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      « Toute l’histoire de la peinture en zigzags » : Hector Obalk fait son show

      Résumer six-cent ans de peinture en moins de deux heures, voilà le pari audacieux d’Hector Obalk, critique d’art et stand’upper. Sa « conférence-spectacle » embarque le public pour un voyage pictural depuis les primitifs italiens (14ème siècle) jusqu’à la peinture moderne.

      Hector Obalk voulait être comique. D’ailleurs, il a un faux-air de Jackie Berroyer. A dix-sept ans il assiste, fasciné, au spectacle de Coluche au Gymnase. Fils d’une linguiste et d’un agrégé en physique-chimie, c’est finalement vers le métier (plus sérieux) de critique d’art qu’il se tourne. Avec son spectacle, il réalise un rêve de jeunesse : monter sur scène et faire des sketches. A la fois drôle et pédagogique, entrecoupée de parenthèses musicales, son histoire de la peinture n’est à aucun moment ennuyeuse. Bien au contraire: si on apprend, on rit aussi beaucoup.

      45 ans de la vie d’un critique

      Sur la scène derrière lui, un écran avec 4000 tableaux miniatures par ordre chronologique. Chaque grand courant se distingue par une particularité visuelle. « On va d’abord faire comme si on était des Martiens qui regardent ce choix de 3700 tableaux issus de 7 siècles différents, rien qu’en observant les couleurs » prévient Obalk. Chez les primitifs italiens, par exemple, ce qui frappe c’est la prédominance des fonds or et l’absence de paysages. La raison en est simple : ces peintres ignoraient encore la perspective, qui ne sera découverte qu’à la Renaissance, dans la seconde moitié du siècle suivant. « Ce mur d’images représente 45 ans de ma vie d’amateur d’art. Je suis allé les filmer dans plus de 450 musées, palais et églises ». 

      Savoir observer en détail

      Pour son spectacle, Hector Obalk « zoome » sur quinze d’entre eux. Il invite le public à les observer dans les moindres détails. Or au 16ème siècle, le détail obsède les peintres. Dans La vierge au chancelier Rolin de Jan Van Eyck (Renaissance Flandres), Obalk attire notre attention sur un détail pour le moins fantaisiste : en arrière plan, des lapins sculptés écrasés à la base des colonnes. Une « bizarrerie » du peintre dont on ne pourra jamais connaitre la vraie raison, et c’est tout le charme de la chose. Plus tard, nous sommes invités à découvrir des « défauts » techniques dans L’annonciation, œuvre de jeunesse de Léonard de Vinci. Par exemple, que le décor en pierre fait un peu « carton pâte » et que la main de la vierge est trop stylisée. Obalk de conclure : « même un génie comme Léonard se perfectionne au fil des années ».

      « Le chancelier Rolin », Jan Van Eyck

      « L’annonciation », Léonard de Vinci

      Maniérisme et bizarrerie

      Puis c’est au tour du courant maniériste italien (toujours au 16ème siècle) d’être analysé et décortiqué par l’œil acerbe de notre « professeur ». Une peinture qui se caractérise par des postures de corps irréalistes, et irréalisables. Pour en faire la démonstration, il invite une petite-fille à le rejoindre sur scène, à la manière de Jacques Martin dans l’Ecole des Fans. Sur l’écran est projeté Le triomphe de Vénus de Bronzino. L’enfant doit tenter de tordre la main à l’identique de l’un des personnages, en arrière plan. Malgré sa souplesse et sa bonne volonté, le geste s’avère impossible à reproduire. Le message d’Obalk : ce qui fait le génie de l’artiste n’est pas la reproduction à l’identique du réel, mais au contraire son interprétation.

      « Le Triomphe de Vénus » de Bronzino

      Le regard du peintre

      Car la peinture c’est avant tout une façon particulière de voir le monde, de l’interpréter et de le représenter. Prenons les natures mortes du 18ème siècle, reproductions lisses et trop sages du réel. Comme un enfant capricieux, Obalk s’amuse au jeu des « J’aime/J’aime pas », « Ca c’est moche, Ca c’est beau », pour nous montrer avec humour combien l’œil du peintre est fondamental (et celui du critique aussi). Parmi ces natures mortes qu’Obalk n’aime pas, donc, une se détache : Le gobelet d’argent de Chardin. Parce qu’il y a un flou qui donne à cette « simple » représentation de fruits une singularité et un charme.

