Critique S2 « 13 Reasons Why » (Netflix) : un pari risqué

Critique S2 « 13 Reasons Why » (Netflix) : un pari risqué

Critique S2 « 13 Reasons Why » (Netflix) : un pari risqué

Jeu des acteurs

Rythme

Justesse

Bande originale

Écriture

Summary:
Malgré le risque de proposer une suite à une histoire déjà finie, "13 Reasons Why" réussit le pari d'évoquer les conséquences d'une telle tragédie et surtout de souligner le long processus de guérison des protagonistes.

80%

Poignant

L’excellent teen drama phénomène a tenu en haleine nombre de fans à travers le monde. Aujourd’hui, la série est de retour pour une deuxième saison très attendue au tournant. Et pour cause : l’histoire de 13 Reasons Why était tellement bien construite qu’il était difficile d’imaginer une suite valable… Il faut dire que le livre dont est tirée la série, 13 Reasons, de Jay Asher, propose une histoire bouclée. Qu’apporte donc cette suite au récit et était-elle vraiment nécessaire ?

Cinq mois se sont écoulés depuis la tragique disparition d’Hannah Baker. Si la vie reprend doucement son cours, le drame hante toujours la ville. À Liberty High, chacun tente tant bien que mal de se reconstruire après les dures épreuves traversées. Les cassettes ont fait de sacrés dégâts et il temps maintenant d’avancer. Mais les Baker, convaincus que leur fille était victime d’harcèlement à l’école, attaquent le lycée en justice pour négligence. Et de nouveaux secrets pourraient bien faire surface…

Le procès, nouveau fil conducteur

Après les cassettes, c’est donc au tour du procès, à travers les différents témoignages, de constituer le fil rouge de cette saison. Chaque épisode est une fois de plus consacré à un personnage en particulier. Celui convoqué à la barre pour donner sa propre vision des faits au tribunal. Le jury va-t-il juger l’école responsable pour ne pas avoir soutenu Hannah ? Les crimes de Bryce resteront-ils impunis ? Comment Clay et les autres vont-ils réagir à cette nouvelle épreuve douloureuse ? Beaucoup de questions restent en suspens ce qui constitue un terrain propice pour aborder de nouvelles thématiques propres aux jeunes adultes d’aujourd’hui.

Par ailleurs, le procès permet également d’insérer de nouvelles intrigues. Un dangereux corbeau entend bien faire chanter les témoins susceptibles de balancer Bryce tandis que Clay reçoit de mystérieux polaroïdes… Au passage, on remercie les producteurs ne pas avoir placé les pola au centre de l’histoire de la même manière que l’ont été les cassettes, comme on aurait pu le croire avec le trailer. Ça aurait été un peu gros. 

 

L’idée du tribunal n’est pas mauvaise en soi. Ça permet d’apporter une suite logique aux événements passés. Il n’est pas rare aux États-Unis que les parents qui ont connu un tel drame portent plainte contre l’établissement de leur enfant. Ce qui est beaucoup moins le cas en France. En regardant la 13 Reasons Why, on peut penser qu’Olivia, la mère d’Hannah (magnifiquement portée par Kate Walsh), tente désespérément de trouver un coupable. Cependant, n’oublions pas qu’Olivia a écouté la dernière cassette, qui concerne directement le conseiller du lycée. Le délire du procès tient donc la route jusque là. 

Les scénaristes se sont d’ailleurs eux-mêmes posés la question. L’école doit-elle être condamnée pour sa part de responsabilité dans le suicide d’Hannah ? L’équipe a organisé un vote en interne, afin de savoir qui aurait jugé Liberty High coupable. Sur 10 personnes, 5 étaient pour, 5 étaient contre. Ça en dit long sur le dénouement de l’intrigue…

 

Le processus de guérison

Même s’il restait pas mal de sujets à aborder et de pistes de réflexion pour une suite éventuelle, comment continuer la série sans pour autant perdre de sa force et de sa beauté ? Après tout, on a entendu toutes les cassettes, et c’est justement ce qui faisait le charme de la saison 1. Dans une récente interview, Brian Yorkey, le showrunner de 13 Reasons Why , justifiait l’existence de cette suite par la volonté de s’intéresser à la guérison des personnages :

Les gens pensent que l’histoire est finie à la fin de la saison 1 parce qu’on a tout entendu, mais non : on a entendu la version d’Hannah. L’histoire de Jessica, elle, ne fait que commencer. Clay a été très actif dans la saison 1 pour essayer de comprendre ce qui est arrivé à Hannah, mais il n’a pas fait face à son sentiment de deuil. Si nous laissions ces personnages, nous nous serions sentis incomplets.

Cette saison est donc très marquée par les différents processus de rétablissement de chacun. Ainsi, Clay reste très affecté par la disparition soudaine de son crush. Bien qu’en couple avec Skye, il commence à voir et parler à Hannah, frôlant carrément la schizophrénie. Une méthode malheureusement un peu cheap pour évoquer le deuil (dommage !), un sujet pourtant central. De son côté, Jess apprend à cicatriser après son viol. Son parcours de victime à survivor est superbement bien décrit, évoquant ses crises d’angoisse, ses progrès, son rapport avec son corps mais aussi son agresseur. À ce sujet, Brian Yorkey rappelle qu’une agression sexuelle est un traumatisme d’une rare violence qui mérite de se pencher sur les étapes de la guérison :

Il y a tellement de jeunes femmes et de jeunes hommes qui subissent un viol et qui doivent s’en remettre, c’était très important de leur rendre justice et de ne pas passer trop rapidement sur certains détails.

