Le dernier soulèvement de Sébastien Garnier

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Ce livre de 408 pages peut faire peur au premier abord. Avec sa couverture inquiétante qui représente un militaire flanqué d’un masque à gaz, l’on croirait qu’il s’agit d’un soldat de la Waffen SS. En réalité, en l’observant d’un peu plus près, l’on aperçoit un arbre en guise de symbole — à la place de la croix gammée. Le Dernier Soulèvement est un roman d’anticipation, dystopique. Il est donc question d’une branche de la science-fiction, qui a pour but de placer une intrigue dans un futur plus ou moins proche et de l’imaginer. D’autres grands écrivains se sont essayés à ce genre et certains sont bluffants, car ils ont effectivement « prédit » l’avenir, en quelque sorte. C’est le cas pour Jules Verne ou bien 1984 d’Orwell, ou encore Asimov — maître absolu de la science-fiction qui a carrément inventé un nouveau mot « robotique »… Mais alors quel est le synopsis du Dernier Soulèvement ?

Lazare, courtisan et curieux à la fois

Le livre s’ouvre par l’introduction du personnage principal, Lazare. Ce travailleur du sexe se rend chez une de ses plus fidèles clientes. Cruelle, impitoyable, violente, elle n’est pas du genre charmant. Cependant, elle est très riche et même un peu punk dans l’esprit. En effet, le Paris de Sébastien Garnier ne fait plus rêver. C’est une ville où tout le monde est malheureux : énormément de pauvres qui quémandent, un climat de terreur et de privation qui fait froid dans le dos de Lazare. La Comtesse a conservé des antiquités en plastique, puisque la Biorévolution a interdit son usage. Avec à sa tête le chancelier Valdeck, sa politique de terreur a pour but d’asservir l’humanité, en misant tout sur la préservation de l’environnement. Même si la cause est noble et évidemment digne d’être défendue, elle est ici totalement hors de contrôle.

Dans cette dictature, tout le monde souffre en silence… Pour le moment

Grâce à une propagande efficace et une bonne dose d’obscurantisme réaliste et crédible, les élites parviennent à manipuler les honnêtes citoyens. Mais la vérité ne va pas tarder à éclater. Surtout depuis que Gertrud von Clausewitz a dévoilé les dernières actualités scientifiques. La planète progresse, les animaux se reproduisent plus vite, mieux, se multiplient. Cette révélation laisse dubitatif. Si la Terre renaît, l’oppression cesse et les hauts dignitaires n’auront donc plus d’intérêt. Le secret ne doit pas être divulgué ou c’est le chaos assuré. Qu’en pense Mère, l’Intelligence artificielle hybride, fruit d’un mélange entre une humaine et un robot ? Cette dernière est jugée comme apte à choisir les meilleures décisions, puisqu’elle est plus avisée que les humains, infaillible et impartiale.

À bas la Révolution !

Lazare et les autres personnages luttent pour leur survie, mais également pour sauver les générations futures. La situation est intenable, surtout quand d’aussi gros secrets sont maintenus sous scellés trop longtemps. Sébastien Garnier enchaîne des chapitres spectaculaires, qui offrent une vision chaotique de Paris, qui résonne comme très juste — surtout lors de la prise de la Bastille ou pendant la Révolution française. Très cultivé et maîtrisant son sujet, l’auteur présente des profils ambigus et réalistes, dans un contexte qui l’est également. L’on pourrait aisément croire que la science-fiction est une immense récréation, un parc pour enfants sans fondement. Il reste encore une catégorie de personnes dans la population qui pense que Star Wars se résume à des gens qui se battent avec des sabres laser ou que la Servante Ecarlate de Margaret Atwood est un récit misandre. En réalité, les œuvres comme Le Dernier Soulèvement réussissent à divertir, tout en faisant réfléchir et en traitant de sujets délicats.

Une lecture originale et un développement de personnages remarquable

Tous les personnages ont leur propre identité et sont très différents, les uns des autres. Cela permet de ne pas se perdre lors d’une lecture, et c’est très appréciable. Les textes mettant en scène de nombreux personnages sont parfois brouillons : l’on finit par gâcher son plaisir à lire, puisqu’on ne parvient pas à se souvenir exactement de l’identité, du nom ou de la fonction d’un personnage. Heureusement, Sébastien Garnier ne tombe pas dans le piège et reste sur un scénario à la fois simple, mais cohérent, où les éléments s’emboîtent. À la fin du roman, le lecteur est conquis. De plus — sans spoiler, il est évident qu’une suite pourrait être envisagée, avec un tel final. Est-ce volontaire de la part de l’auteur ? Quoiqu’il en soit, Le Dernier Soulèvement promet une expérience de lecture forte en émotions. Le lecteur progresse avec Lazare, souffre avec lui, hurle avec lui, grandit. Finalement, l’on pourrait même rapprocher le parcours de Lazare d’un chemin initiatique pour devenir quelqu’un. La « propriété » de la comtesse s’émancipe en beauté et gagne en prestige…
Est-ce que Lazare réussira enfin à faire tomber la Bio-Révolution ? Qui seront ses alliés et ses ennemis ? Pour le savoir, il vous suffit de vous procurer cet ouvrage aux si nombreuses qualités, et qui mérite d’être largement diffusé et reconnu.