La rentrée des classe dans L’école décomposée

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Les éditions Mangetsu poursuivent la publications des titres du génie de la nouvelle horrifique, Junji Ito. Dans ce nouveau recueil, il nous présentent une école très loin des propositions du nouveau ministre. Profitez de notre journée porte-ouverte de L’école décomposée.

Un lycéen beaucoup trop aimable

L’école décomposée est une nouvelle compilation du scénariste et dessinateur Junji Ito. Cinq chapitres dégoulinants sont suivis de deux histoires courtes autour de la recherche de disparus. Le lien entre les courts récits ne se fait pas par un personnage comme Tomie, un lieu comme plusieurs nouvelles des Chef-d’œuvre ou un thème comme L’amour et la mort. Il est double car on trouve à la fois de nombreuses victimes d’une décomposition de leur corps et deux adolescents. Jeune lycéen, Yûma Azawa arrive dans une nouvelle école. Sa tenue noire et son attitude austère surprennent ses camarades. En effet, il s’excuse constamment et sans raison valable. Comme toujours chez Ito, cet élément, certes étrange, mais anodin lance une série de bizarreries faisant basculer L’école décomposée dans l’horreur. Quelques jours après l’arrivée de Yûma, une lycéenne du même établissement croise une fille inquiétante dans le rue : Chizumi veut manger la cervelle chaude de la jeune fille.

Rapidement, Yûma lui révèle qu’elle est sa sœur. On ne pourrait imaginer deux êtres plus dissemblables. Yûma est discret, calme et poli alors que sa petit sœur est bruyante, violente et insolente. Au fil des nouvelles, leur relation complexe devient de plus en plus effrayante. Ce duo pourrait symboliser d’un côté le masochisme et de l’autre le sadisme. La deuxième nouvelle développe les pouvoirs de Yúma Azawa. Il peut désormais modifier les visages. Les corps sont au centre de L’école décomposée. Le dessin d’Ito oppose le vertical Yûma à l’horizontale Chizumi. On découvre ensuite leurs parents. La dernière histoire reprend les protagoniste du début pour proposer une fin ouverte à L’école décomposée. Pour installer cette inquiétante banalité, les décors sont très épurés, toujours propres et symétriques. L’angoisse passe par les yeux. La fille aux yeux rougis car ne semble jamais cligner des yeux.

Une menace dans L'école décomposée
Une menace dans L’école décomposée

L’enfer c’est l’enfance

L’école décomposée pervertit les grands moments de l’enfance : l’arrivée dans une école, les soirée avec les parents, l’amitié ou l’amour avec des camarades d’école… Le titre fait volontairement écho à L’école emportée de Kazuo Umezu. La couverture terriblement belle le prouve. Une salle de classe avec un classique tableau à craie est retournée par des élèves dont la peau fond alors que Yúma, dans sa stricte tenue noire, reste impassible et que Chizumi fait des grimaces. Sur le tableau, le titre écrit à la main est mis en avant par un effet métallique.

L’idée de se faire une place est le thème central mis en évidence par Førtifem dans la préface de L’école décomposée. On peut aussi y voir le besoin obsessionnel d’être aimé ou de se sentir reconnu par les autres. En effet, derrière les bonnes actions et les paroles charmantes se cache un mal surnaturel. Une faute de jeunesse brise l’harmonie et ouvre le porte pour des démons. Le mal est un virus. Il touche une personne une famille puis le lycée. La technique d’Ito est une boule de neige. Une idée dans une nouvelle installe des personnages récurrents puis toute un univers. Cet effet rappelle la diffusion des rumeurs et c’est justement le cas de ces deux personnages diaboliques. Ils deviennent une légendes urbaine tout comme leur victimes disparus. C’est alors que la presse s’en empare et propage le mal à une plus large échelle.

Sans didactisme, L’école décomposée s’engage également sur la relation entre les parents et les enfants. Si Yûma a mal tourné c’est en partie à cause de parents trop sévères. En effet, cette éducation stricte fait souffrir les enfants et est néfaste pour l’ensemble de la société. Les enfants traumatisés font à leur tour du mal. La parole est si puissante qu’elle modifie les corps. Cette parole trompe l’auditeur et lui fait mal. En effet, un mensonge cache un nouveau mensonge. On ne se dévoile jamais vraiment. La postface dessinée de Junji Ito démontre d’ailleurs l’origine de cette idée, venant de la colère de l’auteur contre les actes de contrition publique des politiques

L’école décomposée est une nouvelle pierre sur l’édifice du monument au talent de Juniji Ito. Ce volume effraye par des histoires très réussies mais va au-delà en montrant une autre image de l’enfance et de l’éducation.

Retrouvez d’autres chroniques sur le maître japonais de l’horreur dans Frankenstein et Soïchi.