Soyez Captifs de ce voyage au far west

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Les récits sur les débuts de la colonisation de l’Amérique sont nombreux mais ils s’intéressent rarement aux plus humbles. Captifs répare ce manque en vous faisant suivre une famille anglaise kidnappée par des peuples indigènes et prise au piège de la guerre.

Captifs d’un récit de western

Les Captifs en fuite
Les Captifs en fuite

Ce nouveau titre du scénariste Benoît Rivière est assez explicite dans son propos. en effet, Captifs suit les tribulations d’une famille Anglaise capturée par des peuples indigènes dans la Nouvelle-Angleterre en août 1754. Les Johnsons se sont installés en forêt à la frontière des territoires anglais. Un matin, ils sont attaqués par des Indiens Abénaquis et les fermiers ainsi que leurs invités deviennent des esclaves.

Le père James, la mère Susanna enceinte et leurs trois enfants (Sylvanus l’aîné et ses sœurs Elizabeth et Polly) doivent suivre leurs kidnappeurs. Certains espèrent pouvoir fuir mais James paraît très passif. On pourrait penser que leur vente à des Français arrangerait leur situation, hélas ce n’est pas le cas. Les Johnsons se trouvent piégées par des motivations géopolitiques entre la France et le Royaume-Uni.

Le livre est à la hauteur de cette aventure incroyable. Les Humanoïdes Associés ont choisi un très grand format qui facilité l’immersion dans les magnifiques pages de Captifs. La couverture avec un dos toilé du plus bel effet donne envie d’ouvrir le livre qui débute par une parcours avec le parcours de Johnsons. Cette carte illustre également la dimension pédagogique du livre. Captifs décris en effet les premiers temps de la colonisation britannique.

Les « Indiens » représentent une menacent si forte que la plupart des nouveaux habitants s’installent dans le fort. Une promenade en forêt représente un danger mortel. On découvre également que les relations entre les Européens et les peuples indigènes dépassent la simple opposition. Français et Anglais peuvent les combattre ou les utiliser selon le contexte et la tribu. Les idéaux sont dépassés par le machiavélisme.

Une bd historique du XXIe siècle ?

La violence de l'Amérique dans Captifs
La violence de l’Amérique dans Captifs

Cependant, le scénario est plus subtil qu’il n’y parait. Certes, le dessinateur Olivier Ornière impressionne par le réalisme de son dessin. Son style peut rappeler François Bourgeon. Les fan de la bd historique seront comblés par la précision des détails. Les uniformes anglais sont très bien rendus. Les dernières pages montrent ses recherches sur les personnages et les peintures des Abénaquis.

Ce souci de réalisme se retrouve dans la colorisation de Silvia Fabris. Cependant, Captifs est un récit en flashbacks d’un voyage au cœur de la nature américaine. Le plus âgé des enfants Johnson est heureux chez les Abénaquis. Son père James vit du commerce des fourrures avec les Indigènes alors que son beau-frère voit ces peuples comme des barbares. Susanna démontre sa résistance et son courage à plusieurs reprises

La violence des Abénaquis n’est pas cachée mais des débats se font entre eux sur le devenir des prisonniers. Vivant à la frontière entre les zones d’influences anglaises et françaises, ils pratiquent le rapt. Certains sont revendus aux Français pour être adoptés. Cette image très négative des colons vient des sources du scénario. En effet, si Captifs peut sembler improbable, le scénariste Benoît Rivière s’est inspiré de la biographie de l’Anglaise Susanna Johnson dont le lecteur peut lire un extrait en bonus. Cette recherche permet de dépasser les images d’Epinal.

La violence est omniprésente. On voit aussi les tensions entre les Britanniques et l’Irlandais James Johnson refusant de rejoindre l’armée qui occupe son pays d’origine. Les hommes Européens sont bien plus violents envers les femmes que les Abénaquis. Ils traitent également les femmes noires comme des objets sexuels. On peut cependant trouver que le récit se montre trop clément vis-à-vis des Européens et envers certains hommes, montrant parfois les femmes soumises.

Décrivant le calvaire d’une famille, Captifs émeut au plus haut point. Le livre dépasse l’opposition binaire entre peuples indigènes et Européens en montrant que le vice est présent dans les deux groupes. Captifs décrit également un moment d’histoire : la guerre directe et d’influence en Amérique entre les monarchies françaises et anglaises

Retrouvez d’autres bd historiques chez Les Humanos avec Les ombres de Thulé et Le dernier secret d’Hitler.