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      Les Gilets jaunes parlent dans Mon rond-point dans ta gueule

      Le phénomène social des Gilets jaunes a fait coulé beaucoup d’encre mais a-t-on vraiment écouté les acteurs au plus près du terrain ? Voici ce que propose Sandrine Kerion dans Mon rond-point dans ta gueule.

      Le portrait des Gilets jaunes

      Le mouvement des Gilets jaunes en bd

      Le 17 novembre 2018, le mouvement des gilets jaunes commence et bouscule le pays. La France est bloquée et les ronds-points sont occupés par des milliers d’individus aux parcours divers mais motivés par un sentiment commun d’exclusion mais ce mouvement intrigue ou choque. Sandrine Kerion dédie d’ailleurs le livre à ceux qui ne comprennent pas. Mon rond-point dans ta gueule veut sortir de l’image forgée par les médias pour transcrire au plus près les espoirs des Gilets jaunes. Ce cri de colère ne vient pas de nulle part mais cette réaction logique répond au déclin des classes moyennes et populaires. L’autrice montre aussi les causes locales, bretonnes, du développement mouvement. On y retrouve des métiers essentiels à la vie du pays mais totalement méprisés : le service à la personne, la construction…

      Ce livre décrit les différentes revendications : l’inflation, la hausse des prix du pétrole, des inégalités criantes, une démocratie ayant perdu son sens… L’autrice explique le refus de la hiérarchie et de la représentation malgré l’émergence de leader. Au début du livre, Kerion éclaire ces demandes par des interventions d’économistes et des réactions de politiciens entre récupération, mépris et incompréhension. Des Gilets jaunes sont aussi politiquement engagés avant le mouvement et analyse politiquement la situation. Le livre n’est pas, pour autant, une naïve apologie du mouvement. Si elle montre bien la violence policière, elle ne nie pas certains actes illégaux des Gilets jaunes. Elle montre la complexité du rapport à la violence loin de la sauvagerie présentée dans les médias.

      La parole des révoltés

      Sandrine Kerion et les Gilets jaunes en bd

      Sandrine Kerion avait déjà séduit la rédaction de Justfocus avec son récit intime sur les extra-terrestres dans J’ai vu les soucoupes publié également dans La Boîte à Bulles. Elle élargit ici son regard en proposant de faire le portrait du mouvement social des Gilets jaunes. Après une présentation du contexte, elle fabrique une mosaïque à partir de plusieurs interviews qui rend au mieux la réalité et la complexité de ce mouvement. Sandrine Kerion ayant participé au mouvement ne les juge pas mais les écoute. Elle se met d’ailleurs en scène. Plusieurs chapitres se terminent d’ailleurs par un poème d’un Gilet jaune. Plutôt que de proposer une analyse globale, elle dresse les portraits de plusieurs manifestants. Dans l’urgence, elle commence en prenant de notes sur ses proches puis les Gilets jaunes rencontrés sur les ronds-points des Côtes d’Armor. Dany découvre l’engagement au cours du mouvement. Par son témoignage, le lecteur est choqué des méthodes de la police utilisant massivement le gaz et la violence disproportionnée.

      Publié après le mouvement, l’autrice peut ainsi montrer les effets à long terme de ce mouvement. Dany veut désormais s’engager localement ainsi que concrètement par une consommation plus citoyenne. Certains ont rompu avec leurs anciens amis alors que d’autres ont ramené leur famille aux manifestations. Sandrine Kerion retrouve son style si particulier vu dans J’ai vu dans les soucoupes. Elle n’utilise qu’une seule couleur pour la plupart des dessins mais en garde une autre pour mettre en avant un élément. Logiquement, c’est le jaune ici que l’on retrouve sur des gilets, des bonnets et même des cheveux. Si son trait est réaliste, elle n’hésite pas à en sortir si besoin comme ces businessmen à tête de porc.

      A la fois scénariste, dessinatrice, coloriste, Sandrine Kerion fait de Mon rond-point dans ta gueule un vibrant témoignage de l’intérieur des Gilets jaunes. On découvre la diversité des parcours mais une même frustration, un même sentiment de relégation. La lecture des différents interviews plonge dans le passé du mouvement mais nous fait aussi réfléchir sur le futur : ce que chacun peut faire pour améliorer une situation qui n’a pas changé depuis 2018.

      Si les chroniques sociales vous plaisent, vous pouvez découvrir Le zizi de l’ange et # J’accuse… !

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