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      Batman : l’ombre de la chevalerie

      Depuis quelque années, Batman est partout, sur nos écrans de cinéma, dans nos consoles de jeu et bien sûr dans les pages de nos comics. C’est un des héros les plus appréciés de notre temps, mais aussi l’un des plus célèbres. Pourtant connaissez-vous les origines du chevalier noir ? Quelles sont les inspirations qui ont entraîné sa création? 

      Un chevalier dans l’ombre d’un dieu

      Crée une légende

      Batman apparaît en 1939, un an seulement après le lancement de Superman. Fière de son succès, National Publication, l’ancêtre de DC Comics cherche à créer un nouveau héros, un chevalier des temps modernes. Pour cela, il s’adresse au dessinateur Bob Kane qui décide de rompre radicalement avec l’imagerie traditionnelle du chevalier. Il s’émancipe alors du type du guerrier en armure muni d’une lance, comme celui présent dans la peinture Saint Georges terrassant le dragon.

      S’inspirant de l’apparence de Superman et des hommes oiseaux de Flash Gordon, il crée le personnage de Bird-Man. C’est en voyant un croquis de la machine volante de Léonard De Vinci que le dessinateur eut l’idée de remanier son personnage pour le faire ressembler à une chauve-souris. Pour ce qui est de la personnalité du héros, le scénariste Bill Finger, grand amateur de Pulps Magazines, s’inspira des aventures de The Shadow.

      L’idée était de proposer un héros qui soit l’opposé de Superman : alors que l’homme d’acier agit en pleine lumière et arbore un costume tape-à-l’œil, Batman se dissimule derrière un masque. Il combat le crime de nuit, dans un costume sombre évoquant la chauve-souris. Enfin, contrairement à Superman qui se distingue par des pouvoirs surhumains, Batman, n’est qu’un homme. Plus proche des lecteurs, la chauve-souris connut un rapide succès et, dès les années 1940, ses premières adaptations cinématographiques vinrent enrichir sa légende.

      Un chevalier noir

      Dès ses premières aventures, les auteurs soulignent la filiation du personnage avec les chevaliers médiévaux. Lors de sa présentation, dans le n° 27 de Detective comics, le héros apparaît comme un véritable croisé en cape, un redresseur de torts agissant dans l’ombre, là où la police ne peut intervenir.

      De plus, à la fin des six pages de cette première aventure, le lecteur apprend que derrière le masque de Batman se cache Bruce Wayne, un noble héritier philanthrope vivant dans un manoir. Or, à partir des XIIIe et XIVe siècles, la chevalerie fut intrinsèquement liée à la noblesse.

      Batman est un personnage sombre et mystérieux. Cette aura de mystère est en partie due au fait que contrairement à son contemporain, Superman, sa première apparition n’explique pas ses origines. Chaque super-héros possède une « origin story », qui explique sa personnalité, ses pouvoirs… Bien souvent, ce récit originel fait état d’un traumatisme, souvent, la perte d’un proche. Sans cette faille fondatrice, il ne peut y avoir de héros ! Concernant Batman, cette « origin story » n’apparaît qu’au bout de plusieurs numéros. Le meurtre de Martha et Thomas Wayne est aujourd’hui bien connu…

      Ce traumatisme engendre un désir de vengeance chez le jeune Bruce Wayne. Il l’assouvit avec une certaine violence, comme le chevalier noir que la légende arthurienne décrit comme un démon. Bien sûr, les origines du héros masqué furent très souvent retravaillées au cinéma, à la télévision, mais aussi dans des comics tel que Batman year one, ce qui a contribué à enrichir la légende du justicier

      Batman, une entreprise, une confrérie !

      De Robin à Batman Inc.

      Dès 1940, avec la parution du Detective comics n°38, Batman n’est plus seul à lutter contre le crime. Comme tout chevalier qui se respecte, il a à ses côtés un écuyer, le jeune Robin, dont le nom constitue un hommage assumé à Robin des bois, héros légendaire du Moyen Âge anglais.

      En instaurant ce personnage, les auteurs dynamisent la bande dessinée : les deux personnages peuvent directement dialoguer et commenter les actions à accomplir. Ils instaurent également une dimension relation maître/élève, père/fils qui doit permettre de toucher les jeunes lecteurs.

      À l’époque médiévale, l’éducation des chevaliers commençait très tôt. Dès l’âge de sept ans, les aspirants obtenaient le titre de page et commençaient à servir leur seigneur. Puis, à quatorze ans, ils atteignaient le rang d’écuyer et se mettaient au service d’un chevalier. Il fallait attendre l’âge de vingt et un ans pour que le jeune homme ait la possibilité de devenir chevalier. Cette idée de formation et d’apprentissage, se retrouve dans les aventures de Batman : entraîné et recueilli par Bruce Wayne, Robin (Dick Grayson) l’accompagnera jusqu’en 1969, avant de devenir à son tour un héros, sous le nom de Nightwing .

