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      Deauville 2017 – « Kidnap » de Luis Prieto : aussi intéressant que bancal

      Halle Berry est de retour dans les salles obscures ! Absente de nos écrans depuis X-Men – Days of Future Past, celle-ci revient dans Kidnap, film d’action présenté au Festival Américain de Deauville. L’histoire nous fait suivre Karla McKoy, mère de famille divorcée dont le fils est kidnappé dans un parc. S’engage alors une course-poursuite entre elle et les ravisseurs, dans l’espoir de leur reprendre son enfant. Intéressant dans son postulat de base, Kidnap est cependant rattrapé par de nombreux défauts venant entacher la qualité du film.  

      Un scénario au potentiel inexploité

      Le postulat de base de Kidnap est génial : une course-poursuite non-stop entre des kidnappeurs et une mère dépassée par les événements. Tenir en haleine les spectateurs pendant quasiment tout ce temps était un pari risqué. La course-poursuite incessante à l’écran était aussi un pari risqué. Cependant, ces paris ne sont pas tenus de bout en bout. En effet, si nous sommes réellement impliqués dans l’histoire et dans le suspens, certaines incohérences dans le comportement de Karla McKoy ont tendance à sérieusement irriter. Explications : 

      Karla McKoy est présentée comme une mère aimante prête à tout pour son enfant. Cela se confirme dès le début de la course-poursuite, lorsqu’elle prend tous les risques possibles et imaginables sur la route pour ne pas se faire semer. Cependant, malgré plusieurs occasions de tuer ou de déstabiliser les ravisseurs, celle-ci n’agit pas. On pense par exemple à l’un des ravisseurs qu’elle a rapidement l’occasion d’écraser, ou au couteau qu’elle aurait pu arracher des mains de l’autre ravisseur sans grande difficulté durant la course. Les petites incohérences disséminées ça et là dans le film sortent immédiatement le spectateur de l’action, ce qui est dommage, car le reste du temps le rythme est nerveux et correctement dosé. 

      Un autre problème d’écriture réside dans la longueur de la scène d’introduction. En soi, présenter la relation de la mère à l’enfant par le biais de vidéos familiales est un choix respectable. Seulement, cette scène s’éternise bien trop, au point de devenir inutilement descriptive. Un mot est également à dire sur le générique de fin, qui s’avère d’un kitsch absolu et digne des happy-ends les plus caricaturaux. Bien évidemment ceci avait pour but de faire écho au générique du début, tout en indiquant le bonheur que vit la famille réunie (oui désolé pour le spoiler). Cependant, cela n’était absolument pas nécessaire. La réussite de la mère à récupérer son enfant était amplement suffisante. Le spectateur sait pertinemment qu’ils continueront à être heureux ensemble. La musique du générique de fin n’aide d’ailleurs pas à relever le niveau, puisque toute aussi stéréotypée que le diaporama présenté. 

      L’écriture de Kidnap jouit malheureusement de nombreux défauts venant ternir une idée qui aurait mérité d’être mieux exploitée. Si on salue volontiers la tentative de garder le suspens intact durant toute la durée du film, il est difficile de fermer les yeux sur les nombreuses failles scénaristiques. Heureusement, un élément vient atténuer ces défauts visibles, à savoir la belle et talentueuse Halle Berry. 

      Halle Berry au top en femme d’action

      Ce n’est pas vraiment un secret : Halle Berry sait y faire dans les rôles d’action. Rien que sa participation à la saga X-Men lui confère le statut de femme badass du cinéma. Dans Kidnap, celle-ci ne joue pas à proprement parler un rôle de femme forte mais plutôt un rôle de mère forte. Bien que son personnage ne soit pas prédisposé à l’action ni à la violence, celui-ci s’avère redoutablement tenace quand il s’agit de sauver sa progéniture. Halle Berry excelle dans son rôle de femme déboussolée mais inflexible dans sa volonté de retrouver son fils. 

      Si le personnage de Karla McKoy souffre de faiblesses d’écriture dues au scénario, Halle Berry l’interprète cependant avec une justesse qui force le respect. Celle-ci porte tout le film à elle toute seule et ceci est une performance qu’il faut saluer, car ce n’est pas à la portée de tous les acteurs. Il s’agit indéniablement du seul élément sans fausses notes du film. 

      Une réalisation en demi-teinte

      Au même titre que le scénario, la réalisation souffre de problèmes visibles malgré des qualités indéniables. Commençons d’ailleurs par ces qualités : la gestion du stress et de la tension est particulièrement bien menée. Il est aisé de se prendre au jeu et de s’impliquer dans cette histoire d’enlèvement. Il est également facile de s’identifier à Karla, en se demandant ce que nous aurions fait à sa place dans une situation aussi agitée. L’implication dans l’intrigue est immédiate et la nervosité des scènes d’action nous donnent l’impression d’y être. 

      Cependant, certains effets sont imparfaits voire kitsch, tels que le générique de fin évoqué ci-dessus. On peut également penser à des plans incompréhensibles, notamment certains s’éternisant sans que cela n’ait vraiment de sens, ni en terme d’intrigue, ni en terme de réalisation. Si certains problèmes de réalisation peuvent être dus aux erreurs scénaristiques, d’autres auraient pu être évités et contribuent malheureusement à faire de ce film une semi-réussite. 

      Porté par une Halle Berry au top de sa forme, Kidnap souffre toutefois de défauts très (trop) visibles. S’il s’agit d’un divertissement correct qui ravira les amateurs d’action, le film risque de ne pas convaincre les spectateurs les plus exigeants. 

      Bande-annonce Kidnap

      https://www.youtube.com/watch?v=HHn5uq37k84

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      Robin Uzan
      Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire pour Justfocus est un de mes plus grands plaisirs. Bonne lecture !

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