John MacBurney ira même jusqu’à se confondre avec la figure divine présente sur l’une des peintures du pensionnat. Les femmes en prennent également pour leur grade: la caméra flottante de Siegel traduit à merveille le sentiment de pâmoison féminin.

    Les dialogues, qui comportent un double niveau de lecture, sont tout simplement délicieux. Don Siegel s’autorise même quelques petites blagues grivoises au milieu de situations dramatiques:

    « Sans façon ma chère. Je m’endormirais, et vous en profiteriez pour me couper mon… autre jambe. »

    La conversation entre le général et Martha Farnsworth, la directrice du pensionnat, permet d’illustrer par un jeu de clair-obscur, la part d’ombre et de lumière que comporte chacun des personnages.

    Il faut également saluer le montage très réussi de la séquence du repas qui amène au dénouement fatidique. Les raclements des fourchettes sont comme autant de coups de couteau plantés dans le dos du général.

     

    Les proies, Sofia Coppola (2017)

    Récompensé par le prix de la mise en scène au festival de Cannes, Les proies de Sofia Coppola devrait combler toutes les attentes. Tous les ingrédients scénaristiques sont en tout cas réunis pour permettre à la réalisatrice de s’approprier l’histoire et d’y insuffler son propre style. Le spectateur est donc en droit d’attendre une atmosphère pesante, des dialogues mordants mais surtout un soin particulier accordé à la lumière, aux décors et aux costumes de la part de celle qui a été pendant deux années l’assistante de Karl Lagerfeld.


    Si Clint Eastwood est tout simplement génial avec ses baisers je-m’en-foutiste, on espère qu’il en sera de même pour Colin Farrell. Concernant le reste du casting, Nicole Kidman, Kirsten Dunst et la jeune Elle Fanning, il n’y a, a priori, pas d’inquiétude à avoir.

    Au-delà de savoir si le film Les proies de Don Siegel est à inscrire au panthéon des oeuvres cinématographiques, il présente de l’intérêt dans le simple fait de faire l’objet d’une seconde version réalisée à une époque différente. S’il y a une personne pour qui le scénario semble être écrit sur mesure, c’est bien pour la réalisatrice Sofia Coppola. Les spectateurs ne devraient donc, en théorie, pas être déçus par la version 2017.

     

    Bande annonce Les Proies, Sofia Coppola (2017):

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