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      Burning : Ces films coréens géniaux que vous avez raté

      Si Lee Chang-Dong nous a déjà habitué à une approche assez singulière des sujets d’une extrême délicatesse, cette fois-ci, il nous surprend encore avec un thriller dont le flou et l’ambiguïté pourraient donner naissance à un nouveau genre. Le mystère semble s’épanouir dans une atmosphère contemplative, nous nourrissant d’une multitude de détails en apparence anodins.

      L’histoire (Nautiljon)

      Lors d’une livraison, Jong Su, un jeune coursier, tombe par hasard sur Hae Mi, une jeune fille qui habitait auparavant son quartier. Elle lui demande de s’occuper de son chat pendant un voyage en Afrique. À son retour, Hae Mi lui présente Ben, un garçon mystérieux qu’elle a rencontré là-bas. Un jour, Ben leur révèle un bien étrange passe-temps…

      Fiche technique

      Réalisation : Lee Chang-dong
      Scénario : Lee Chang-dong, Oh Jung-mi
      Pays d’origine Corée du Sud
      Genre : Thriller dramatique
      Durée : 148 minutes
      Sortie : 2018
      Avec : Yoo Ah-in, Steven Yeun, Jeon Jong-seo

      Impressions

      Burning nous cloître, tout doucement, dans un espace confiné malgré les vues extérieures, malgré une acuité visuelle qui déborde de l’écran. L’ambiance pesante s’accentue comme présage d’une catastrophe à venir et ces mêmes détails inoffensifs deviennent menaçants, comme un tigre prêt à bondir. En paradoxe, le personnage de Ben (Steven Yeun), inquiétant et charismatique (et le seul à avoir l’air d’être heureux de vivre), prend ses marques au même rythme que l’intrigue. Mais, de quelles marques s’agit-il ? Ne serait-ce pas plutôt le spectateur qui jouit de la liberté de lui donner un rôle ?

      Les questions et les doutes se multiplient dans cet espace où nous avons été invités à notre insu. Y a-t-il un chat ? (Cela ne peut que nous rappeler qu’il y a toujours un chat dans les histoires japonaises et que Murakami en est à l’origine) Haemi (Jun Jong-Seo ) est-elle vraiment partie en Afrique ? Pourquoi le père de Jong-Soo a-t-il frappé un fonctionnaire et qu’est-ce que cet événement a à voir avec l’histoire ? L’agressivité est-elle héréditaire ? Et surtout et par-dessus tout, pourquoi ce Ben venu de nulle part se tape l’incruste ?

      Du moment précis où Ben fait son apparition, le scénario bifurque pour de bon. Plusieurs chemins se présentent devant nous et à travers les yeux de Jong-Soo (Yoo ah-in) nous jonglons dans tout un tas de possibilités. S’agit-il de la réalité ou nous sommes-nous faits embarquer par ses démons ? Sommes-nous en train de regarder la réalité à travers ses yeux comme une caméra subjective ou sommes-nous en train de nous faire avoir ? Un peu comme s’il nous racontait une histoire et qu’on ne pouvait se fier qu’à son point de vue.

      Personnage laconique, il revendiquera, à plusieurs reprises, son statut d’écrivain concrétisant a contrario à lui tout seul, cette atmosphère pommée d’une jeunesse qui a complètement perdu ses repères. Nous assistons à son réveil, à sa rage, à son obsession. Mais, est-il dans le vrai ?

      L’inquiétant Ben prétend s’adonner au hobby étrange d’incendier des serres en plastique.

      Un élément aussi crucial qu’inattendu vient s’ajouter : les serres. Ces serres en plastique esseulées dont personne ne se soucie et qui ne servent plus à rien. On ne peut que faire l’amalgame entre ces serres et Haemi, papillon aux ailes cassées, ange déchu sorti directement d’un film de Wong Kar Wai. Sous l’œil attentif du drapeau coréen, elle danse sa tristesse et son désespoir dans un crépuscule à laquelle seulement la trompette de Miles Davis peut ajouter sa magie ultime. Parce que cette scène de cette femme dénudée et fragile est l’une des scènes les plus magnifiques et magiques qu’il nous ait été donnée de voir.

      Nous saluons la performance des acteurs. Nous saluons ce coup de maître du réalisateur qui, à coups de pinceaux, nous montre ce tableau gigantesque, nous invitant à toute sorte d’interprétation.

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