Strangers from hell : Drama génialissime qui ne doit pas vous passer entre les filets

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Strangers from hell est un thriller psychologique basé sur le webtoon « Tainen Jiokida » (L’enfer c’est les autres) de Kim Yong-ki. Il combine les formats film et drama. Il a été diffusé du 31 août au 6 octobre 2019. Le titre fait référence à une citation de la pièce de théâtre « Huis clos » de Jean-Paul Sartre.

L’histoire

Le jeune homme Yoon Jong-woo (Yim Si-wan) arrive à Séoul après avoir décroché un stage dans une entreprise. Tout en cherchant un endroit où séjourner, il tombe sur la résidence « Eden » : le seul dortoir qui se trouve être dans son budget. Bien qu’il ne soit pas ravi de la qualité du lieu et de la présence des étranges résidents, dont son voisin Seo Moon-jo (Lee Dong-wook), il décide de prendre sur lui jusqu’à ce qu’il économise suffisamment d’argent pour déménager dans un endroit plus décent. Cependant les choses vont complètement basculer lorsque des événements mystérieux vont se produire et que des résidents vont commencer à disparaître. Malgré l’angoisse pesante qui plane sur le dortoir, le jeune Yoon Jong-woo (Im Si-wan) va se rapprocher de son voisin Moon-jo qui se trouve avoir plus de points communs avec lui qu’il ne le pensait… (Wikipedia)

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Impressions

Sans vouloir trop rentrer dans ce côté existentialiste dont nous aurions une sérieuse tendance, Strangers from hell apparaît, sans mettre de gants, comme le reflet idéologique du philosophe. Ainsi, le regard des autres, le jugement, la forme de chacun des locataires s’avère une image qui façonne la fragilité du personnage principal, interprété à la perfection par ce caméléon que peut être Im Si-Wan. Accablé par sa paranoïa et par le regard des autres, il s’enfonce dans un enfer duquel il devient dépendant. Justifiée ou pas, cette paranoïa s’incruste confortablement suffocant le peu d’air qui règne dans la résidence.

Lee Chang-Hee, réalisateur génial

Dans le film « The Vanished », remake du film espagnol « El cuerpo », le réalisateur Lee Chang-Hee nous avait plus que prouvé son goût du détail. Il faut vraiment lui accorder sa capacité à garder un rythme soutenu qui pourrait devenir insupportable. Mais, et c’est ce qui fait de lui un réalisateur aussi génial, il ne dépasse pas la limite. L’adrénaline, l’horreur, la tension prennent possession du scénario sans l’étouffer (ou nous étouffer avec).

Aussi horrible que génial, Strangers from hell s’affiche très vite imbibée d’une violence psychologique qui nous retourne l’estomac, et une tension qui nous fait nous demander, malgré nous, pourquoi est-ce qu’on s’inflige ça. Pas de répit, la cadence est comme un ver de terre qui nous grignote, qui nous empêche de prendre notre souffle.

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Torture, sadisme, le gore dans toute sa splendeur. Cette série est vraiment malsaine, sa perfection nous immergeant directement vers un mal-être insoutenable. Elle est méticuleuse, avec un but qui nous entraîne. Vers quoi ? On a très peur de le découvrir mais on y tient quand même.

Parce que le réalisateur a pris bien soin à ce que chaque détail nous mette en effervescence. Parce que garder cette pression en continu pendant 10 épisodes semble irréalisable, et pourtant… pas moyen de se lâcher. Pas moyen de se relaxer, ne serait-ce que quelques instants. Le drama se voit peuplé de tout un tas d’éléments tous aussi angoissants les uns que les autres, s’affichant en plus dans des gros plans qui semblent immenses. Le voisin qui se balade avec un couteau, les jumeaux qui gloussent comme des hyènes, la joie et la bienveillance hors propos de la patronne, la peur de Yoon Jong-Woo (Im Si-Wan) à ce qu’on rentre dans sa chambre. Son impossibilité de voir sa copine pour une raison ou pour une autre. Le soi-disant copain qui lui rabâche sans cesse tout ce qu’il a fait pour lui… ce nuage pesant qui nous fait comprendre très vite que des choses affreuses se passent à l’arrière-boutique…

C’est à ce moment-là, que le roman de Kafka, « la Métamorphose », aperçut au début du drama, prend une consistance assez monstrueuse. Yoon Jong-Woo ne va probablement pas devenir un insecte mais il est en train de changer. Ce grain de folie en lui germe à une vitesse faramineuse. Et c’est effrayant. L’histoire a un côté « je pourrais aussi basculer de l’autre côté de la force » qui donne la chair de poule.

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Parce que Lee Dong Wook fait peur rien que par sa présence. Maigre comme un clou, tout pâle, d’une voix monocorde, à des années lumières de notre chère faucheuse. Il n’y a que ce bon vieux Jack Nicholson qui aurait pu l’égaliser. Lors d’une interview, il avait expliqué qu’il faisait tout son possible pour se mettre dans la peau de chacun des personnages qu’il interprétait. (Utilisant probablement la méthode Stanislavski, qui consiste à « ne plus imposer sa vision de la psychologie du personnage à ses comédiens, mais à former ses comédiens pour qu’ils travaillent à trouver, par eux-mêmes, et en eux-mêmes, la psychologie du personnage » (Wikipedia). Ce qui, en résumé voudrait dire, que le personnage accompagne l’acteur dans tous les gestes de sa vie). Lee Dong Wook a partagé que pendant une rencontre entre amis, l’un d’entre eux aurait demandé « c’est quoi, ce regard ? ». Il s’est rendu compte qu’avec le personnage du dentiste, il devait faire très attention pour ne pas basculer dans son univers. Sa façon de dire « jagiya » (trésor, chérie), comme s’il s’adressait à sa femme, est absolument épouvantable.

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Et parmi tous ces millions de détails, on ne peut ne pas évoquer Lee Jung-Eun, à peine sortie du film « Parasite » (Rôle qui lui a valu le prix de meilleure actrice dans un second rôle, dans la 40e édition des Blue Dragon Film Awards, le 21 novembre 2019). Cette dame, cette force de la nature, est capable de disparaître derrière son personnage. On oublie l’actrice pour ne voir que son interprétation. Ses cheveux frisés, son rire compulsif, sa façon d’insister et puis la suite, dont on ne spoliera pas mais qui confirme nos craintes.

Chaque personnage se promène dans ce drama avec une espèce nébuleuse sombre autour d’eux. Tels des pièces d’un puzzle abominable, d’un engrenage sans fin, ils contribuent à créer une atmosphère glauque qui suinte l’horreur.

 

L’enfer c’est les autres (au cas où vous ne le saviez pas…).

Pas la peine de dire « âmes sensibles s’abstenir »