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      Madres Paralelas, dernier film d’Almodóvar, une histoire de maternité

      Pour son dernier film, Almodóvar nous revient avec deux sujets qui lui tiennent à cœur, les relations mère fille et la mémoire collective d’une Espagne qui cherche encore les disparus de la dictature. Toujours égal à lui-même mais, avec cette touche de sagesse qui incrémente de plus en plus ses films, le réalisateur nous promène par les sentiers les plus intimes de son pays, nous montre son affection et nous partage ses racines.

      L’histoire, Almodóvar aussi passionné que d’habitude.

      Janis et Ana se rencontrent à l’hôpital, toutes les deux sur le point d’accoucher. Elles se lient d’amitié et s’échangent leurs numéros téléphone. Mais une fois à la maison, Janis se rend compte que sa petite fille n’a pas du tout les mêmes traits de sa famille.

      Fiche technique

      Réalisation et Scénario : Pedro Almodóvar
      Musique : Alberto Iglesias
      Sociétés de production : El Deseo
      Pays d’origine : Espagne
      Genre : Drame
      Sortie : 2021

      Distribution

      Penélope Cruz : Janis
      Milena Smit : Ana
      Israel Elejalde : Arturo
      Aitana Sanchez-Gijon: Teresa
      Rossy de Palma : Elena

      Bande annonce Madres Paralelas le nouveau film de Pedro Almodovar

      Impressions

      En 2018, Pedro Almodóvar avait produit le documentaire « Le silence des autres » (« El silencio de otros »). Ce film parle des victimes qui ont survécu au régime franquiste. De toutes ces personnes qui continuent à chercher leur famille torturée, assassinée et jetée dans des fosses communes, désireuses de les enterrer et leur donner du repos. Nombreux sont ceux qui luttent encore de nos jours pour que justice soit faite et pour que les victimes de la dictature ne soient pas oubliées. Les sujets des crimes contre l’humanité et de la mémoire collective sont très controversés, sachant que l’Espagne est l’un des pays au monde avec le plus grand nombre de personnes assassinées dispersées dans la nature.

      Pour son dernier film, Almodóvar revient comme d’habitude, avec des sujets qui lui tiennent à cœur : la guerre civile espagnole et tout ce qui concerne de loin ou de près la question des mères. Il choisit à nouveau d’être accompagné par Alberto Iglesias, son compositeur attitré depuis « La Fleur de mon secret » (1995). Ses tendances electro et expérimentales renforcent le côté mélodramatique, les effets de tragédie grecque aux fortes orientations de feuilleton de post guerre.

      Pour l’espagnole qui vous parle, les films d’Almodovar sont comme des souvenirs qui nous appartiendraient. Avec sa caméra à ras du sol, au ras des murs, il nous rappelle les promenades de notre enfance. Les portes en bois, le son qu’elles font quand on les ouvre, la décoration rustique à l’intérieur des maisons, les villages qui dorment au soleil… tous ces éléments si inhérents à l’Espagne profonde, nous laissent sentir les odeurs du froid et de l’humidité mélangés à celles d’une cuisine tardive, du jambon et de la charcuterie accrochée quelque part. Du lard, des oignons, de l’omelette aux pommes de terre. Ils nous laissent entendre les cigales, le calme plat des après-midi ensoleillées. Les commentaires, les dialogues, la façon de s’exprimer, cela donne à chaque fois l’impression que le réalisateur a été capable de prendre un morceau, une bribe d’un moment de notre vie.

      C’est, indéniablement, ce qui le rend génial. Excessif ? Perfectionniste ? Il est capable de reproduire un tableau jusqu’au moindre détail, le rendant aussi cru que réaliste. Dans Madres Paralelas, il explore une fois de plus les relations mère fille ou plutôt, les relations des femmes célibataires entre elles face à la maternité et aux problèmes du quotidien. Pendant la 78e Mostra de Venise, le réalisateur a déclaré : « maintenant je suis plus intéressé par les mères imparfaites, celles qui vivent des moments compliqués à résoudre. Les mères de mes autres films étaient différentes, elles venaient de l’éducation que j’ai reçue ». (Source)

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      Mais si l’histoire est étonnante et alambiquée et nous tient autant en haleine que les télénovelas mexicaines d’il y a 40 ans, on se demande ce que le sujet des disparus de la dictature vient faire là-dedans. Il ne s’agit pas d’une thématique secondaire mais plutôt de deux sujets qui se bagarrent pour savoir qui aura gain de cause. Est-ce une façon de Monsieur Almodóvar de nous faire comprendre que malgré les aléas de la vie, et des histoires qui nous arrivent, il y a encore des problèmes autour de nous qui persistent et qui vraisemblablement ne connaîtront jamais le dénouement ?

      Le pays est très divisé concernant la mémoire collective et Almodóvar a déclaré avoir dû se restreindre au moment de l’écriture du scénario, par crainte que le sujet n’engloutisse celui des deux mères parallèles. Les commentaires diront plus tard que peut-être que l’aspect des fouilles n’a pas absorbé le sujet principal mais cela a été la question principale de la Mostra de Venise.

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      Je reviens à nouveau au titre du film. Voulu ou pas voulu, il y a deux parallèles dans ce film. Ils ont en commun le rôle des femmes. Des femmes qui ont perdu leur père, leur mari, leur nouveau-né (procédé très courant des franquistes) mais aussi des femmes qui sont mères célibataires aujourd’hui et qui essayent de vivre leur maternité en même temps que leur vie professionnelle. Ou leur vie tout court.

      Ces deux sujets aussi importants l’un que l’autre, ces deux parallèles, partageant asile sous le même toit du film, et se résignent parfois à une façon très abrupte de voir les choses. Janis parle chez elle avec l’anthropologue au sujet des possibles fouilles. Ils discutent très sérieusement autour d’un verre de vin rouge et d’une assiette de jambon et ensuite, sans fondu, presque sans raison, on les voit en train de s’envoyer en l’air (avoir des rapports, faire l’amour serait peut-être une définition plus académique mais ne correspondrait pas à la scène). Et ensuite, Janis se trouve à l’hôpital en train d’accoucher. Elle s’engouffre dans une histoire qui semble s’imposer comme l’histoire du film. Mais non, les fouilles reviennent à la charge et on ne sait pas où faut-il regarder. Petite sensation de vertige qui entache légèrement notre parcours de deux heures avec le cinéaste et ses idéaux.

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      Penelope Cruz, pétillante, magnifique comme on la connaît, aurait reconnu ce rôle comme le meilleur donné par Almodóvar. Comme un cadeau qui lui aurait permis de s’accomplir. Mais, voilà un autre aspect génial du réalisateur : sa façon de faire d’un rôle, le rôle d’une vie. Et ceci avec le même acteur ou actrice pour chaque film. Rossy De Palma n’a même pas besoin de parler. Sa présence fait partie de l’Espagne, des couleurs d’Almodóvar. Elle nous rassure, elle nous dit, vous êtes en terrain connu.

      Prix

      2021 : Mostra de Venise : Volpi Cup – Meilleure Actrice (Cruz), Film d’Ouverture
      2021 : Goya Awards : 8 nominations, dont meilleur film et réalisateur
      2021 : Forqué Awards : 3 nominations, dont celle du meilleur film
      2021 : Feroz Awards : 8 nominations, dont celle du meilleur film dramatique
      2021 : Satellite Awards : 3 nominations, dont Meilleure actrice dans un drame (Cruz)

       

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