Critique « Wonder Wheel » de Woody Allen : Woody en mode pépère

Wonder Wheel est le 49ème film de Woody Allen. Pour l’occasion, le cinéaste réunit Kate Winslet et Justin Timberlake. Wonder Wheel croise les trajectoires de quatre personnages, dans l’effervescence du parc d’attraction de Coney Island, dans les années 50.

Woody Allen pépère 

Wonder Wheel n’est ni transcendant, ni décevant, il s’agit du bon tout venant de Woody. Le cinéaste, pépère dans sa zone de confort, signe encore un long-métrage parfaitement exécuté, dominé par des dialogues à la verve enlevée. Comme à son habitude, ses personnages sont torturés, surtout Ginny (Kate Winslet) enfermée dans son train-train habituel. Elle voit dans le jeune Mickey (Justin Timberlake), poète et jeune homme séduisant, une porte de sortie à sa vie ennuyeuse et difficile. Elle veut retrouver la grâce de l’art de sa jeunesse et quitter sa famille ennuyeuse. S’en suit une séduction malsaine et unilatérale dans laquelle Ginny va tenter de gagner le cœur de Mickey.


Comme à son habitude Woody Allen aime l’ambiguïté, il aime confronter son spectateur à des décisions amorales mais compréhensibles. Le théâtre est au centre de son long-métrage. Il place ses personnages sur un échiquier, sur la ligne du destin. Allen, comme souvent, veut créer une dramaturgie poétique, dans laquelle les personnages tentent d’exister. Il démontre que l’Homme n’est qu’un pantin de sa propre existence, un acteur qui n’est pas forcément dans son rôle. Il veut également affirmer, grâce notamment à cette superbe punchline « en amour notre pire ennemi c’est nous même », que l’homme se saborde lui-même, qu’il ne peut s’empêcher de s’auto-détruire, une conclusion immuable et masochiste propre à chaque individu. Comme si l’Homme, une fois face à son bonheur, n’avait plus qu’à tout détruire pour recommencer. En clair : l’être humain est le seul responsable de sa propre perte. Wonder Wheel parle d’enfermement, de boucle, d’éternel recommencement dans les mœurs et les cœurs des êtres humains. Le tout avec une approche très théâtrale.

Wonder Wheel : une pièce à ciel ouvert

Dès sa scène d’ouverture et l’apparition de Justin Timberlake en narrateur, tout prête à croire à une immense scène de théâtre. Les décors se comptent sur les doigts de la main, les personnages sont peu nombreux et les accessoires respirent le carton pâte. L’appartement de Gynny et son mari est un huit clos, sommaire, qui pourrait être un décor de théâtre. Woody Allen veut que tout dans Wonder Wheel respire le théâtre, pour confirmer que notre existence n’est qu’une pièce dont on ne contrôle pas grand chose. Avec une conclusion ambiguë et fataliste, histoire de dire que l’Homme est enfermé dans sa condition, Woody Allen affirme que le véritable drame, c’est que même le pire des drames ne changera pas la situation du protagoniste. La véritable tragédie, c’est qu’il n’y a jamais de tragédie, que l’Homme s’en remet toujours et se complait dans sa situation.


Pour cela il va créer des personnages stéréotypés : Gynny, la femme écervelée et à bout de forces, son époux Humpty (James Belushi) simple ouvrier alcoolique, sa belle-fille Carolina (Juno Temple) un peu potiche et enfin Mickey (Justin Timberlake) le grand ange de cette histoire, celui que rien n’atteint, le jeune premier, l’ange parmi les vivants que même la guerre n’atteint pas. Woody Allen va également jouer sur les lumières, d’une manière intelligente et inhabituelle. En passant du rouge sang, au gris terne, ce n’est pas simplement la texture de l’image qui évolue mais également le caractère du personnage. Au gré de son comportement et de son identité morale, la lumière évolue, dans un ballet sublime.

Finalement, Wonder Wheel est un Woody Allen classique, pas franchement mauvais, pas exceptionnel non plus, un peu bavard, mais aussi très attachant pour son propos sans hypocrisie.

Bande-annonce Wonder Whell

https://www.youtube.com/watch?v=NLY1NRBC_4g

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