      « Le gobelet d’argent » de Jean Chardin

      Peindre comme on vit

      Obalk compare deux chefs d’œuvre du 17ème: Pan et Syrinx de Poussin (France) et L’enlèvement de Proserpine (Flandres). Le premier est un des représentants majeurs du classicisme pictural. Le second un peintre de l’époque baroque, qui accorde peu d’importance aux détails et aime « aller vite ». Rubens travaille à un rythme rapide, rythme que l’on retrouve dans son geste pictural. « Poussin contre Rubens, ce n’est pas le dessin contre la couleur, ce n’est même pas l’équilibre contre la dynamique, c’est le ralenti contre la vitesse... ».

      L’étude de La galerie d’autoportraits de 21 à 61 ans, de Rembrandt, est fascinante. « Dans ces autoportraits, la relative laideur du modèle est oubliée grâce à la qualité de la touche picturale : du sfumato lisse et léger des années de jeunesse au desquamato épais de la fin de vie »‘.

      « L’enlèvement de Proserpine », Rubens

      « Pan et Syrinx », Poussin

      19ème et fantaisies anatomiques

      Pour illustrer le néoclassicisme du 19ème, Obalk choisit La grande odalisque d’Ingres. Un tableau en apparence parfait, mais qui recèle des imperfections (pour celui qui sait regarder). « Ingres est fou. Il se croit le chantre du classicisme raphaëlien et laisse échapper des fantaisies anatomiques… ». Comme le sein de la jeune-femme, trop rond pour être vrai, assure Obalk en tant que fin connaisseur de l’anatomie féminine…

      « La grande odalisque », Ingres

      L’ère moderne

      La conférence se termine par le fauviste Gilles Aillaud et son tableau Panthères (1977). « De loin on croirait que c’est de la photo, de près on s’aperçoit que c’est griffonné : miracle de la bonne peinture! ». Hector Obalk n’aborde pas l’art contemporain, art de l’installation et pas de la peinture.

      « Panthères », Gilles Aillaud

      On y va ?

      Obalk a une sacrée énergie, et on sort de son spectacle avec le sentiment d’avoir appris à regarder, et à analyser un tableau. Petit bémol : il en fait un peu trop dans le côté « showman », ce qui gâche (un peu) la sympathie que l’on a pour le personnage. Il gagnerait à être un peu plus simple.

      Hector Obalk raconte la peinture

      Hector Obalk

      Historien et showman, Hector Obalk est le réalisateur de la série documentaire GRAND-ART diffusée sur Arte (23 épisodes), chroniqueur au journal ELLE depuis 20 ans, auteur de ANDY WARHOL N’EST PAS UN GRAND ARTISTE (Champs Flammarion, 1991), CORRESPONDANCE DE MARCEL DUCHAMP (Ludion, 2000), AIMER VOIR/Comment on regarde un tableau (Hazan, 2011), MICHEL-ANGE (en deux tomes, Hazan; 2017 et 2019).

      Générique

      Avec Raphaël PERRAUD au violoncelle, en alternance avec Florent CARRIÈRE
      Pablo SCHATZMAN au violon, en alternance avec You-Jung HAN,
      Auteur et metteur en scène : Hector OBALK

      « Toute l’histoire de la peinture en zigzgas ». Stand’up pédagogique. Théâtre de l’Atelier : reprise le 3 juillet 2021. Festival Off d’Avignon: du 6 au 23 juillet 2021 tous les jours à 16h30 (théâtre de La condition des soies). La Cigale : 14  novembre 2021 à 15h et 19h.

      Toutes les infos ici.

      Lire la critique de « Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver » de Sylvain Riejou. Au théâtre Hébertot.

       

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