      En plus de 80 ans d’existence, le justicier masqué a eu de nombreux partenaires. Aux différents Robin qui se sont succédé jusqu’à aujourd’hui, s’ajoutent les figures de Red Robin, Batgirl, Batwoman,… Ensemble, ils viennent nourrir les rangs de la « Batman Incorporated », une organisation rappelant, à bien des égards, les différents ordres de chevalerie fondés au début du XIIe siècle.

      Derrière chaque grand homme…

      Si un chevalier doit pouvoir compter sur des alliés précieux au combat, il se doit également d’avoir une dame à ses côtés. Batman ne fait pas exception à cette règle. Le chevalier est un guerrier, mais c’est aussi un séducteur, un play-boy qui, comme le héros de The Shadow, multiplie les conquêtes.

      Comme dans les écrits médiévaux illustrant les principes de l’amour courtois, le guerrier trouve une sorte de rédemption dans l’amour.

      Les amoureux se doivent de servir l’amour de bon cœur, car l’amour n’est pas un pêché. Il est plutôt vertu ; le malfaisant en devient bon, le bon encore meilleur. -Guilhem de Montanhagol

      Dans les chants du XIIIe siècle, la femme incarne la sagesse, elle détient un savoir inconnu du chevalier et lui permet de montrer son vrai visage en purifiant la noirceur de son cœur. Un grand nombre de femmes ont croisé la route de Bruce Wayne, mais une seule a réussi à percer toute la complexité de sa personnalité. Il s’agit paradoxalement d’une criminelle, la voleuse féline Catwoman.

      Depuis sa première apparition, les deux amants vivent une sorte d’amour impossible rappelant celle de Tristan et Yseult. Tantôt ennemis, tantôt alliés, ils sont liés par un amour dont ils ne peuvent se résoudre à éprouver toute la puissance.

      Néanmoins, dans le comic The dark knight returns, on apprend que Batman et Catwoman ont entretenu une longue relation. Ici, l’auteur nous plonge dans un futur où Batman s’est retiré et où il est contraint de revenir pour sauver sa ville. Malgré le poids des années, nos deux amants s’aiment toujours, à l’instar de Tristan et Yseult, qui restent liés dans la mort. Ce comic a totalement renouvelé la vision que les lecteurs avaient de Batman, tant sur le plan psychologique que sur le plan physique. Dans les mains de Franck Miller, les personnages paraissent plus trapus et brutaux qu’auparavant. De plus, une utilisation originale de la couleur rend l’œuvre tout à fait unique. Un ouvrage à lire absolument !

      Une croisade contre le crime

      De la même manière que les croisés avaient mené de grandes expéditions militaires, Batman a entrepris une véritable croisade contre le crime.

      Qu’il s’agisse de Perceval, de Roland ou du roi Arthur, la valeur du chevalier s’est toujours mesurée à l’aune de celle de ses adversaires. Il en va de même pour l’homme chauve-souris qui trouvera dans le personnage du Joker, son plus féroce ennemi. Presque aussi célèbre que Batman, ce clown psychopathe, au sourire déconcertant – brillamment interprété au cinéma par Jack Nicholson ou Heath Ledger – trouve ses origines dans L’homme qui rit, un roman philosophique de Victor Hugo. Cet ouvrage publié en 1869, se déroule dans l’Angleterre de la fin du XVIIe siècle, autour d’un homme au visage défiguré, contraint de sourire malgré lui.

       

       

       

       

       

       

      Depuis 2019 et l’adaptation de Joaquin Phénix au cinéma, le personnage du Joker évoque également les personnes atteintes de syndrome pseudo-bulbaire, une maladie peu connue et pourtant bien réelle. Le clown de Gotham n’est donc plus seulement un criminel et un tueur sanguinaire, c’est aussi un individu malade, sensible et capable d’émouvoir les spectateurs et les lecteurs du monde entier.

      Celui que l’on nomme désormais « le clown du crime » a, depuis sa naissance, mené la vie dure au croisé en cape. En 1988, dans le comic The Killing Joke, il tire sur Barbara Gordon (Batgirl), la clouant ainsi, pour le restant de ses jours, dans un fauteuil roulant. La même année, il fit bien pire en battant à mort Jason Todd (le deuxième Robin) dans Un deuil dans la famille.

       

       

       

       

       

       

       

      Dans un sens, le joker incarne les pires craintes du chevalier noir, ses peurs, ses doutes. Batman doit donc sans cesse contenir ses sentiments afin de ne pas céder à la vengeance ou à la folie. Cette lutte perpétuelle s’illustre parfaitement dans le récit Arkham Asylum. À travers ses dessins torturés et terrifiants, cette histoire explore la fragilité psychologique de la chauve-souris de Gotham, la rendant plus humaine que jamais.

      A bien des égards, Batman constitue l’archétype du chevalier au sein de la justice league, mais c’est aussi un héros sombre qui s’efforce de demeurer vertueux malgré la difficulté de sa quête. Personnage complexe et tourmenté, le chevalier noir est un symbole de justice, devenu universel. 

      +1
      Goblinleader96
      Collectionneur de comics depuis l'enfance, je suis également l'auteur d'un mémoire sur la représentation historiques dans les comic books américain. L'univers geek c'est mon rayon, les super-héros c'est mon truc, mais pas que !

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