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      Inexorable de Fabrice Du Welz : la plume dans la plaie

      Thriller sombre et magnifiquement réalisé, Inexorable sait jouer sur la retenue pour mieux accomplir son schéma d’apocalypse. À travers ce récit sur l’amour maladif et les ombres du passé, Du Welz signe sa meilleure œuvre depuis Calvaire, son chef d’œuvre.

      Inexorable : un long-métrage poisseux et intense

      Dans Adoration, son précédent film, Fabrice Du Welz définissait l’inexorable par l’intermédiaire du personnage de Gloria, jouée par Fantine Harduin : « C’est un truc qui doit se passer, quelque chose de fatale ». Par cette réplique, le cinéaste belge semblait déjà annoncer les contours de sa prochaine œuvre, sa prochaine obsession.

      Deux ans plus tard, voilà qu’arrive Inexorable dans les salles obscures. Dans ce thriller collapsologique, un auteur (Benoît Poelvoorde) tente, en vain, de réitérer l’exploit de son premier roman, Inexorable, alors qu’il emménage dans la maison de son beau-père, ex éditeur de renom. Les piliers de cette famille, les Bellmer, se voient fragiliser par l’arrivée de Gloria, jeune fille taciturne dont les desseins semblent obscurs, voire malveillants.

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      The Jokers / Les Bookmakers

      Le cinéma de Fabrice Du Welz n’agrée pas forcément à tous, c’est une certitude. Naïf et grandiloquent, il est une esthétique frontale de l’émotion. Pour le réalisateur, tout est montré avec une échelle d’ampleur, de la plus banale scène d’amour dans Alléluia, au chemin de croix cérébralo-spirituel de Calvaire, l’œuvre somme de sa filmographie.

      D’un œil avisé

      Constamment sur le fil entre gêne malsaine et explosion euphorisante, le 7e art façon Du Welz n’a de cesse de se questionner, d’évoluer au sein d’œuvres qui, si elles peuvent être inégales (Vinyan, Adoration), voire tronquées (Colt 45, qui a accumulé les problèmes de production), gardent une vraie personnalité qui leur donnent un cachet assez singulier. Et de placer chaque nouveau film du metteur en scène flamand comme un événement.

      À ce titre, Inexorable n’échappe pas à la règle, et bien plus. Il s’agit, ni plus ni moins que de la meilleure œuvre du cinéaste depuis Calvaire. Ce qui marque d’entrée de jeu, dans ce thriller vénéneux, c’est son atmosphère. Du Welz lorgne vers deux références : d’un côté le drame cérébral américain, avec comme référence Péché mortel (dont le réalisateur John M. Stahl est cité dans les remerciements) et la « bourgeoisploitation » de Bergman à Chabrol.

      The Jokers / Les Bookmakers

      À travers ce mélange bouillant et maîtrisé, Fabrice Du Welz dissémine tous les marqueurs de son cinéma. De son obsession pour certains noms et prénoms (Paul, Bellmer, Gloria), la dualité de couleurs dans la photographie (ici le doré se confronte au vert, puis le rouge criard et le bleu turquoise dans le final), mais aussi les scènes de voyeurisme, où des personnes intrus pénètrent dans le cocon d’autres protagonistes.

      Jamais gratuites, ces séquences, marquées par des plans sur l’iris, aussi miroir du regard du cinéaste, sont ici transfigurées par une mise en scène habile, à base de nombreux plans symboles. De la lumière d’une lampe comme métaphore d’une psychanalyse libératrice pour le personnage de Poelvoorde où la disposition d’un plan de table pour marquer la domination bourgeoise : toute émotion ou message passent par le cadre. Et distillent une ambiance entre le lyrique et l’angoisse pure.

      Agent du chaos

      Désormais aguerri derrière la caméra et des expériences de tournage, Fabrice Du Welz semble en total contrôle de sa vision et convaincra, avec Inexorable, même les plus réfractaires à son cinéma généreux et figuratif. Son utilisation de la pellicule 16mm, utilisée à merveille par son chef opérateur Manu Dacosse (avec qui il travaille depuis Alleluia), magnifie cette atmosphère austère et hypnotisante.

      Inexorable prend ici une nouvelle définition, plus radicale que dans Adoration : « impitoyable ». Et ce sentiment de fatalité s’incarne par une nouvelle itération du patronyme Gloria, sous les traits de l’incandescente Alba Gaïa Bellugi. Cousine germaine de la sorcière de Salem et d’un succube que n’aurait pas renié Paul Verhoeven, c’est un personnage trouble, annonciateur, puis agent du chaos au sein d’une famille nucléaire vacillante. Ce personnage est la grande réussite du film, celui qui représente la charge autant anti-patriarcale qu’anti-élite, dans une déconstruction du cercle aristocrate, en nous montrant son côté pimpant quoique putride.

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      The Jokers / Les Bookmakers

      Même si tout n’est pas abouti dans Inexorable où, le temps de quelques séquences, Fabrice Du Welz semble céder à des effets de style clinquants et à une naïveté trop grandiloquente pour ne pas gêner, le long-métrage est peut-être le plus tenu de son auteur. Peut-être pas non plus le plus original, entre les personnages archétypaux et la structure attendue (les renversements étant un peu prévisibles vers le final), mais l’un des plus accessibles du cinéaste. Ce qui permettra, peut-être, de lui trouver un public plus large et d’espérer un joli succès en salles.

      Inexorable est une expérience qui marque au-delà de sa projection. Son ambiance vénéneuse, à travers l’autodestruction d’un microcosme social fragile, taraude l’esprit autant que les globes, grâce à une image renversante. Fabrice Du Welz revient en salles obscures avec l’un de ses meilleurs films, où brillent des comédiens au sommet. Implacable, immanquable…

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