Revenez Chez Adolf pour une dernière tournée

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Depuis quatre tomes, Chez Adolf de Rodolphe et Ramon Marcos édité par Delcourt décrit les changements en Allemagne avant et pendant la Seconde Guerre mondiale par le regard d’anonymes. Ce dernier volume arrive à l’année 1945 au moment où le régime nazi s’effondre.

Un pays s’effondre

Tout le monde dans l'armée Chez Adolf
Tout le monde dans l’armée Chez Adolf

Chez Adolf est une vaste saga allemande qui scandait les soubresauts de l’Allemagne. Tout commence par un bar dont le propriétaire a le même prénom qu’Hitler. Il fait alors de choix de changer le nom de son établissement qui devient Chez Adolf. Le premier tome se déroulait en 1933 quand Adolf Hitler devenait chancelier de la république d’Allemagne mais peu de gens voient la gravité de cette arrivée. Certains commencent à le comprendre dans le deuxième tome quand le nouveau gouvernement met en place du projet nazi pour la politique étrangère : retrouver la grandeur du pays en récupérant les terres perdues après la Première Guerre mondiale. On voyait au quotidien le basculement de l’État et des individus. La surveillance du parti était omniprésente. Le pays se préparait au quotidien à la guerre. Les soldats paradent dans les rues. Les opposants sont arrêtés et l’antisémitisme se répand par des petites indications officielles et des actes de violence.

Le troisième tome de Chez Adolf décrit le début de la chute. Ce volume commence pourtant par le conte des frères Grimm raconté en classe. Le Joueur de Flûte de Hamelin décrit des enfants suivant un leader néfaste jusqu’à la mort. La parabole est limpide. Les Alliés se rapprochent de la ville de Chez Adolf conduisant à élargir le recrutement des soldats. Avec les défaites, les morts militaires et civils s’accumulent. La vie quotidienne est bouleversée par le rationnement et les manques sauf pour l’élite des SS. La bière véritable disparaît du bar. En raison des bombardements alliés, des familles se retrouvent sans logement. Les uniformes manquent.

Tout le pays se retrouve Chez Adolf

Le manque de préparation Chez Adolf
Le manque de préparation Chez Adolf

Chez Adolf ne montre pas le front mais les effets de la guerre par une vaste galerie de personnages. Le scénariste Rodolphe montre les réactions des anonymes au régime nazi. Avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler, la plupart prenaient partis. Le patron était un partisan acharné du nazisme, mais il critique désormais les défaites et attend l’arrivée des Américains. Le tome trois montrait de timides mouvements de résistances notamment autour d’un prêtre. Le dessinateur Ramon Marcos décrit dans ce dernier volume des ruines nombreuses dans une petite ville et termine par un portrait de chaque personnage du livre dans l’après-guerre. On découvre alors que tous sont des personnages réels.

Au centre de la mosaïque de Chez Adolf se trouve Karl Stieg, « un homme sans qualité » représentant l’Allemand moyen. Ce professeur de littérature a pendant très longtemps voulu rester en dehors de la politique. Il a adhéré au parti par obligation de fonctionnaire. En effet, Stieg est choisi comme directeur d’école après la mort du prédécesseur mais il est objet d’une enquête. Il ne perçoit pas les changements tant qu’ils n’ont pas touché ses voisins. Cependant, son sens moral était de plus en plus choqué par les lois antisémites et les actes violents de la police, des nazis et même des citoyens. Un ami proche, le professeur von Armin, est mort lors d’un accident de voiture qui se révèle être un attentat. Pendant la guerre, Karl Stieg a vécu une première histoire d’amour avec une résistance avant de se marier avec une autre femme, Mona. S’il cherchait d’abord à fuir les problèmes, Karl Stieg comprenait qu’on ne peut se soustraire à un régime totalitaire. Dans ce tome, le cinquantenaire est mobilisé. Après une formation sommaire, il est envoyé pour la bataille finale à Berlin. Cependant, il n’a qu’un objectif : fuir pour retrouver son épouse.

Par son ampleur de plus de 200 pages, la série Chez Adolf touche l’ensemble des domaines d’un régime totalitaire. Après la séduction des débuts, ce tome montre l’agonie du nazisme qui dévore sa population en refusant de voir que la fin est inéluctable. Cette série vise justement à suivre la population en montrant une diversité de caractère et de milieux.

Retrouver sur le site les chroniques du tome deux et du tome précédent de la saga.