13 Reasons Why, une série très documentée

Pour la construction de cette saison, les producteurs se sont appuyés sur de nombreuses études et expertises de psychiatres, témoins, associations… C’est peut-être d’ailleurs ce qui explique la rare justesse dont fait preuve la série. Car on peut critiquer le rythme plus lent, l’intrigue moins forte et une suite pas forcément nécessaire, mais le jeu des acteurs combiné à la qualité du scénario donne matière à réfléchir.

Pour exemple, le rôle d’Olivia est peint avec une telle précision qu’elle en est déconcertante. Cette pauvre femme, traumatisée par le suicide de sa fille et animée par le besoin de justice, alterne entre souffrance et espoir. On salue la prestation de Kate Walsh pour cette scène poignante où elle retrouve les vêtements que portaient Hannah le dernier jour de sa vie. Jamais lavés depuis ce jour fatidique, elle refuse de se séparer de la dernière chose qui lui reste de sa fille : son sang.

13 Reasons Why s’intéresse aussi au devenir de ce couple à l’enfant unique décédé. Comment passer à autre chose alors que leur vie tournait autour de leur fille ? Les scénaristes décrivent avec réalisme les options envisageables. Andy, le père d’Hannah, préfère reconstruire sa vie en fondant une nouvelle famille tandis qu’Olivia se jette corps et âme dans le procès. Son texte a par ailleurs été écrit en collaboration avec Suzanne Timms, une femme ayant traversé cette douloureuse d’épreuve. Son fils s’est donné la mort et depuis, elle tente de sensibiliser à suicide chez les jeunes. S’appuyant sur des statistiques, la série montre aussi que la plupart des couples qui subissent ce genre de situation finissent par se séparer. 

Le rôle des parents

Les parents ont un rôle beaucoup plus important désormais. Et pas uniquement ceux d’Hannah. À travers tous les personnages, ont comprend bien la complexité des rapports familiaux à l’adolescence. Il y cette scène très touchante où la mère de Tyler vient lui parler dans sa chambre, s’assurant qu’il aille bien. Le garçon ne dit rien, voulant rassurer sa mère alors qu’il est au plus bas. Il est tellement déboussolé qu’il ne voit même pas comment se confier, comment aborder ses problèmes. 

Les parents de Clay aussi s’interrogent sur le silence de leur fils. Les dialogues sont très soignés lors de ces échanges familiaux et très révélateurs des rapports entre adolescents et parents. C’est parfois plus pour les protéger que pour leur cacher des choses que les enfants ne disent pas tout. Dans le cas inverse, le père de Jess n’est pas mal non plus. Furieux et meurtri par ce qu’on a fait subir à sa fille, il cherche à tout prix à la protéger, parfois maladroitement. Très émouvante dans cette saison, la relation de Jess et son père apporte quelques moments de douceur et de légèreté à 13 Reasons Why . Sans compter qu’il n’est pas si commun que ça de voir ce genre de rôle réservé à des acteurs noirs. 

Une série en accord avec son temps

En évoquant des sujets comme le slutshaming ou le harcèlement, 13 Reasons Why dépeint les problèmes sociaux auxquels les adolescents américains d’aujourd’hui sont souvent confrontés. La série explique avec la plus grande justesse les processus qui les amènent à commettre des actes tragiques. On tente même de comprendre Bryce, qui incarne pourtant le vrai méchant de la série. Et on en profite pour rappeler que Justin Prentice n’est pas Bryce Walker dans la vraie vie. Pensez-y, le pauvre. 

On apprécie aussi l’effort effectué pour rendre les personnages toujours plus complexes et réalistes. On tombe rarement dans le cliché, à une pompom girl près, ce qui renforce la qualité du show. Le rôle de Tony notamment est particulièrement soigné. Loin d’être enfermé dans la case du gay efféminé, il doit apprendre à gérer sa colère et encore une fois, ce n’est pas une habitude à l’écran. 

Pour résumer, la saison 2 continue sur sa lancée et peint avec justesse les épreuves que traversent les personnages, quelques mois à peine après le suicide d’Hannah, lourd de conséquences. Dépendance, agression sexuelle, harcèlement scolaire, deuil… 13 Reasons Why ne prend pas de gant et met les pieds dans la plat, abordant des sujets graves mais malheureusement communs. Une manière de briser le silence et ouvrir le dialogue sur le mal-être de chacun, sans pour autant tomber dans le Degrassi (coucou Drake). Même si cette saison divisera après le succès de ses débuts, il est évident que la série réussit sa mission principale : donner la possibilité de parler. Netflix a d’ailleurs ajouté des messages de prévention à la fin de chaque épisode redirigeant vers un site venant en aide à ceux qui en ressentent le besoin. 

Histoire de ne pas manquer son coup, 13 Reasons Why a voulu frapper fort pour cette deuxième saison en y intégrant des armes à feu. Un pari risqué, surtout après les polémiques lancées lors de la saison 1 qui accusait la série de glorifier le suicide. Les scénaristes ont tapé tellement juste que Netflix a dû annuler la première qui avait lieu le même jour qu’une fusillade dans un lycée de Sante Fe (Texas). Preuve que, malgré ses détracteurs, cette suite a le mérite d’aborder des sujets essentiels.

1 Comment on this Post

  1. Anonyme

    Vous avez tellement tout compris à la série, bravo !

    Il faut plus de critiques qui défendent cette série au lieu d’encenser d’autres séries comme Riverdale ou La Casa de Papel. Elles sont certes bonnes, sauf la saison 2 de Riverdale, mais ne représentent que peu d’enjeux contrairement à 13 Reasons Why qui comme vous l’avez dit permet d’ouvrir le dialogue !

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