La réalité de la guerre intergalactique dans Gurvan

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Vous pensiez que le futur serait vert et pacifique ? Raté, Gurvan montre que la guerre sera cosmique et éternelle… au point d’oublier les causes du conflit. Que se passerait-il si un soldat découvrait la réalité de la guerre ?

Le récit des début d’un guerrier

l'enfance de Gurvan

Le monde a bien changé dans le futur proposé par Gurvan. On ne naît plus pourquoi mais le héros éponyme est un soldat-clone de la Coalition terrienne produit par une machine dans un Matérédu. Il faut dire que le contexte est  totalement contrôlé par les militaires. Des scientifiques sélectionnent les gènes des meilleurs combattants du passé pour créer les meilleurs militaires. La taille des pilotes d’intercepteurs est adaptée aux cockpits des vaisseaux spatiaux alors que les troupes au sol sont colériques mais disciplinées. La carrière et la destinée des êtres humains sont décidées dès la conception par une intelligence artificielle. Les bébés sont testés et euthanasiés en cas de défaut. Les personnes, ainsi créés, sont ensuite formées pour devenir d’efficaces armes de guerre.

Dans un monde très normé, Gurvan est différent. Doté des gènes d’un pilote d’intercepteur, il comprend la théorie mais échoue lamentablement en condition de guerre. A chaque sortie, il évite la mort sans réussir à abattre un vaisseau ennemi. Pourtant, il est totalement convaincu par l’organisation sociale et le bien-fondé de la guerre. Ses amis se moquent de sa naïveté. Sybal est plus réaliste sur les limites de leur société. Par efficacité, les modèles des clones n’ont que quatre visages. Le sexe avec les femmes soldats est interdit. Sybal veut néanmoins profiter de la vie avant de mourir. En effet, les soldats survivent rarement après sept ans de combat. Ceux qui y arrivent obtiennent une retraite dans une colonie terrienne.

Gurvan est un rêveur persuadé que ce rêve va le sauver. Il veut survivre pour quitter le monde factice de la guerre et retrouver la nature sur Terre. Cependant, le premier affrontement fait effondrer son idéal. La guerre n’a aucun sens et progressivement, la bd montre la réalité derrière la propagande. Le pilote modèle mais peu doué sort du protocole : il fait l’erreur de vouloir comprendre. C’est la rencontre avec un soldat ennemi qui va bousculer les certitudes de Gurvan.

Gurvan ou la science-fiction pacifiste

Le pilote Gurvan

Gurvan marque la nouvelle coédition des Humanoïdes Associés et des éditions Critic qui ressortent les titres de  la série Fleuve noir anticipation. Cette nouvelle sortie est tirée du roman de P.-J. Hérault, une des premières œuvres de space opéra antimilitariste. L’adaptation est du scénariste Mathieu Mariole. Par son talent, la tension ne vient pas d’une éventuelle victoire mais de l’enquête de Gurvan : que cache réellement ce conflit ? A la suite de la révélation, le récit réfléchit sur le libre arbitre : quelle est la part d’inné et quel est notre part de liberté ?

Gurvan présente au départ un fascisme souriant. Les clones, venant tous de la même matrice, sont égaux. La sélection naturelle devient l’eugénisme scientifique. Les différences n’existent plus et chacun porte en permanence l’uniforme de son unité. La survie dépend de la solidarité. On peut aussi penser à la légion romaine où les plus pauvres des romains pouvaient obtenir à la fin de leur service un terrain dans les provinces.

Par les choix du coloriste Hugo S. Facio, ce visage optimiste du mal est très bien rendu : les couleurs sont douces, apaisantes et réalistes. La dessinatrice Livia Pastore a un style classique où l’on retrouve beaucoup de détails dans l’arrière-plan et dans les formes réalistes des visages. Leur rondeur contraste avec le propos de Gurvan. On peut le voir dans les recherches sur les personnages et les vaisseaux proposés dans le carnet de croquis en fin d’ouvrage.

Gurvan est un récit très dense. Non seulement les péripéties sont nombreuses, mais le portrait d’un clone cherchant sa voie prend son temps pour proposer un moment de science-fiction alternant l’action et la réflexion. Une belle réussite pour cette nouvelle coédition.

Retrouver sur le site les chroniques sur Le Dernier secret d’Hitler, une autre œuvre du scénariste Mariole et Les enfants de Belzagor, une autre œuvre de science-fiction chez Les Humanos.