La Tour, instincts sanguinaires

Critique du film de Guillaume Nicloux

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Affiche bande-annonce de La Tour

Alors que le cinéma dit « de genre » français fait souvent débat, Guillaume Nicloux apporte sa pierre à l’édifice avec La Tour, un film fantastique dans lequel les habitants d’un HLM se retrouvent coincés au milieu de nulle part sans possibilité de sortir, au risque de mourir instantanément. 

Un essai au fantastique

C’est le premier essai du réalisateur au genre fantastique, à qui on doit par exemple Valley Of Love (avec Isabelle Huppert et Gérard Depardieu) ou La Religieuse. On ne peut pas nier qu’il a essayé beaucoup de genres tout au long de sa carrière et ces films et séries sont des réussites. Le cas de La Tour est plus compliqué. Le genre fantastique est rempli de règles, certaines inévitables et d’autres à modifier à souhait (comme tout genre certes, mais celui-ci en particulier requiert une grande précision.) Les règles narratives du film sont confuses, que ce soit lié à son genre ou non. Quant à la réalisation, on a une véritable direction artistique qui cherche la saleté, l’enfermement, le malsain en chacun des personnages qui sont tous en train de devenir fous. Une bonne idée qui en fait malheureusement trop avec une image très saturée et un son inégal. Si le film tourne autour de l’incident inexplicable qui est de l’ordre du fantastique, ça n’a pas réellement d’importance au final puisqu’on a l’impression qu’on veut surtout nous exposer au survivalisme dans une violence qui semble faire office de ressort narratif pas forcément logique à chaque fois. L’hyperviolence aurait pu fonctionner aussi si les scènes de déchaînements étaient mieux réparties, quitte à jouer sur ça pleinement. On comprend la volonté d’un monde en perdition au côté « dégueulasse », mais ça manque de structuration et d’inspirations.

Pluralité de genres

La Tour se veut comme un film fantastique d’horreur avec un sous ton social qui relève plus du drame. Le fantastique manque de consistance, et l’horreur se tient dans son survivalisme terrifiant malgré ses maladresses. Le drame est le véritable cœur du film parce qu’on y voit immédiatement la volonté de dépeindre des esprits en perdition et des rapports humains qui dégénèrent. Les trois sont mélangés de manière assez hétérogène et le film se découpe en parties alors qu’il dure moins d’une heure trente, ce qui n’aide pas vraiment. Chaque partie donne l’impression de changer de genre sans transition, même si on doit bien le souligner, les personnages restent cohérents dans leur développement qui se veut intéressant pour certains : le personnage principal Assistan campé par Angèle Mac est le plus éminent. On a cette impression étrange de presque changer de film, et même si on comprend encore une fois l’intention qui est certainement de perturber le spectateur, le changement est trop brutal.

Un discours social flou

Les personnages de La Tour ne souffrent pas de leur écriture jusqu’à ce qu’on en vienne à ce qu’ils représentent en tant que groupes. Le communautarisme est un des thèmes du film et le premier réflexe de survie de chacun est de se regrouper en communautés ethniques. On ne sait pas vraiment où le film veut en venir à ce propos et ça apporte une certaine confusion, mais aussi une construction narrative redondante dans laquelle tombent beaucoup de récit survivalistes modernes : un groupe attaque l’autre, ce groupe réplique et le chaos assaille tout le monde. Le discours du film est présent mais c’est comme s’il n’arrivait pas à s’exprimer et ce regroupement paraît au final un peu maladroit parce qu’on ne peut s’empêcher de céder à quelques clichés. L’idée de revenir aux instincts primitifs quand elle est liée au communautarisme ouvre une grande porte à cette dite maladresse, malheureusement.

On ne sait pas vraiment où La Tour veut nous emmener même si on comprend que le film cherche à explorer les pires instincts de l’être humain. Son dosage de violence inégal, sa structure narrative en dents de scie et son discours plutôt flou en font un visionnage étrange qui n’est pas dénué d’intérêt non plus pour la performance d’Angèle Mac et le sentiment de malaise qu’il crée par son côté malsain qui est une expérience intéressante en tant que spectateur.

La Tour, en salles le 8 février