Rencontre avec Martine Lombard auteur de Passe-passe

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Jeunes filles expatriées en France, commercial en burn-out, mère de famille à la dérive, père en pleine crise existentielle… Dans le recueil de nouvelles “Passe-passe”, les personnages de Martine Lombard traversent la frontière, celle physique de l’Allemagne de l’Est et celle plus psychologique de l’émancipation, de la transgression. Sortir des cases, trouver sa place et sans cesse recommencer. Un recueil inspirant qui montre avec tendresse qu’après l’échec et les difficultés vient souvent l’espoir d’un avenir meilleur.

Après le roman, vous choisissez la nouvelle. Pourquoi ?
Parce que j’adore les nouvelles mais aussi parce que c’est la première fois que j’écris en français. Il fallait donc que je trouve quelque chose d’abordable. La première nouvelle que j’ai écrite, “La Baignoire”, est un texte très court. Avec la nouvelle, je peux commencer par peupler un cadre un peu plus restreint que celui d’un roman.

Dans “La Baignoire” justement, vous racontez l’histoire d’une jeune allemande de l’est qui vient faire ses études à Paris et l’on ne peut s’empêcher d’y voir votre propre histoire. Quelle est la part d’autobiographie dans ce recueil ?
Elle est grande mais elle n’est pas partout. Et en même temps, je me reconnais aussi dans les personnages qui évoluent dans un univers très différent, comme le commercial dans “L’Aquarium”. Moi aussi j’ai déjà fait des choix professionnels qui n’étaient pas dans mon intérêt immédiat. Et pourtant on les fait, on ne sait pas pourquoi sur le moment, puis il s’avère finalement qu’il y avait une raison. Dans certaines nouvelles, je pars de situations observées, de situations que je n’ose peut-être pas vivre mais que je pousse à l’extrême pour voir ce qui aurait pu arriver.

Dans votre recueil, certaines nouvelles semblent se répondre, comme si elles étaient les chapitres mélangés d’une grande histoire. Est-ce voulu ?
Je n’ai jamais eu envie de raconter l’histoire de l’Allemande de l’est qui vit ça et ça et ça… À chaque fois, ce sont des personnes différentes et je n’ai pas écrit ces nouvelles comme une suite. Mais je me suis rendue compte de cette sorte de continuité inconsciente au fil de l’écriture. Les thématiques sont récurrentes, sans doute car ce sont des obsessions, mes obsessions. Ce qui revient souvent c’est l’envie d’être ailleurs, l’amour brisé, le déracinement ou encore l’idée de solitude qu’on retrouve dans chaque histoire.

Un thème très présent également, c’est évidemment la fracture Est-Ouest. Comment l’avez-vous vécue personnellement ?
Je ne suis pas partie en Allemagne de l’Ouest, mais en France. Et pour moi, la France a finalement plus de similitudes avec l’Allemagne de l’Est. J’avais beaucoup de famille en RFA mais je ne les connaissais pas très bien, je me sentais bizarrement plus proche des gens en France. Les Français remettent sans cesse les choses en question là où les Allemands ont beaucoup de certitudes, et ce n’est pas forcément bien. Ce côté un peu rêveur, qui sort du cadre, qui aime se surpasser, c’est ce que j’aime particulièrement en France. Mais quand on s’en va, on provoque aussi une autre fracture, celle entre ceux qui partent et ceux qui restent. Celui qui part ne se sent pas forcément mieux que celui qui reste mais celui qui reste ressent toujours un profond sentiment d’abandon, un déchirement qui est aussi extrêmement violent.

“L’Héroïne du jour” semble marquer un véritable moment de bascule dans le recueil. L’univers change et la division Allemagne de l’Est-Allemagne de l’Ouest s’estompe…
Oui, c’est un véritable pivot parce qu’à ce moment là, l’héroïne est obligée de se mettre à nu devant les autorités. L’embrigadement fait qu’on ne peut plus se cacher. Sophie vit un moment de bascule où elle sort du système. Et finalement ça conditionne les autres histoires qui tournent autour de ce thème.

Cette soif d’émancipation est en effet très présente dans les nouvelles qui suivent. Pourquoi ?
S’émanciper c’est laisser derrière soi quelque chose, se surpasser. C’est une dynamique permanente, on cherche toujours sa place. On croit l’avoir trouvée puis elle devient trop étroite et il faut chercher à nouveau, tout recommencer. On n’arrête jamais d’évoluer mais l’univers dans lequel on vit ne permet pas toujours cette évolution. Il faut parfois changer d’environnement, même si on ne le veut pas, pour continuer à avancer. Sinon on stagne. Ça exige de grands sacrifices car les liens qui nous entourent ne supportent pas forcément cette émancipation mais qu’est-ce qui est mieux : perdre sa place ou ne plus évoluer ?

Une chose est en tout cas certaine, avec “Passe-passe”, sa première oeuvre en français, Martine Lombard prouve qu’elle est une autrice en mouvement,