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      Vesper Chronicles, anticipation audacieuse au lyrisme étourdissant

      Dans les paysages somptueux de la Lituanie, Kristina Buozyte et Bruno Samper nous content un futur tragique pour l’humanité prisonnière d’une nature impitoyable mais qui conserve sa magnificence pour qui sait la saisir. C’est le cas de la jeune Vesper n’ayant connu que ce monde sinistre et complexe.

      Rappelant les grandes fresques écologiques de Miyazaki et l’horreur biologique de Cronenberg, Vesper Chronicles surprend par sa maîtrise technique et son écriture tout en finesse. Conscient de son faible budget, l’ambition surgit d’ailleurs. Elle parsème un métrage à la puissance évocatrice et à la profusion d’idées plastiques et scéniques qui laisse ébahi et captif d’un univers foisonnant. Co-produit par la France, la Belgique et la Lituanie, le faible budget de Vesper Chronicles et sa véhémence créative donne une leçon à une industrie toujours moins prompt à briller par son courage et son inventivité malgré des sommes colossales. Analyse.

      Vesper Chronicles : une atmosphère unique 

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      Vesper Chronicles, Natrix Natrix, Rumble Fish Productions / © 2022 CONDOR

      Ce qui surprend dans Vesper, c’est sa capacité à transmettre et travailler une ambiance, ici représentant tout le cœur du film, en limitant les artifices pour s’accrocher humblement aux détails pour créer une atmosphère unique. Il était tout naturel pour l’équipe du film d’appliquer des économies drastiques, la clef pour donner naissance à de la science-fiction européenne. Pourtant, Vesper Chronicles n’est pas un métrage affecté par son label indépendant et reste attaché à la popularité de son genre. Glanant ses références dans tous les recoins de son médium, de la sève contemplative d’un Tarkovski à la direction artistique d’un Brian FroudIl n’est pas non plus écrasé par des prétentions et des références trop grandes pour lui que son scénario peinerait à justifier, comme de nombreux films européens avant lui. On pense au premier long métrage de Romain Quirot Le Dernier Voyage dont l’écriture ne parvenait pas à soutenir une générosité de fait inoffensive.

      Un film conscient de lui-même

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      Vesper Chronicles, Natrix Natrix, Rumble Fish Productions / © 2022 CONDOR

      La lituanienne Kristina Buožytė et le français Bruno Samper ont fait un travail admirable dans la création de leur univers. Conscients de leur faible budget, les deux cinéastes, co-signant également un script original, ont élaboré sa richesse tout en modestie et clairvoyance. En sculptant une immersion totale, cela permet à ce conte merveilleux et initiatique d’être appuyé par l’artisanat de sa direction artistique, d’une plasticité surprenante. Elle-même empruntant à tout un imaginaire sans jamais être limité et dépourvu de qualités propres. En réalité, Vesper Chronicles, dont le casting singulier est déjà un indicateur de sa sagacité, brille par sa diversité et sa capacité à dompter ses moyens. D’un drone rétro-futuriste arborant un smiley qui aurait pu être l’égérie d’un merchandising soigné à une maisonnée habitant l’expression des sentiments autour d’un livre pour enfants, le métrage n’aura de cesse d’être protéiforme. Une façon de saisir l’opportunité de la liberté narrative et esthétique que permet l’indépendance d’un tel projet.

      En cela, Vesper Chronicles est un joyau du genre mais surtout une proposition forte et audacieuse. Un film que l’on n’espérait plus sur notre sol et qui redonne foi dans un cinéma européen libre et admirable. À voir en salle.

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