Très chers élus : les scandales sur le financement politique

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Très chers élus critique bd
Critique de la BD Très chers élus

Les scandales touchant les élus politiques éclatent aussi régulièrement que les jeux d’artifices le 14 juillet mais, derrière cette impression d’immobilité, que s’est-il passé depuis 40 ans pour le financement des partis politiques ? Très chers élus, une bd journalistique vous donne la réponse.

Oubliez le papier et ouvrez la bdLe financement des partis

Coédité par Delcourt et La Revue Dessinée, Très chers élus est une bd mais également le compte-rendu d’une enquête réalisée par deux journalistes de la Cellule investigation de Radio France. Ce genre combine la facilité de lecture de la bd et la qualité de l’enquête d’un article. Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet respectent la déontologie du journaliste mais c’est à Erwann Terrier de mettre en image la longue enquête. Le dessinateur a un style photoréaliste par la grande précision des visages mais il sait varier les tons. La fraude sur le financement est tellement massive que le dessinateur joue sur l’humour. Une petite main de la campagne de Balladur se casse le dos à déposer dix millions à la banque.

L’objectif commun des artistes est de faire comprendre les rouages complexes du financement des partis politiques mais également les réactions. En effet, face aux scandales, il y a deux réponses. Les juges veulent mettre en application les règles de transparence tandis que, pour certains politiques, il est important d’étouffer les affaires et d’encadrer les poursuites.

Comme souvent dans ce genre, les journalistes se mettent en scène dans les premières pages. Les deux se rencontrent sur le marché pendant la campagne. A la fin du marché, ils rencontrent un vieux monsieur qui a participé à toutes les anciennes combines. Cet ancien politicien anonyme – ou fictif – sert de partenaire aux journalistes. Pour détailler le passé, il prolonge les recherches des journalistes. Cependant, dans le présent, il concurrence le duo en trouvant des excuses avec une très drôle mauvaise foi. Comme souvent, la bd parle à la fois du contenu et de la méthode. Le lecteur découvre le financement des partis mais aussi comment les journalistes travaillent.

Trouvez des millionsL'humour sur le financement des partis

Les scénaristes Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet montrent que les moments clés de la fraude pour le financement se déroulent au moment des campagnes électorales. Par le prologue, le lecteur découvre que ce financement est socialement très différencié. Avant de se déclarer candidat, Macron organise dans son ministère une réunion avec le monde des affaires. Cet exemple montre les liens entre politique et business. Cependant, des lois limitent et contrôlent le financement. Que faire ? Macron annonce d’emblée comment frauder en famille. Cette fraude ne concerne pas uniquement les partis mais il existe aussi une corruption personnelle comme le montrent les voyage par avion de Chirac et sa famille.

Très chers élus commence par le passé avec des affaires jugées. C’est l’époque des mallettes de billets issus des contrats avec des pays étrangers notamment africains et des entreprises surtout par le BTP. Les deux grands partis le pratiquaient mais d’une manière différente à gauche ou à droite. Une autre source vient des fonds secrets des ministères. La suite du livre dévoile des techniques plus récentes en France : le recours aux fonds de la formation et l’Union européenne. Depuis les années 1990, la création des micro-partis est un moyen de doubler les recettes : un pour le micro et un autre pour le parti affilié.

Lutter contre la fraude

Poussé par un scandale de trop, le parti socialiste vote la première loi sur le financement des partis en 1988 mais cela ne règle pas la situation. En effet, le contrôle en interne par le conseil constitutionnel ne fonctionne pas. On peut être au choix navré ou rire de la manière dont Roland Dumas a manipulé les demandes des rapporteurs. La Commission de contrôle du financement des campagnes semble encore moins efficace. Elle manque de temps, de moyens d’enquête et rassemble des hauts fonctionnaires retraités et peu motivés. De plus, de nombreuses lois sont votées sans être en rien changées. La limitation des comptes de campagne pousse à surévaluer les dépenses pour récupérer plus d’argent ou à les sous-évaluer pour éviter de dépasser les plafonds.

Très chers élus est une œuvre très claire et didactique sur le financement frauduleux des partis car chaque situation complexe est mise en lumière par un exemple. La conclusion est désabusée. Il y a certes des progrès mais les dérives continuent et rien ne semble changer en profondeur. A suivre dans les prochaines lois.

Vous pouvez lire d’autres chroniques sur la bd journalistique avec Les secrets de Poutine et Le storyboard de Wim Wenders.