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      Entretien avec Aurus « j’essaie de mettre des choses dans ma musique, des rencontres.. »

      Aurus est un artiste. Un vrai. Un chimiste de la musique qui fait ce qu’il aime. Il nous est apparu couvert d’or avec sa couronne. Il se confie sur sa musique et les raisons qui le poussent à en faire.

      JustFocus : Comment ça va ?

      Aurus: ça va, il y a le stress qui monte, c’est du bon stress, il n’est pas paralysant. C’est un stress galvanisant.

      JF : Aurus, c’est ton nom de scène, pourquoi ce choix ?

      A: Au début, je travaillais sous le nom de Bastien Picot, j’ai eu envie d’aller plus loin et ce nom-prénom ne correspondait pas à ce que j’avais envie de donner. Avec ce nom-prénom, on s’attend plus à de la variété française et j’avais plus envie de créer un univers visuel et musical. Aurus a été comme une évidence. Ça traduisait quelque chose d’impalpable, de non physique, comme une inspiration de la mythologie égyptienne… l’œil d’Aurus… le troisième œil. Il ne s’agit pas non plus de me prendre pour un dieu égyptien… (Rires)

      JF : On revient à ta musique. Quelles sont tes influences ?

      A : C’est difficile comme question parce que c’est compliqué. On ne peut pas se mettre dans une case. En réponse, je dirais qu’il y a de la pop, du tribal, de l’orchestral et aussi quelque chose de très organique et très électronique aussi. C’est comme une chimère musicale. C’est pourquoi j’ai appelé mon album Chimera . J’y ai mis des rencontres de différentes choses qui semblent ne pas pouvoir cohabiter mais qui le peuvent cependant comme l’anglais et le créole (notamment de la Réunion) même au sein d’un même morceau. On retrouve aussi des sonorités très organiques ; des percussions, des kayambs et des trucs complètement électroniques que j’ai fabriqués, triturés. Bref ! une pop tribale, orchestrale.

      Jf : À la fin de l’album, on trouve North Sentinel… Qui parle de la fameuse île, je suppose ?

      A : J’ai été fasciné par l’histoire de cette île. Un Américain y était allé pour évangéliser les populations locales et y a été accueilli à jets de lance. C’est une île sous gouvernement indien mais qui ne veut pas de contact avec le monde extérieur, qui veut rester coupée du monde. Plusieurs tentatives ont été faites pour essayer de les approcher sous prétexte de secours par exemple alors que l’histoire montre depuis Christophe Colomb les ravages que ces approches peuvent provoquer. Pourquoi reproduire les mêmes erreurs ? J’avais envie de parler de ça ! que l’autre est différent et entrer sur son territoire peut le mettre en danger. Je me suis mis à la place de ces sentinelles et ça a pris un écho différent quand j’ai joué en Inde. J’ai discuté avec des gens là-bas qui connaissent évidemment cette île et qui trouvaient que c’était bien d’en parler.

      JF : Respecter les autres, trouver sa place, son identité, c’est quelque chose de très important dans ta musique ? C’est un sujet qui t’inspire ou pour toi c’est juste important d’en parler ?

      A : Ça m’inspire ! c’est un sujet très large qui englobe beaucoup de choses. C’est aussi se questionner sur sa place, notre rapport à nous, notre rapport à l’autre, aux autres, à la société et de ce qui en découle. Il est bon parfois de s’arrêter pour une introspection et mieux se comprendre, mieux s’accepter, ce qui peut permettre d’avoir un dialogue plus ouvert vers l’autre. C’est cette diversité qui fait l’humanité. Dans ce monde où on tend vers la standardisation de façon très binaire on oublie la diversité.

      JF : Tu parles d’acceptation, le choix d’un nom de scène t’aide t’il à en parler ou t’aide t’il à t’accepter ?

      A : C’est une manière d’être libre et d’accepter cette liberté. Il y a notre identité mais on peut aussi se sentir libre d’incarner des choses différentes. Nous sommes des êtres changeants, nous évoluons en permanence. Ce nom m’ouvre plein de possibilités et beaucoup plus que si j’avais dû me cantonner dans un nom et un prénom qui ne m’auraient pas forcément permis d’oser me mettre en scène de certaines façons. Tous les délires s’il le faut me sont plus autorisés.

      JF : Pourquoi écrire en anglais ?

      A : Je te ferai un peu la même réponse qu’à la question d’avant. C’est une question de liberté. Je me suis aussi posé la question et je sais que ce n’est pas un choix stratégique (quota pour passer à la radio). De plus, je suis passionné de langues et particulièrement par l’anglais. Une partie de ma famille est à l’île Maurice ce qui me permet de parler anglais là-bas. Très tôt, j’ai commencé à écrire en anglais. C’est instinctif et naturel mais j’ai aussi le créole. Les deux vont très bien ensemble.

      JF : Si l’envie te prend, tu écrirais aussi en français sur un prochain album ?

      A : Je ne suis pas contre. Ça peut se faire. Pour l’instant, le français me vient surtout quand j’écris des poèmes. À mettre en musique, ce n’est pas encore dans mes envies mais je reste ouvert à cette possibilité et pourquoi pas dans d’autres langues ?

      JF : Mettre en musique un texte écrit dans deux langues, n’est-ce pas très compliqué au niveau des rythmes notamment ?

      A : Pas trop, elles vont bien ensemble et du coup j’ai l’impression de faire quelque chose d’assez fluide, qui « coule » bien.

      JF : Pourquoi se lancer dans la musique et devenir musicien ?

      A : Il y a eu plein de petites étapes. J’ai toujours adoré ça. Je l’ai fait d’abord en amateur et à un moment je faisais des études de langues pour assurer les arrières comme me le demandaient les parents, la société, mais ce n’était pas moi. Je voulais faire de la musique et je n’osais pas franchir le cap et à un moment j’ai trouvé des aides pour pouvoir faire une formation professionnelle dans la musique au CEAM de Bordeaux. J’ai prévenu mes parents que j’arrêtais les études « classiques » pour entamer des études de musique, j’ai trouvé des solutions financières. Là, je me suis autorisé à faire ce que j’avais envie de faire.

      JF: Quelle est ta définition d’un artiste ?

      A : Ça devient philosophique, j’ai 4 heures ? (Rires) réponse galvaudée et déjà entendue : on est tous plus ou moins artistes, dans des milieux et des façons différentes. Être artiste, c’est créer. Même s’il ne s’agit que d’aménager sa maison, on est un peu dans le domaine de la création, on devient créateur. Même la création de bijoux rentre dans cette définition, la création d’un texte, d’un livre . Aujourd’hui, des artistes il y en a de toutes sortes même s’ils ne sont pas tous dans la lumière. Ce qui est sûr, c’est qu’on a tous ce potentiel.

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